Correspondance Le Prestre, 17 juillet
2. Lettres patentes du 18 juillet 1705. (Procès instruit, I, 7.)
58 LE DUC d'aiguillon et la. chalotais
mer des faits par devant M. Goislard, conseiller rapporteur. Le 31 juillet, il requérait le dépôt au greffe des pièces à lui remises. Le procèsverbal de récolement décrivait minutieusement : un recueil manuscrit de pièces de vers; — la gravure des Ifs; — la lettre de Bouquerel, cachetée de cire rouge, écrite sur le premier feuillet seulement et contenant treizQ lignes ; — une enveloppe timbrée de la poste de Rennes avec un cachet de cire rouge, à l'adresse de M. de Saint- Florentin, renfermant deux billets non signés.
L'information commença. M™® de la Roche fut interrogée à la Bastille par le lieutenant général de police. Bouquerel le fut le 7 septembre par M. de Sartines. Il avoua sans difficulté être l'auteur de la lettre anonyme envoyée à Saint- Florentin. 11 exprima le repentir le plus profond et la plus vive douleur d'avoir commis pareille faute.
On chercha à l'intiiriider, on le retourna dans tous les sens, on le pressa d'avouer qu'il avait concerté son projet avec d'autres personnes, qu'il avait été incité à écrire et par qui il l'avait été. 11 le nia formellement et à plusieurs reprises.
« Je fis cette lettre, dit-il, sans attention, sans comprendre les conséquences d'un pareil acte, je la cachetai sur-le-champ, je ne la signai point, m'imaginant que jamais on ne pourrait découvrir celui qui l'avait écrite ; j'étais seul lorsque je l'écrivis, mon frère même n'en a eu aucune connaissance, je la portai moi-même à la poste avec d'autres lettres que mon frère me donna * , »
1. Procès instruit ^ 1,35-45. Interrogatoire de BouquereL — Journal des Evénements^ p. 13.
Dès ce moment il était évident que Ton cherchait à compromettre le procureur général. On voulait trouver quelque lien entre Bouquerel et lui. On crut un moment y être parvenu; on apprit que Taccusé avait pris des leçons de mathématiques avec un nommé Bourgleval, qui était lié, disait-on, avec M. de la Chalotais '. Mais la piste était fausse.
Malgré tout, on se croyait sur la trace d'un vaste complot contre l'autorité du roi, dont La Chalotais aurait été le chef. Et comme les polices ont aimé de tout temps à créer les complots quand ils n'existent pas, — lorsqu'elles croient les avoir découverts, — on ne négligea rien pour recueillir les indices de cette conspiration imaginaire.
Les prisons de Rennes débordaient, les malfaiteurs n'étaient plus jugés, une révolte s'y produisit ; le procureur général fut invité à prendre des mesures pour parer à ce danger 2. On cherchait visiblement des griefs contre lui. On eut l'idée de faire saisir par Raudin, chez le geôlier, les ordres d'écrou donnés depuis 1756. Il s'en trouva' cinquante-deux signés de M. de la Chalotais et quatre de M. de Caradeuc; ils furent
1. Dès le 14 juUlet 1765, le Bulletin de Rennes, disait : o Bouquerel prenait des leçons chez un nommé Bourgleval ; ce Bourgleval est un maître de géographie attiré, établi et soutenu à Rennes par M. de la Chalotais, dont il est le commensal et dont il a en grande partie la confiance. » (Arch. Nat., H. 608.) Cela parait bien invraisemblable.