‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 6 sur 187 · Registre de la Faculté de droit, 15 mai · texte numérisé non relu

Registre de la Faculté de droit, 15 mai

2. Arch. Nat, H. 436. Montbourcher à Laverdy, 13 juin 1765. Rapports de Raudin des 12, 14 et 26 juin 1765. — Archives de la Magnanc, d'Amilly à Montbourcher, 28 mai 1765.

milly, Flesselles, Raudin étaient d'avis de traîner les c)]ioses en longueur et de ne prendre aucune décision prématurée. « On arrivera ainsi, pensait Flesselles, à fatiguer les démettants, les procureurs et les avocats privés de leurs émoluments. » Et Raudin : « On en tirera meilleur parti en les laissant se morfondre ici. Ils verront avec peine la belle saison se passer sans pouvoir aller habiter leurs terres. Leur séjour à Rennes leur coûtera d'ailleurs de Targent et, quoique la plupart soient riches, ils n'aiment point à en dépenser. Il faut les amener à faire des propositions. Le silence du gouvernement les inquiétera plus que des menaces, dont ils ne croient rien que par l'effet. L'incertitude de leur sort les lassera et, comme le génie de cette nation est bouillant, leurs chefs de parti viendront d'eux-mêmes à M. le premier président faire des propositions ^ »

Le gouvernement écoutait volontiers ces conseils faciles à suivre. Mais ce long silence, cette abstention .prolongée en des circonstances si critiques inquiétaient et désorientaient les amis du pouvoir. Ils attendaient avec impatience, à chaque courrier, l'arrivée des ordres du roi. L'avocat général Le Prestre trahit ces sentiments dans sa correspondance. « Les nouvelles concernant le Parlement de Pau ne nous promettent rien de bon, » dit-il. En effet ce Parlement ayant donné sa démission le 17 mai, le roi fit arrêter neuf de ses membres, envoya des

1. Arch. Not., H. 436. Rapports de Raudiu du 9 et de FiesseUes du 21 juin 1765.

18 LE DUC d'aiguillon ET LA CHALOTAIS

conseillers d'Etat pour rendre la justice et fît avancer des troupes dans le Béarn sous les ordres du maréchal de Senneterre. « Il est temps, grand temps que le roi vienne au secours de la province, et le remède, quel qu'il soit, tarde bien. Il est à craindre qu'il soit violent, et l'aventure de Pau nous en présente un exemple... Le roi s'occupe de nous, cela est juste ; mais il devrait nous en donner promptement des preuves, en nous tirant de l'état critique, funeste et dangereux où nous languissons depuis un mois et qui devient tous les jours plus triste... Que cette lenteur m'impatiente, ne faisant qu'aggraver les maux*... »

En attendant, la situation des non démis devenait de plus en plus intolérable. « Les propos injurieux qu'on leur adresse, le salut réciproque qu'on leur refuse, la scission déjà exécutée pour ne plus les voir ni les recevoir, eux et leurs femmes, dans la société, les progrès rapides et immenses que fait dans tous les états cette façon de penser leur font douter que leur fidélité au roi lui soit agréable -. »

Les magistrats « fidèles » reçurent enfin un encouragement sous forme d'une lettre de M. de Saint-Florentin adressée au premier président. Il est utile d'en reproduire le texte : « Le roi, monsieur, commence à s'occuper des affaires du

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