Correspondance Le Prestre, 11 novembre
110 LE DUC d'aiguillon ET LA CHALOTAIS
de clercs et d'huissiers, remplit Tenceinte inférieure. Cinq présidents à mortier s'assoient au haut sur des fauteuils plus élevés : de Robien, de Langle, de Farcy de Cuillé, de Boisgelin de Cucé, Le Prestre de Châteaugiron, bien différents de caractère et d'opinion, mais assagis par l'âge; au milieu d'eux, le premier président de la Briffe d'Amilly, chargé de défendre l'autorité royale, mais désireux surtout d'apaiser les conflits ; esprit politique et fin, disaient ses amis ; intrigant et faible, disaient ses adversaires '.
Pour la première fois, démis et non démis allaient se trouver en présence. Aux Enquêtes siégeaient les jeunes conseillers, les plus déterminés, les plus ardents.
M. Conen de Saint-Luc, seul de cette chambre qui ne fut pas démissionnaire, va s'asseoir en silence à son banc. Immédiatement le vide se fait autour de lui, tous ses confrères s'écartent, il reste seul comme frappé d'interdit. Enfin M. Blanchard du Bois de la Musse, de la Tournelle, également non démis, s'approche de M. de Saint-Luc et va s'asseoir à ses côtés.
Alors on échange des regards moqueurs, on chuchotte et M. de Lohéac dit à haute voix : Ne
1. Le président de Monibourcher était absent, il avait perdu sa femme la veille; retenu à son château de la Magnane, il s'était fait excuser. Le doyen, de Marnière de Guer, était également absent. On disait qu'il venait d'être frappé d'apoplexie, mais les mauvaises langues prétendaient que c'était simplement une ruse de sa femme et de son fils, le jeune conseiller de Guer, l'un des opposants les plus décidés ; « tous deux croyaient leur mari et père déshonoré de ne s'être pas démis et étaient désolés de ne pouvoir l'y décider. » (Arch. Nat., H. 437. Bulletin de Rennes, 13 novembre 1765.)
sedeas sub umhra duorum! Tout le monde rit. Du Bois de la Musse ne peut supporter cette avanie, il abandonne son confrère et revient se mêler aux démettants *.
Cependant M. d'Amilly déclare l'audience ouverte. L'avocat général Le Prestre, seul au banc du parquet, dépose sur le bureau les lettres patentes et la déclaration royale 2.
M. Desnos des Fossés, sous-doyen, veut en donner lecture. Mais des bancs inférieurs partent des protestations :
— Non, non, point de bureau! Nous ne voulons point de bureau! Il n'y a point de Parlement !
Le premier président lit alors lui-même les lettres royales.
Par la première, le roi ordonnait au Parlement d'enregistrer sans délai la nouvelle déclaration et l'informait de l'arrestation des cinq magistrats « comme prévenus de faits très graves sur lesquels nous voulons que leur procès leur soit fait en la forme prescrite par nos ordonnances 3. »
La déclaration elle-même portait que le roi acceptait la somme de 700,000 livres pour tenir lieu des deux sous pour livre sur les droits appartenant à la province, mais il persistait à