Correspondance Le Prestre, 9 et 16 octobre
2.18 octobre 1765. Correspondance Le Prestre, 21 octobre 1765. "- Journal des Evénements, p. 21.
3. Arch. Nat., H. 437. Bulletin du 8 octobre 1765. — Premier Mémoire, p. 35.
L'indicateur du ministère cherche à jeter des soupçons sur la moralité même des magistrats. Il dévoile leurs expéditions galantes, vraies ou supposées. M. Foucher de Careil fils, jeune conseiller des enquêtes, s'avise d'emmener à sa campagne, où il va malgré les ordres du roi, la fille d'une comédienne, qu'il renvoie à Renrîes la veille du départ de la troupe. On raconte qu'il a donné dix louis à la mère. « Il est méprisé pour son inconduite, ajoute l'informateur, et séparé de sa femme. » Autre escapade : « On assure que Foucher, de la Noue, Èveillard de Livois, du Bourblanc ont fait habiller en hommes des comédiennes qu'ils ont emmenées au jardin des Bénédictins (où seuls les hommes avaient entrée), et là ils ont fait tout ce qu'ils ont voulu avec ces créatures. On l'affirme, cependant on ne peut le croire, surtout pour MM. Eveillard et de la Noue, que leur âge et leurs cheveux blancs semblaient garantir contre cette accusation. Toute la ville glose, je ne veux rien assurer à cet égard ; rien aussi ne me surprend, tant Tinconduite est commune chez nos magistrats *. » Comme ces insinuations sont perfidement et habilement dosées !
l.Arch. Nat., H. 437. Bulletin de Rennes, 6 octobre 1765. — Le fait du Thabor parait invraisemblable, étant donné Tùge des conseillers cités. Si des magistrats avaient voulu sacrifier aux grâces, — on dit que cela s'est vu dans tous les temps, — ils n'auraient pas choisi le jardin des Bénédictins pour théâtre de leurs exploits amoureux.
M. Marion commet, à propos de cet incident, une confusion peu explicable. « L'anonyme doit avoir dit vrai, écrit-il, car son impartialité est prouvée par ce fuit même que les noms cités ont appartenu aux deux factions rivales du Parlement. Foucher fils et Eveillard de Livois ont fait partie du bailliage d'Aiguillon,
Les dénonciations continuaient, toujours dirigées contre La Chalotais. « La Gâcherie, Montreuil, Kersalaûn, Boisbaudry, La Colinière, Lantivy ne cessent de courir chez les uns et les autres, et tous au quartier général chez les procureurs généraux, car c'est là que tout se résout/ Ils se sont assemblés encore hier matin, au milieu de la place du Palais, au nombre de quinze. Ils sont déconcertés de Texil de Kerguézec et craignent le même sort... Il faudrait les révoquer, c'est le seul bien ; conserver le père ou le fils, c'est perpétuer l'injustice au Palais, le trouble dans la province, ouvrir la porte aux abus et à la vengeance tyrannique^.. »
Mais si ces rapports de police suffisaient pour monter l'esprit des ministres, ils ne pouvaient
et Cormier figure sur le Tableau des Assemblées. » (Marion, La Bretagne, p. 343, note 2.) Le fait d'avoir été membre du bailliage d'Aiguillon et d'être porté sur la liste du Tableau des Assemblées prouve précisément que ces personnes appartenaient au même parti, c'est-à-dire au parti d'Aiguillon. Quant à l'impartialité de l'agent du duc d'Aiguillon, nous savons ce qu'elle vaut. (Le procureur Cormier aurait pris part la scène.)
En ce qui concerne la fugue du jeune Foucher de Careil, elle parait exacte, mais le premier président, auquel Saint-Florentin en écrivit, ne semble pas y attacher grande importance. « Je vous assure que M. Foucher de Careil est à Rennes. Je lui ai parlé lundi. S'il a été absent, ce n'a été que peu de temps, et la comédienne, ou, pour parler plus juste, la nièce de la comédienne qui l'avait suivi très volontairement et du consentement de sa tante est ici, et personne ne se plaint. » (Arch. de la Magnane, d'Amilly à Saint-Floi-^ntin, 11 octobre 1765.)
1. Archives Nationales, H. 437. Bulletin de Rennes, 6, 11, 13, 18 octobre 1763.
baser une accusation sérieuse et ne fournissaient même pas un prétexte aux mesures qu'on méditait. On essaya d'en trouver un dans les ordres d'écrou qu'on avait fait saisir. On voulait y découvrir un abus de pouvoir ; ce fut en vain ; le grief était ridicule, il fallut l'abandonner*. Et vraiment La Ghalotais eut quelque droit d'écrire : « Pendant trente-sept ans j'ai joui dans la province et dans tout le royaume d'une réputation intacte d'honneur et de probité, d'homme sensé et raisonnable... J'en appelle à la province entière, qui me connaît pour l'ennemi déclaré de toute vexation; j'atteste que jamais personne ne s'est plaint de moi ni des miens, sinon peut-être les délinquants que j'ai fait punir et les violents auxquels j'ai résisté ^ » C'était juste. 11 n'était ni très adroit ni très honnête de demander d'abord des armes contre le procureur général aux malfaiteurs contre lesquels il avait du sévir.
On chercha autre chose. Un incident vulgaire fournit un nouveau prétexte.
Dans la nuit du dimanche 6 octobre, la patrouille arrêta huit individus qui causaient du trouble à la suite de libations trop copieuses.
1. Exposé justificatif, p. 57-60. — Sixième Développement, p. 146-153. —Procès instruit, I, 107-114. —Sur 52 ordres signés de La Chalotais, 22 Turent retenus, sur lesquels vingt prescrivent des élargissements. L'un ordonne d'enfermer un vagabond et l'autre un nommé Salmon, caissier de M. de Gennes, qui avait volé 30,000 fr. à celui-ci. Il faut d'ailleurs remarquer que le Parlement ayant dans ses attributions le maintien de l'ordre public et la police, le procureur général remplissait ces fonctions par délégation. Il avait les mômes pouvoirs que le lieutenant de police qui était chargé à Paris de cette mission spéciale. Le grief qu'on lui imputait était donc déraisonnable.