‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 42 sur 178 · Arch- Nul,, n. tVMi, idem · texte numérisé non relu

Arch- Nul,, n. tVMi, idem

2, Arch, dn.-ct-Vil., G. 2087, 1759, 1760, 282G.

membre de la noblesse, et à M'"^ de la Gâcherie rintérêt qu'ils prennent à leur malheur ^

Quelque temps après, les deux magistrats étant toujours détenus, les Etats tentent une démarche officielle. Une députation spéciale, ayant à sa tète les présidents des trois ordres, est chargée, le 8 février, de se rendre auprès du commandant : « Les Etats, dit-elle, ne peuvent différer plus longtemps de donner une marque publique de l'intérêt sensible qu'ils prennent à ce qui regarde le Parlement. Ils prient M. le duc d'Aiguillon d'employer ses bons offices et d'écrire en faveur des deux membres qui ont été éloignés par ordre du roi. »

Le duc répond en propres termes : « Quelque empressement que j'aie de joindre mes sollicitations à celles des Etats, je ne puis me prêter à leur désir; il m'est impossible d'écrire, ignorant absolument les raisons qui ont occasionné les ordres de Sa Majesté! Mais lorsque j'en serai informé, si elles sont de nature à me permettre d'agir en leur faveur, je m'emploierai avec grand plaisir pour leur obtenir la liberté-. »

1. M. Marion dit que les Etats refusèrent d'écrire au roi en faveur de MM. de la Gâcherie et du Parg-o, comme le leur demandait un des afBdés du Parlement (La Bretagne et le duc d'Aiguillon, p. 61). Ce fait est sans doute affirmé par le duc d'Aiguillon, qui dit aussi dans une lettre que la proposition de donner des marques d'intérêt aux familles des prisonniers fut reçue assez froidement (Arch. Nat., H. 336. Lettre du 14 janvier 1757). Il n'y a pas trace de ces faits dans les procès-verbaux. Le duc pourrait bien prêter ses sentiments aux Etats, qui en témoignèrent de tout contraires.

2. Arch. Nat., H. 336. D'Aiguillon i\ Moras, 9 février 1757. Arch. d'H.-et-Vil., G. 2687. Procès-verbal, et G. 2708, Précis des Etats.

G2 LE DUC d'aiguillon et la chalotais

Et c'était lui qui avait sollicité ces ordres et les avait fait exécuter au moment qu'il avait choisi ! Sa réponse était donc d'une insigne mauvaise foi, aggravée d'une insolente dérision, car tous savaient à quoi s'en tenir ^

Les Etats furent indignés avec raison de cette fin de non-recevoir. « Il y a tant de feu et de mauvaise humeur à ce sujet qu'il est à craindre qu'on ne perde encore la journée d'aujourd'hui, ce qui retarde de plus en plus la fin des Etats ~. »

Le lendemain 9 février, « pour témoigner à Messieurs du Parlement la part qu'ils prennent à la disgrâce de deux de leurs membres, et coml)ien ils sont touchés de la contrainte exercée dans le temps de la présente tenue et dans la ville même où se tiennent les Etats, ils ordonnent que les présidents des ordres écriront en leur nom au chancelier et au comte de Saint- Florentin, pour les prier de solliciter auprès de Sa Majesté le rappel de MM. de la Gâcherie et du Par go. »

Le duc d'Aiguillon, informé, fit savoir assez sèchement que les lettres devaient lui être remises pour les faire passer à la cour et refusa de s'associer à ces démarches.

La fin de la session fut consacrée aux affaires d'administration.

Les Etats approuvèrent le règlement pour les

1. M. Marion, qui veut que son héros soit immaculé, ne voit dans cet indigne mensonj^e « qu'un petit subterfuge bien nécessaire quand on avait affaire à des earaetères aussi épineux. » (La Bretagne, p. (if), note). Un homme d'Etat doit s'estimer heureux de trouver un apologiste aussi résolu.

2. Arcb. d'IK-et-Vil., C. 17G0. Le Dret ù Saint-Florentin, 9 février 1757.

grands chemins récemment élaboré; ils votèrent 800,000 livres pour cet objet; 3,300 livres pour V Histoire de Bretagne de dom Taillandier; 200,000 livres pour Tarmemcnt des milices garde-côtes, mais ils refusèrent 61,500 livres pour leur entretien.

Ils assistèrent à un Te Deum solennel pour le rétablissement de la santé du roi; les évéques instituèrent une fête annuelle en Thonneur des « Anges gardiens du roi et de la monarchie. »

La clôture de TAssemblée fut prononcée le 15 février 1757.

Commandant et intendant poussèrent un soupir de satisfaction, heureux d'être débarrassés de cette «corvée, » comme disait Saint-Florentin*. D'Aiguillon fut accueilli à Versailles par de vifs éloges : « Je ne puis qu'approuver la façon dont vous vous êtes conduit, disait Saint-Florentin. Je Fai fait valoir autant qu'il m'a été possible. M. de Moras vous a rendu la même justice et j'ai vu avec grand plaisir que le roi était content... Je crois que ma nièce est fort aise aussi d'être débarrassée de cette corvée, sinon qu'elle doive être très contente de la façon dont elle a réussi-. »

Le duc de Luynes note également cette impression : « La conduite des Etats de Bretagne leur fait beaucoup d'honneur. L'évêque de Rennes et le duc d'Aiguillon ont profité habilement des

1 La session a été assez agitée pour vous causer beaucoup de soucis et d'inquiétudes. (Arch. d Il-et-Vil., G. 1760. Saint-Florenlin à Le Bret, 16 février 1757.)

2. Arch. Nat., H. 639. Saint-Florentin à d'Aiguillon, 16 février 1757. (Autog.)

circonstances... Toiit le monde con\nenl i\\u' celui-ci, ilcjuiis qu'il rst (?n Brettigne, s'y conduit avL*c la jïluî? ^riindr njUjUcation et toute l'intelligence cl la cnpaeité [iossibles,,. Sa fîicilitè pour le travail, le t<*mps qu'il y donne, sa politesse lui ont mérité restime et rurnitîé de toute 1îi Bretagne... ^ »

Il restait pourtant xui point assez délicat. On désîriût fort à Yer^^ailles, afin d'éviter toute difficulté à Favenir, que Tédit du vingtièrae fiH cnn^^nstré par le Parlement, Jlais cette compagnie, tout en snjiportant avec peine qu'on levât un impôt nouveau sans cpi'elle TeiH approuvé^ répugnait l\ Fenregistrement après les remontrances du 27 novembre 175(3. A la lin, des lettres de jussion du 28 mars 1757 vinrent le lui imposer. Elle s'exécuta d'assez mauvaise grâce eu insérant djuis Tarrét du 29 mars deux clauses restrietives : « la cessation des deux vingtièmes truis mois après la fin des hostilités et la réservation des droits, libertés et franchises de la provinee*. n

Cette réserve, cjui était dans son droit, déplut fort en haut lieu. On en rendit M. de la Ghalotais responsable, parce que le procnnmr général avait a Cortement insisté o pour qu'on soumit les édits au Parlement.

C'était il t<»rt. Celui-ci s(^ défendit vivement dans une lettre à d'Aiguillon lui-même, où il se plaint en termes piquants de AI. d'Amilly; ce

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