Arcb. Nat., H. 608. Le Bret à Laverdy, 5 janvier
3. Ainsi le contrôleur général lui écrivait : « Je vous envoie une lettre pour M. d'Amilly. Vous en garderez un profond silence, ainsi que lui, et cela même if is- à-vis de M. V intendant. Mandezmoi en secret de votre part, et sous double enveloppe, ce que vous en pensez et mettez sur la seconde enveloppe ; Pour vous seul. Si je demande le secret à l'égard de l'intendant, c'est qu'il
Raudin fut chargé spécialement de surveiller les magistrats démissionnaires et de renseigner la cour sur leurs faits et gestes. 11 s'acquitta de cette mission en policier émérite. Allées et venues, visites, démarches, réunions, écrits, il connaît tout et signale tout. « Nous sommes furieusement épiés, » avoue mélancoliquement d'Amilly à son confident le président de Montbourcher *.
Aussi ses rapports sont extrêmement curieux. II y a certes bien des exagérations, des commérages, des erreurs ou des mensonges dans ce fatras, mais ils n'en donnent pas moins l'impression très vivante d'un coin de province au XVIII® siècle. Ils eurent d'ailleurs, on peut l'affirmer, une influence décisive sur les mesures rigoureuses qui furent prises parle gouvernement -.
Audouard, subdélégué de Rennes, était en même temps major ou chef de la milice bourgeoise chargée de la police et du maintien de l'ordre. Gomme son collègue Raudin, il était dévoué corps et âme au parti du pouvoir. De là naquirent entre lui et la population des conflits, des difficultés dont plusieurs eurent une influence notable sur les événements politiques. Le peuple était en effet entièrement favorable aux parlementaires, dont la démission devait pour-
est capital qu'il ne se mêle pas de l'affaire du Parlement dès le début... Vous ne devez avoir aucune inquiétude à cet égard... Soyez sûr de ma discrétion. » (Arch. Nat., H. 440. Laverdy à Raudin, 21 juin 1765.)
1. Archives du château de la Magnane. D'Amilly à Montbourcher, 10 octobre 1765.
2. Des bulletins secrets, rédigés à l'intendance, étaient adressés régulièrement au duc d'Aiguillon ; en son absence, ils étaient ouverts par son secrétaire et copiés en double pour être communiqués à Laverdy et ù Saint-Florentin.
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tftnt provoquer tant de gêne dans le monde innombrable qui vivait du Palais. Disposant de la force armée, très autoritaire et très impérieux, d'ailleurs d'une moralité suspecte, Audouard se fit Texécuteur impitoyable de toutes les arrestations, perquisitions, saisies arbitraires, violences variées qui allaient bientôt pleuvoir sur les magistrats et leurs amis. Aussi s'attira-t-il de la part de ceux-ci des inimitiés vigoureuses qui n'étaient pas sans cause.
A l'intendance fréquentaient assidûment le comte de la Noue, inspecteur commandant les milices garde-côtes; M. de Barrin, maréchal de camp, et M. de Goniac, sénéchal de Rennes.
Le premier, brave soldat, spirituel et léger, mais violent et cassant, n'admettait que l'obéissance; le vicomte de Barrin, plus calme, plus modéré, remplaçait le commandant absent; tous deux étaient les subordonnés dévoués et sûrs du duc d'Aiguillon; imbus de ce dédain un peu hautain que l'épée éprouve pour la robe, ils étaient tout disposés à mettre à la raison ces tog(îs en rupture de prétoire.
M. de Coniac, très ambitieux, très avisé, très habile h profiter de toutes les occasions de se pousser en avant, saisit cette circonstance pour HO mettre en correspondance avec le ministre de la maison du roi et lui adressa régulièrement, ainsi qu'au duc d'Aiguillon, de longues missives remplies de sa petite écriture fine et serrée L
1. Arch. Nat., H. 436. Goniac à Saint-Florentin, 20 et 31 mai 1765. — Il a soin d'ajouter : Le présidial, à la tête duquel je suis, est la première juridiction de la province pendant la vacance.
Les douze conseillers qui avaient refusé de donner leur démission avaient naturellement leurs entrées à Fintendance. C'était, on se le rappelle, MM. Desnos des Fossés, de Marnière de Guer, Huart de la Bourbansais, de la Bourdonnaye de la Bretesche, du Parc de Kerivon, de Caradeuc de Keranroy, Le Borgne de Coëtivy, de Langle de Goëtuhan, de Rosily, Blanchard du Bois de la Musse, de la Forest d'Armaillé, Gonen de Saint-Luc.
Parmi eux il faut signaler particulièrement Garadeuc de Keranroy, qui poursuivait son frère, le procureur général, d'une aversion vivace. Haineux, envieux et fielleux, auteur malheureux de tragédies qui n'eurent même pas l'honneur d'être sifflées, Keranroy fatiguait les ministres de dénonciations, peu honorables pour tout autre, mais qui, venant d'un frère, étaient odieuses et lâches. Au reste, d'Aiguillon l'a peint d'un mot, en écrivant à la suite de son nom sur la liste des conseillers de 1765 : plat sujet presque foL II appelle les foudres de la cour sur ses confrères : « La haine et la violence sont à leur comble, écrit-il. Si Gâcherie, Picquet, Kersalaùn, Guerry ne sont pas punis sévèrement, on verra contrecarrer ici tout ce que voudra le ministère. On dit que c'est dirigé contre M. de Lamoignon (le chancelier). Geci annonce qu'un des grands chefs de la cabale est M. Ghalotai«, qui a dit que si M. de Maupeou était chancelier, il n'y avait point de place en Bretagne où il ne pût prétendre.
« Ge M. de la Ghalotais n'a point démenti dans cette besogne son caractère double et trom-
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peur, il a affecté de n'être point du parti de la démission et il a demandé à plaider sur son intervention contre le procureur syndic des Etats. Il a écrit à M. de Saint-Florentin : c'est M. le premier président qui a tout conduit ; il en est incapable. Voilà la façon de penser de M. Ghalotais, il a excité la jeunesse des enquêtes à faire arracher les arrêts du conseil, afin de préparer la chute de l'intendant, M. Le Bret. Il en veut maintenant au premier président*... »
Ces viles dénonciations sont des calomnies sans preuves. Keranroy a d'ailleurs trouvé le moyen de terminer la crise. Ce serait de retirer les commissions aux Ghalotais père et fils et à du Parc-Porée, avocat général, comme gens du roi infidèles à leurs charges, perturbateurs de l'ordre, chefs de cabale, brouillons et intrigants et pourvoir de ces charges deux sujets attachés au roi -.
Quand l'ordre de rester à Rennes arriva, la plupart des conseillers démissionnaires avaient déjà quitté la ville 3. Ils y rentrèrent, et aussitôt commença contre les « non démis » une petite guerre qui ne devait plus finir. « Le doyen (de
1. Arch. Nat., H. 433. — Extrait d'une lettre de Rennes du 4 décembre 1764 (non signée, sans doute de d'Amilly} : « M. de Keranroy, frère de M. de la Chalotais, qui est à moitié fou et poète, nous raconte à la buvette qu'il va faire une Hiade de tout ceci, n en récite les premiers vers dont le sens est : Je ne chanterai pas la colère d'Achille contre Agamcmnon, mais bien celle de La Gàcherie contre d'Aiguillon... » (Arch. Nat., H. 434.) Voir tome I, p. 143.
2. Arch. Nat., H. 436. Lettre non signée ni datée. — l\ est impossible de douter de l'authenticité des lettres de Keranroy. Au haut de l'une d'entre elles, il a été écrit dans les bureaux du ministère : Mémoire de l'anonyme (M. de Keranroy),
3. Arch. Nat, H. 436. D'Amilly à Saint-Florentin, 31 mai 1765. « Il y a plus de 57 magistrats sortis de Rennes. »
Marnière de Guer) et le sous-doyen (Desnos des Fossés), qui n'ont pas voulu signer les démissions, sont honnis. En sortant du Palais, tous les conseillers disaient : Allons chez notre doyen! Et ils furent chez le troisième conseiller (Mesnard de Toucheprès). La femme du premier (M"® de Guer) ne cesse de pleurer et veut partir pour la campagne, parce qu'elle dit que son mari est déshonoré K » Les femmes jouèrent un grand rôle dans ces incidents où la vanité se mêlait à la politique.
« L'aigreur, les propos, les plaisanteries, les vers se multiplient à l'égard de ceux qui n'ont pas donné leur démission; la fermentation est toujours infinie, - » écrit d'Amilly. La fureur contre les non démettants augmente à un point extrême, dit Raudin. Quand l'intendant de Flesselles arriva à Rennes, le 4 juin, on se tint sur la réserve ; enfin, au bout de cinq jours, « le mortier » se décida à aller le saluer et • le premier président donna un diner en son honneur. « Il invita démettants et non démettants, mais les premiers sous les qualités de leur noblesse, comtes, marquis, etc.; les autres, sous celles de présidents et conseillers 3. » On ne dit pas si le dîner fut cordial.
Les « non démis » avaient eu Tidée un peu étrange de demander une consultation théologique sur le cas de conscience des démissions. Les autres en firent des gorges chaudes. L'abbé Boursoul, aumônier de l'hôpital Saint-Yves, avait établi dans un long mémoire que l'on devait