‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincial (volume 3)Chapitre 91 sur 187 · Procès instruit^ III · texte numérisé non relu

Procès instruit^ III

Il \W

242 LE i>i:c e/aigl!llon et la chalotais

[laraîâon, que je reconnais être de mon écritures. S'il y a quelque ressemblance entre les deux,

faut qu'on les ait couirefaiies.

UExperL — « Je soutiens le eoutniire. El matière d'écriture, on distingue entre le déguisement et rimitation ; les hillets m'ont paru déguisés, mais non imilés, c'est-à-dire que leur auteur a voulu déguiser sou écriture ordinaire, mais non en contrefaire une autre; je crois avoir

prouvé (jue Fauteur des deux lettres que voici .

est Tauteur des liillets anonymes. ^H

La Chalolais. — « Je ne sais pas s'il y a e^^ déguisement, imitation ou contrefaçon ; ce que je sais» c'est que je n'ai jamais écrit un mot des htllets anonymes dont on me représente le^ copies * » n

Lii finit rentrevue. La confrontation du secom expert, Jean Guillaume^ se passa dans les même termes.

On fit comparaître ensuite en face de Faccuse deux des principaux témoins de Taccusation, le procureur Doré et la femme Certain, Le premier raconta la scène du jardin de Tliôtel de Garadeuc, mais déjà il avait atténué les ternies lors de son récolement, et reconnu que les paroles de M. de la Çhalotais, relatives à Saint-Florentin, tenaient plutôt du (c badinage » que de la « raillerie; w le

1. Comment Calonne pouvEtit-it écrire h d'Aigaînon ; ^ La cûiirronUtion des experts n désespéré Lu Chalotaia et on dit qu'il n'a pu retenir ses larmes en sortant. Cependant l\ continue h dénier, ni nia sa défense est telle qu'elle ne fnit qu'ag-grover le floupton liu crime, m Arrb. mîn. justice. Saint-Mnlo, vendredi (l'è février 17fi6,) — Ou Calonne étuit mal renseig-né, ou il étnil de mâuviiîae foi. Voir Procès instruit, III. 67-72 ► Confrontai 22 février 1766.

TEMOIGNAGES Et CONFRONTATIONS 243

procureur général dit simplement qu'il n'avait rien à répondre, qu'il s'en rapportait aux déclarations de- son interrogatoire. Il précisa seulement un détail au sujet de l'allusion qu'il avait faite à la petite taille de M. de Saint-Florentin qui, dans sa pensée, n'avait rien de blessant*.

La femme Certain, qui avait rapporté, on se le rappelle, des propos d'antichambre, vient les répéter devant le procureur général. Celui-ci réplique qu'il n'a pas pu dire que M. de Saint- Florentin lui avait rappelé tout ce qui s'était dit au château du Boschet, par la bonne raison qu'il ne lui en avait jamais parlé. Alors cette femme se rétracte et convient qu'elle a voulu seulement parler d'un seigneur de la cour, sans désigner M. de Saint-Florentin 2. Ce n'était pas sérieux.

Le Noir voulut avoir une entrevue suprême avec La Chalotais; il l'adjura de dire la vérité; alors le procureur général, précisant les faits, confirmant ses paroles, exposa sa situation avec une netteté qui défie toute controverse et un accent de véracité qui force la conviction.

« J'ai eu des différends, dit-il, avec un ministre et un commandant, comme particulier ; il n'y a pas de délit à s'en plaindre, même amèrement, pourvu qu'on le fasse en termes convenables ; je demande qu'on distingue la personne du ministre et du commandant de celle du particulier.

1. Procès instruit, III, 49, 72, 74. Confrontation du 14 fév. 1766. Voir plus haut, p. 28 et 142.

2. Procès instruit^ III, 74, 76. Voir plus haut, p. 141. Le Procès instruit ajoute que le commissaire avait menacé cette femme pour lui faire dire que ce seigneur était bien M. de Saint-FIo" rentin.

2^«i LE DUC DVtGUfLLO!V ET L4 CS.U.OT4IS

tf J^ai eu deux «piereUès oct pluUSt deux jetu dff plainte considérables eoulre M. le à\ d*Aiguillon : le premier, au sujet des Jésuit quand j*ai *fcrit â M. de Choiseul pour blAmer ûUttnde aux Etats; le second, quand il a usé de ton» ses effort» pour empêcher mon fils d'obte la siicceSHÎo» de ma charge et moi la concurrent et survivance* Dès lors, il m'accusa d'être l'auteur des critiques présentées par le Parlement contre les cliemins, ce qui était faux, et son OTif'li*, M. ïhî Saint-Florentin, me reçut fort mal u (>>iripifgiie, Voilà Torig'ine et la cause de toutes li»H cnlomiiies que l'on a inventées contre moi, et n*j|jiriHiM*iif cJy romrm fiibiilenx des entretiens av M. <lt' Kerfçuézec au château du Boschet.

ti Je crois avoir à me plaindre également d( M, le duc tir Choiseu! qui, après m'avoir traité avec bonté, m'avoir dit même qull m'avait quelques obligations, m*a abandonné et sacrifié. Di même M. le vice-clianeelier de Manpeou, avec lequel yi\ï iHé intimement lié pendant trente ans mes délaisse aujourd'hui.

<c MîUH, tout cela, ce sont des querelles particulières, ce n'est pas un délit public, encon moins un crirne de lèse-majesté,

u C'«!Ht [hnr leur conduite publique et par les faits {pie Ton doit juger si des magistrats ont trahi leurs devoirs. Or je nie avoir cherché exciter drs fermentations dans la province ; avoir |u*is |>iu't a ancime assemblée; — avoi forrnV^ d'îs associations criminelles; — avoir en tmiciui lies eorrespoailanees suspectes ; — avoir fait ou ins[*iré aucun libelle pour dilfamer les non démis; — avoir répandu des écrits opposés

au service du roi; — avoir tenu en public ou en particulier des discours séditieux; — enfîii j'ai offert ma tête si Ton parvient à prouver que j'ai eu la moindre part à la confection ou à l'envoi des billets anonymes.

« Je prétends avoir fait tout ce qui était en mon pouvoir pour le service du roi en Bretagne. Je n'ai pu être accusé que par des espions qui, suivant leur métier, sont devenus de faux témoins ; j'en atteste la province entière ^ »

Il est impossible de méconnaître l'impression de sincérité qui se dégage de ces déclarations émues : tout hommo de bonne foi, après les avoir lues, dira : oui, telle est la vérité!

« Le mystère d'iniquité est dévoilé... On a voulu nous fatiguer par des interrogatoires de dix heures par jour; après trois mois passés dans les prisons, je sais à peu près de quels crimes je suis accusé. » C'est ainsi que débute le Second Mémoire que La Ghalotais écrivit dans sa cellule au moment des confrontations -, C'est une œuvre remarquable par la force de l'argumentatio^ et par la vigueur du style ; les allusions mordantes, les traits acérés y relèvent les discussions juridiques et font de cet écrit un pamphlet de premier ordre qui se lit encore avec

1. Procès instruit, III, 62-67. Récolement du 15 février 1766.

2. Second Mémoire, p. 54 à 91 des Mémoires de M. de la Chalotais. Il porte à la fin : Au château de Saint-Malo, 17 fév. 1766. Ecrit comme le premier.

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