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Registres secrets du Parlement, 1" juillet

Les traités de Paris et de Hubertsbourg, signés le 10 et le 15 février 1763, avaient en effet erminé la guerre de Sept Ans.

Ils laissaient la France dépouillée de son em- )ire colonial et affaiblie par une série de revers.

La fin de cette lutte désastreuse fut accueilie en France avec un véritable soulagement ; nais les dépenses énormes qu'elle avait entraîlées — un milliard, dit-on — n'étaient point iquidées; il fallait trouver de nouvelles ressources et frapper encore des populations déjà épuisées.

C'est à cette tâche ingrate et malaisée que le ministère allait consacrer ses efforts.

Le duc de Ghoiseul était à l'apogée de sa fortune, le pouvoir était, à vrai dire, concentré dans ses mains. Il dirigeait les départements de la guerre et de la marine, et par son cousin le duc de Choiseul-Praslin celui des affaires étrangères.

Maupeou, premier président du Parlement de Paris, était nommé le 4 octobre 1763 garde des sceaux et vice-chancelier, à la place de Feydeau de Brou; et le 12 décembre, un autre magistrat, François de Laverdy, conseiller, succédait à Bcrtin comme contrôleur général. Ces deux nominations avaient pour but de donner satisfaction aux parlementaires et de calmer leur opposition.

]yjrne jg Pompadour était au déclin de sa faveur; déjà malade, elle avait vu diminuer son crédit auprès du roi; elle allait s'éteindre le 17 avril 1764, à quarante-deux ans, « au sein même de ce pouvoir qui avait été l'ambition et le but de toute sa vie, mais dont, par un juste

302 LE DUC D'AJaUlLLON ET LA CILiLOTAlS ■

ehàtîmeiii, les îuî il- rt unies et les préoccupaiioii^| incessantes eontrilmèreiit sing^ultèrement à abrt^fl ger ses jours. >> Jusqu'à la fin la favorite et lé" premier niinistre avilie ni sni très lïabilemt^nt concerter leurs vues jioiir les imposer au roi. Ils s'étaient trouvés d'accord dans la grosse alîaîre des Jésuites; la dispersion de cet ordre par les l^irlemonls avait [Mirté un coup fatal à leurs ad- Aersaires, au parti du dauphin. ^

Dans cette campagne, Tun des auxiliaires le$^ jilus puissants, les plus reniarcpiés, les plus brillants de la politique ministérielle avait été la procureur général de la Chalotais.

11 songea h jrrnriler de la faveur dont il jouissait et de la c^débrité qu'il avait acquise, ii conçu la pensée de faire passer à son fils la ebargo de procureor gr^iiéral sans la perdre pour lui-même. Il résolut de demander qu'elle liU attribuée à celuici, tout eu consei*vant Texerciee en concurreno« avec lui et la survivance en cas de prédécès de il, de Caradi'uc.

Peut-être M. de la ('balotais, abu's ûgé é^Ê soixante-trois ans, voulait-il assurer le repos de ses dernières années ; peut-être désirîût-il, au contraire, reconquérir sa liberté pour aspirer jfl d(* ]dus hautes destinées; son but fut surtnut, croyous-uous, de procurer à son fils une position enviée, et aussi d'aecroitrc Fillustration de sa race en gardant d^uis sa launlle celte éminente diguité, comme Tavait fait sou prédécesseur lluchet de la Bédoyère, qui avait succédé dans cette charge à son père et à soc^ graud-père. H

Sans doute il fut aveuglé par Tamour j^aternelH

M. de Caradeuc *, qui était conseiller depuis huit ans, n'avait ni la valeur, ni les talents de son père; il n'était pas aussi dénué que l'ont dit ses ennemis, qui ont fait de lui une caricature ridicule, et, en somme, il a rempli ces difficiles fonctions pendant vingt-cinq ans avec honneur-. Mais c'était une intelligence très ordinaire ; son beau-frère La Fruglaye, qui ne l'aimait pas, dit que « M. de Caradeuc était un homme faible, ayant peu de ressort dans l'esprit et encore moins de courage dans l'âme, » et il reconnaît « que l'amour -propre paternel fit commettre une faute à M. de la Chalotais en le poussant à solliciter cette place pour son fils 3. »

Le procureur général partit pour Paris le 2 novembre 1763. « Ses espérances de succès étaient fondées sur l'approbation la plus générale qu'avaient obtenue ses Comptes rendus dans l'affaire des Jésuites. Cette affaire avait inspiré le plus grand intérêt et l'on peut dire divisé l'opinion de la partie pensante de la nation : l'une approuvant leur destruction, l'autre les regrettant avec enthousiasme.

1. On appelait habituellement le père M. de la Chalotais, et le fils M. de Caradeuc. Nous continuerons à nous servir de ces dénominations pour la clarté et la facilité du récit.

2. Voici ce qu'écrivait un homme compétent et capable de juger, l'avocat Anneix de Souvenel, t\ la mort de M. de la Chalotais : Tous ceux à qui j'ai dit que M. de Caradeuc resterait seul procureur général s'en réjouissent, surtout les gens du palais. Ils craignent bien un peu M. du Bourblanc, avocat général, dont la vue oblique peint, disent-ils, lintérieur de l'àme. » (Correspondance d'Anneix de Souvenel. Arch. Nat., H. 554. Recherches sur les Etats de Bretagne, par du Bouëtiez de Kerorgucn, II, 341.)

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