‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 40 sur 178 · Mémoire pour L. Chareiie de lu Gâcherie, p · texte numérisé non relu

Mémoire pour L. Chareiie de lu Gâcherie, p

58 LE DUC d'aiguillon et la chalotais

leur élargissement ? * J'avoue que ce mérite me parait tout à fait négatif. Il ne pouvait pas apparemment les garder en prison toute leur vie.

Ces arrestations arbitraires n'étaient pas justifiées, et de plus elles étaient maladroites, aux débuts de Tadministration du commandant. U avait beau prétendre que La Gâcherie était le conseil et du Pargo l'agent de la cabale, c'est-àdire de l'opposition, ces raisons n'ont jamais excusé l'emploi de la force contre les assemblées délibérantes ou les cours de justice.

Les Etats furent péniblement impressionnés de cette exécution, bien qu'elle soit loin de leur avoir inspiré cette sorte de terreur, première cause d'un « calme profond, » d'une « sagesse ex(»mplaire » dont se vante assez impudemment le duc d'Aiguillon -.

Le commandant s'était empressé de communiquer à la Commission les rôles du vingtième, réclamés par les Etats, et même il avait pris un malin plaisir à lui faire porter tous les registres en bloc, sans y joindre aucun tableau d'ensemble.

La Connnission se trouva noyée sous cet amas de pa})iers (;t de chiffres et se vit obligée de demander aux Etats de louer un appartement spécial pour y déposer et y dépouiller cette

1. Arrliivos du niinistt'ro de la justice. D'Amilly à d'Aiguinon, 5 févricM* 1758. — Sainl-Fl<)routin à dAij^uilloii, s. d.

2. Voir Marion, La liretu«;nc et le duc (/'riif(u il/on. p. 61, et Arch. Nat., H. :VM\. LettnMludur du U janvier 1757. Voir contra: Arrêt du l'i août 1770, p. .'}7.

masse énorme de documents. Malgré tout, elle succomba sous la tâche; le 16 janvier, elle dut Tavouer aux Etats et, de guerre lasse, elle proposa un peu timidement de s'en remettre à la volonté du roi.

Alors un revirement se produit, dû à plusieurs causes : loyalisme chevaleresque, besoin d'en finir, impression produite par les arrestations et surtout intrigues du commandant. Car cet homme impeccable n'hésitait pas à recourir, quand il y avait intérêt, aux procédés qu'il réprouvait chez les autres et aux manœuvres qu'il interdisait à l'opposition : « J'ai cabale toute la nuit, écrit-il, tous mes affidés sont en campagne pour fortifier notre parti... ^ » En fait, l'adoption du vingtième fut le résultat d'un véritable escamotage préparé et machiné par le duc.

La proposition de s'en remettre au roi à peine exprimée, des affidés, disposés dans tous les coins de la salle, poussent des cris répétés de : Vive le Roi! L'abbé Desnos, grand-vicaire de Saint-Brieuc, qui avait une voix de stentor, — et désirait fort un évêché, — donnait le signal des applaudissements.

Dès que quelque membre de la cabale se levait pour disputer le champ de bataille, on l'étourdissait avec de grands cris de : Vive le Roi! qui partaient de tous les angles de la salle, l'évêque de Rennes prononçait pendant ce tumulte la délibération, le duc de Rohan la faisait transcrire^.

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