Journal det Eçènementi, p
huissiers l'apportent, on la place dans le parquet et une vingtaine d'entre eux s'y établissent pour écrire.
Pendant ce temps, les autres conseillers se lèvent, les groupes se forment. On discute avec animation. Le premier président lui-mênue descend de son siège, se mêle aux colloques, engage les uns et les autres à la soumission, il leur représente les malheurs auxquels la province se trouvait exposée.
Mais les partisans de la résistance élèvent la voix ; le président de Robien est un des plus ardents ; il s'étonne ironiquement de n'être pas arrêté; Kcrsalaûn, de Guerry, du Pargo, de Lantivy, de Boisteilleul se prononcent hautement : ils sont décidés à ne pas se soumettre, à ne pas enregistrer, à maintenir leurs démissions. M. de Moëllien s'échauffe jusqu'à dire que la déclaration du roi est obreptice et subreptice. « 11 est vrai qu'il n'en sait pas assez pour entendre la signification de ces termes, mais il ne voulait toujours rien dire de bon. »
Le premier président laisse parler; une fois remonté au fauteuil, il prononce ces mots :
— Messieurs, vous faites le malheur de la province et vous détruisez le Parlement si vous n'enregistrez pas. Vous ne voulez pas m'en croire, mais vous verrez que les suites seront fâcheuses.
Les jeunes conseillers sourient et crient :
— Monsieur le Premier, vous n'avez qu'à prendre les voix.
D'Amilly recueille les suffrages, en commençant par « le mortier. » Les cinq ow ç>\^ ^\^\ttv^\'3^
114 LE DUC d'aiguillon ET L\ CHALOTAIS
opinants répondent qti'ik sont d'avis d'enregis trer par soumission,
Lf* prtVsîiliMit de RoLien déclare carrénieiit qu'il est d'avis de refuser. Presque tous les conseillerai font la même réponse ; ils disent simplement qu'ils persistent dans la délibération du 22 mai
Il était alors dix heures du matin. Douzi membres seulement se prononcèrent pour Tenre gistrement. La séance parciissait terminée. Le premier président était descendu de son siège et quittait la salle fort perplexe, lorsqu'il est retenu et entouré.
— Monsieur le Premier, lut dît-on, nous n pouvons pas finir ainsi, il faut mettre par écrit le motifs du refus d'enregistiTment-
— A quoi bon, répond d'Amilly, qui prévoit une nouvelle difficulté.
11 se défend, mais devant rinsistance il revient h sa place* On propose alors plusieurs projets de notes. L'un d'eux, rédigé par M. de Gnerry, réunit rassentîment généraL 11 était ainsi conçu :
if Nous, fidèles sujets du roi, cjui tenions précédemment la Cour de Parlement séant à Rennes,, . considérant que la déclaration du 8 novembre, loin de rétablir le droit d'opposition des Etats et la compétence du Parlement, enlève tout moyea^^j de réchimation avec succès contre les , atteintes^H qu'on pourrait leur porter ; que dans ces circonstances fâcheuses, les motifs qui ont déterminé Facte de démission du 22 mai subsistent dan toute leur force : voyant avec douleur Timpossi bilité d'enregistrer ladite déclaration du 8 de ce mois, persistons dans notre acte de démission, ei suppliant le seigneur roi de ne pas imputer cetti
démarche forcée à un défaut de soumission à ses ordres, et avons signé, ce 12 nooembre 1165 *. »
C'était là le moment psychologique. Il fallait se prononcer formellement pour ou contre, et engager sa signature.
Cette note n'était point un arrêt en forme; on avait repoussé avec intention toute formule judiciaire : il n'y avait plus de magistrats ni de Parlement.
Le Premier demande aux présidents s'ils veulent signer.
Boisgelin de Cucé, toujours faible, dit qu'il n'était pas d'avis de prendre l'arrêté, et qu'il ne pourrait pas le signer à ce titre, mais qu'il allait cependant le signer comme étant l'avis du plus grand nombre. Cette étonnante logique entraine tout le « mortier; » seul, le président de Langle de Coëtuhan refuse nettement de signer.
La feuille circule dans les bancs et chacun signe. Les meneurs pressent les douteux ; Kersalaûn, de Guerry, du Pargo, de Lantivy, de Boisteilleul recrutent les signatures; ils finissent par entraîner deux des non démis : du Bois de la Musse et La Forest d'Armaillé, qui signent avec des réserves. C'était une victoire.
« M. de Saint-Luc a mieux soutenu, disait l'intendant, les assauts et les tentatives et a résisté à tout, même à des exemples capables d'ébranler tout autre moins fidèle à son Dieu et à son roi*. » Ainsi les fonctionnaires ont été tentés dans tous les temps d'associer la cause