Arch. Nat., H. 630. Mémoire man. pour le duc d'Aiguillon
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apprise, mais cette prétendue douleur se manif(»stait par des cris affreux et une résistanco invincible à toute sorte de travail... L'évèque de Rennes eut toutes les peines du inonde à se faire entendre, quoiqu'il ait la voix forte, les 126 opposants jetant les hauts cris et menaçant le grefller de la plus grande violence, s'il osait enregistrer pareille délibération... 11 fut obligé de lever la séance* pour éviter les suites tragicjues qui en auraient résulté infaillibb^mont ^ »
L(; duc ne s'en tint pas du reste aux moyens pi^rsuasifs. Lu incident imprévu vint tout d'un coup compliquer la situation.
Dans la nuit du 9 au 10 janvier deux conseillers au Parlement, MM. Charette de la Gâcherie vi de (lil)on du Pargo furent arrêtés et conduits l'un au château de Saumur, l'autre à Bellesme-. A miiuiit, la maison de M. de la Gâcherie est envahie» ])ar la maréchaussée, quatre cavaliers sont ])ostés à la porte de son appartement, quatre autres dans la cour de son hôtel. Le subdélégué d(; l'intendant, escorté de quatre soldats, pénètre chez bii et hii notifie une lettre de cachet. Il entre précipitannnent (huis le cabinet du magistrat, saisit ses j)apiiM*s et les met sous scellés. Aussitôt, sans donner au ]>risonnier le temps de respirer, sans égards ])()ur les pliMirs de sa femme effrayée, on ]() fait monter, avec un exempt, dans une
1. Arrli. Nnt., H. 'A'M't. \y\'n^u\\\on nu contrôleur géncrçil, 11 et 12 janvier 1757.
"2. Chàtcnu fort (hms h* PtM'chp. aujourtl bui arrondissement de M«)rtaj^no (()nio\
chaise de poste qui part entourée de gardes ^ M. du Pargo est enlevé par les mêmes procédés et avec la même brutalité.
Par ces mesures de rigueur, le duc d'Aiguillon voulait inspirer une crainte salutaire au Parlement et aux Etats. Ce qu'il redoutait le plus, c'était l'entente entre ces deux corps. Il l'avoue avec une sorte de naïveté dans sa correspondance.
L'intention du ministre avait été d'envoyer d'abord au Parlement l'édit du second vingtième, pour lui demander de l'enregistrer, c'est-à-dire de l'approuver. Il l'avait même fait dès le mois de novembre 1756 et le Parlement avait aussitôt décidé d'adresser des remontrances au roi.
Le duc voyait là une fausse manœuvre; pris d'un scrupule subit — mais non désintéressé — à l'égard des privilèges des Etats, il avait soutenu que ceux-ci avaient un droit primordial et supérieur, qu'ils devaient voter les impôts, que le Parlement ne faisait en réalité que les promulguer. C'était tout simplement parce qu'il espérait avoir plus facilement raison de ceux-là que de celui-ci.
Il sentait déjà chez ces vieux conseillers, fort indépendants par situation, fort entêtés par caractère, naître une opposition qui deviendrait facilement irréductible. 11 voulut la briser du premier coup, montrer de quoi il était capable, et pour cela il usa du procédé habituel des pouvoirs absolus : l'arbitraire. Pour être plus
1. Arch. d'Il.-et-Vil., C. 1760. Lettre du Parlement au garde des sceaux, 11 janvier 1760.
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fréquent à celte époque, il n'était pas plus légitime.
Pendant la tenue des Etats, il était d'usage que la Cour ne siégeât pas. Tous les procès relatifs à des affaires concernant les membres des Etats étaient suspendus quinze jours avant et quinze jours après la session par un arrêté du Conseil du roi. C'était une sorte d'immunité parlementaire.
Mais à ce moment, les magistrats, fort empressés en général de quitter le Palais pour se rendre à leurs terres, étaient au contraire restés à Rennes. C'est ce qui inquiétait le commandant : « Je ne crains que les cabales du Parlement qui sont plus vives et plus fortes depuis quelques jours et qui ont fait impression sur « le bas du théâtre. » Heureusement ceux qui ont le plus de crédit dans la noblesse se sont préservés de la contagion. »
Et il ajoute, dans ce langage méprisant qui est le sien toutes les fois qu'il parle des Etats : (c Comme les voix se comptent (dans chaque ordre) et que le nombre des petits gentilshommes des évéchés de Rennes, de Vannes et de Saint-Malo, tous vendus au Parlement, est très considérable cette année, je ne répondrais yns que les chefs ordinaires de l'Assemblée fussent les maîtres ^ »
11 pousse le ministère, toujours hésitant, aux mesures de rigueur : « La province est perdue et l'autorité du roi anéantie si nous faiblissons, mais le mal serait encore plus grand, s'il est
1. Arch. Nat., H. 33G. D'Aiguillon ù Moras, 15 décembre 1756.
possible, si après avoir pris quelque parti ferme et vigoureux, on ne le soutenait pas.
« M"*® de Pompadour me mandait que le roi était déterminé, dorénavant, à faire exécuter ses volontés et respecter son autorité, le moment est venu où il faut agir en conséquence de cette bonne et ferme résolution.
« J'ignore si vous approuverez le parti que je propose au sujet des quatre conseillers factieux, mais, quoi qu'il en soit, il en faut prendre au ferme ou tout abandonner. On pourra punir ensuite les deux ou trois membres des Etats qui cabalent dans l'Assemblée pour le Parlement. Mais je crois qu'il serait imprudent d'agir contre eux en ce moment, parce que le temps des Etats est un t3mps de liberté... * )>
D'Aiguillon fît facilement partager ses craintes aux ministres et il n'eut pas de peine à obtenir les mesures rigoureuses qu'il réclamait^.
Il prétend que le but du Parlement était d'empêcher les Etats de prendre aucune décision sur le vingtième jusqu'à ce que le roi eut répondu à ses remontrances du mois de novembre ^.
1. Arch. Nat.', H. 336. D'Aiguillon à Moras, 31 décembre 175G.
2. « n me paraît, comme à vous, qu'il y a des liaisons dangereuses entre plusieurs membres de cette Assemblée et du Parlement et que leurs vues pernicieuses pourraient bien s'étendre au-delà des bornes de la province...
« ... L'association des Etats et du Parlement ne peut avoir en Bretagne que des suites très préjudiciables à l'autorité royale... Les plus grands malheurs devaient naturellement suivre de la réunion de ces deux forces contre l'autorité royale. » (Arch. Nat., H. 639. Saint-Florentin à d'Aiguillon (officiel), 28 décembre 1756, 2 janvier 1757.)
3. Arch. Nat., H. 630. Mémoire man. pour le duc d'Aiguillon. (Compte-rendu des Etats de 1756.)
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Aussi rinquiétude du commandant fut extrême quand il apprit que le Parlement, passant à un rôle actif et prêt à seconder la résistance du Parlement de Paris, avait convoqué tous les conseillers, présents et absents, à une grande assemblée extraordinaire pour le 10 janvier.
On assurait qu'il méditait de déclarer concussionnaires et perturbateurs du repos public tous ceux qui voudraient lever l'impôt non consenti par les Etats.
Cette réunion était absolument inusitée*; aussi, dès lors, le duc n'hésita plus.
11 songea un moment à dissoudre les Etats, en vertu d'un ordre du roi que Saint-Florentin lui avait envoyé pour s'en servir en cas de besoin : « Il me paraît que les factieux ont pris une résolution assez forte pour que ni la modération de vos réponses, ni la sagesse de vos remontrances, ni leur propre intérêt puisse les ramener -, »
Mais il n'osa pas aller jusque-là. Il se décida à faire exécuter deux des quatre lettres de cachet qu'il avait reçues : « MM. de la Gâcherie et du Pargo sont plus violents et plus séditieux que jamais, écrit-il; je serai forcé de faire exécuter les ordres du roi, au moins contre le premier 3. »
Et il fit enlever, dans la nuit du 9 au 10 jan- A^ior, la veille de l'assemblée projetée^, La Gâ-