Procès instruit, I, 55-65, notes
56 LE DUC d'aiguii.lon et la chalotais
Mais rincident des billets anonymes n'était pas le seul. Cinq personnes étaient sous les verrous, attendant qu'on statuât sur leur sort.
Le graveur OUivault avait été transféré de Vitre au Mans, le l®*" juillet; il y subit un nouvel interrogatoire. Il était soumis tau secret le plus absolu. Le contrôleur des douanes du Mans, nommé d'Aubigny, voulut aller le voir. « Je trouvai chemin faisant, raconte-t-il, un conseiller de mes amis qui me dit tout uniment de n'en rien faire; M. de Rouillon, lieutenant criminel, avait reçu des ordres de la cour de ne laisser voir le prisonnier à qui que ce soit, et de faire claquemurer sa chambre de façon qu'il ne pût avoir aucune communication avec personne, et cela jusqu'à nouvel ordre. J'aurais pu faire usage de votre lettre auprès de ce juge, mais j'ai craint qu'elle ne vous fût préjudiciable, à cause de la liaison et de l'intimité qu'il paraît y avoir entre vous et le sieur OUivault. On le regarde ici comme un prisonnier d*Etat et vous savez qu'en pareil cas la moindre démarche est suspecte et peut avoir des suites fâcheuses ' . »
Ces lignes peignent bien l'impression de terreur qui commençait à régner en Bretagne. En effet, les lettres de cachet allaient pleuvoir sur cette malheureuse province.
1. Tableaux généalogiques, notices et documents inédits, par Edouard Frain, p. 105. Lettre de M. d'Aubigny, contrôleur des domaines au Mans, ù M. Luc Seré du Mesnil, contrôleur à Vitré, 8 juillet 1765.
Déjà M. de la Bellangerais, M"*® de la Roche, Tabbé de Boisbilly étaient à la Bastille. Malgré l'arbitraire, et malgré la raison d'Etat, on ne pouvait laisser tous ces gens en prison sans les juger. Mais on hésitait à s'adresser au Parlement, on avait peur de la « justice réglée. » Le roi nomma le 12 juillet une Commission du Conseil qui fut phargée de faire le procès aux cinq accusés. Cette Commission devait se réunir à l'Arsenal, elle avait pour président M. de Bernage, conseiller d'Etat, qui passait pour un caractère dur et sans pitié*, et pour procureur général M. de Calonne.
Mais le Parlement de Paris protesta aussitôt contre cette juridiction extraordinaire et irrégulière ; on se décida à renvoyer l'affaire à la Tournelle.
« Diverses intrigues ont été pratiquées pour exciter du trouble dans notre province de Bretagne, disaient les lettres patentes du 18 juillet 1765 ; dans cette vue criminelle, les auteurs de ces intrigues et leurs adhérents ont répandu des libelles diffamatoires et des écrits, tant en vers qu'en prose, tendant à attaquer l'honneur et la réputation de plusieurs de nos sujets; ils ont adressé à nos ministres des lettres et écrits anonymes injurieux à notre autorité 2. »
Le procès était engagé. Le Parlement entama les poursuites. Elles marchèrent vite. Le 26 juillet, le procureur général demanda à la chambre criminelle l'autorisation de faire infor-