‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 49 sur 187 · lournaî des Eifènements, Première tuile, p · texte numérisé non relu

lournaî des Eifènements, Première tuile, p

2, Arch. du min. de la justice. Coiitac à d'Aîg^uîUtjn, G décembre 1765. — Ou voit ce qu'il faut penser de la prétetiduc populûi-Ué de lu Corn mission doux M, de Calunue parle data» sou Mémoire au rot ^ p. 25,

Par faveur spéciale, trois d'entre eux, de Langle, Desnos des Fossés et Huart de la Bourbansais, furent invités à se rendre à la cour, « afin d'y recevoir des marques de la satisfaction et des bontés du roi. » Mais cet honneur les séduisit fort peu, ils craignirent d'être accusés de dénonciations et « s'excusèrent de la manière la plus pathétique pour éviter ce voyage et les propos qu'il occasionnerait. » M. Desnos des Fossés déclara même que s'il y était contraint, il arriverait à Paris sa démission à la main.

Et, pour toute consolation, le premier président, auquel ils exprimaient leurs doléances, se contenta de les railler d'un mot sceptique et cruel : « Eh! que ne vous démettiez-vous aussi comme les autres! ^ » Ainsi la scission entre la Commission extraordinaire et l'ancien Parlement, entre la justice régulière et cette juridiction exceptionnelle, était complète, absolue, irréparable -.

La Commission n'en poursuivait pas moins son œuvre. Mais il lui fallait un procureur général. M. de Calonne fut désigné. Moins que tout autre, semble-t-il, il eût dû accepter cette ingrate et périlleuse mission. Collègue de La Chalotais, plus jeune que lui de trente ans, ayant eu avec lui des relations dans lesquelles sa discrétion et sa délicatesse avaient pu être justement suspec-

1. Correspondance Le Prestre, 22 novembre, 2 décemb. 17G5. — Arch. Nat., H. 437. Bulletin de Rennes, 22 novembre 1765.

2. <c II eût été à désirer que les non démis n'eussent pas paru faire un corps à part et représenter un Parlement, que M. de Cbâtcaug'iron eût été forcé, afin de conserver quelque chose du l'arlement de Rennes et de nous amalgamer avec ce corps. » (Arch. Nat., H. 437. Le commissaire Baadoui.i à Laver Jy, 4 décembre 1765.)

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lées» il se devait à luî-méme de ne pas se faire Sun accusateur'. Mais une ambition effrénée le poussait en avant, sa présomption ignorait les difllcuUés; il comptait pour les résoudre sur les cliarnies de sa piirole et les séductions de sa personne. Il avait promis, assure- t-on, à la cour de trouver des coupables et de terminer rapidemont cette affaire, qui commençait à agacer singulièrement le roi *, ^j

Arrivé à Rennes le 2 décembre, il déposa dm^Ê le lendemain sa plainte contre les cinq magîs^^ trais arrêtés. Mais il tenait que la Commission fît figure de justice. On résolut de procéder à la | séance annuelle de rentrée avec le cérémonial accoutumé. On se donna beaucoup de peine pour éviter que cette solennité ne prît le caractère 1 d\me parodie. On y réussit à peu près.

Les avocats, déjà morigénés par Le Pelletier de Beaupré, ne cédèrent point aux instances de Calonne. Au billet pressant de celui-ci, le bâton-

1. Colonne explique longuemeot qu'on dut luî faire violence pour !e décider ù accepler celte charge. iMrmvîre préxenie au roi, p. 14-17.) n est h croire que la violence fui douce.

2. M. de Calonne étnil déjii l'honime néfaste dont Mirabeau devait, vin^-cinq ans plus tard, tracer cet admirable et trop juste portrûit : « On croit trop aisément qu^ vous savez ce que vous comprenej» qoe vous comprenez ce que vou» écoutez d'ua oeil spirituel et dn, que Ton vous décidera facilement à ce qu on vous n démontré. Ce sont autant d'erreurs. Uniquement occupé d échopper si la difficulté du moment, de trouver les moyens d'être ministre demain sans savoir camment vous le serez dans huit jours, vous voulez des expédients et non pas des conseils, des promesses et non pas des omis, des louanges et non In vérité. Pourvu que vos colories vous encensent^ que vos obsesaeurs ne vous gênent pas, que voire ineiprimable lég^èreié rencontre des distractions et que rien ne vou» arrache i\ vos plaisirs, les affaires vont toujours assez, o [Mùabeau, par Edmond Roua» p. 103.)

nier Even se contenta de répondre qu'il était malade et alité; il transmit l'invitation à ses confrères, qui refusèrent unanimement, déclarant qu'il n'y avait plus d'avocats ni de barreau, puisqu'il n'y avait plus de Parlement.

A un ordre de même nature les procureurs font la même réponse. Ils ajoutent malignement qu'ils ne peuvent suivre les procédures devant des magistrats ignorants des coutumes de la province et que la détention de leurs confrères Even, Bertier et Bureau arrête la plupart des affaires *.

Malgré tout, la séance eut lieu le 5 décembre. La messe fut dite dans la chapelle du Palais par le P. Bourdet, supérieur des Cordeliers, requis à cet effet, sur le refus du chapitre de la cathédrale; « mais il n'y eut point de musique, point de chanoines, point de révérences, point de robes rouges-. »

Après la messe, audience solennelle dans la grand'chambre, dont la vaste solitude semble déserte. Seuls les juges du Présidial et le sénéchal," M. de Goniac, assistent à la cérémonie. Point d'avocats, ni de députés du chapitre, ni des abbayes de Saint-Melaine et de Saint- Georges.

Le président Le Pelletier de Beaupré lit un discours qui dure quatre minutes sur les devoirs du magistrat. M. de Galonné prononce une allocution tout aussi brève sur les obligations imposées aux juges par leur serment, qu'ils n'ont ni le droit ni le pouvoir de cesser de remplir.

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