Arrêl du Piirlemunl de JkcUj^nc du l'i uoùt
qui prouve qu'il était fort mal avec ce dernier et qu'il était encore à ce moment dans de bons termes avec le commandant K
Le duc d'Aiguillon était actif et laborieux, il étudiait lui-même les affaires et ne dédaignait pas les questions de détail. Pendant l'été de 1757, il parcourut de nouveau la province. Dans chaque ville, il donnait d'avance rendez-vous aux ingénieurs et aux (( fonctionnaires, » il inspectait les travaux, distribuait les avis et les ordres, encourageant les uns, critiquant les autres. Presque chaque jour il adressait à l'intendant, qui restait à Rennes, ses instructions; ses lettres, souvent écrites tout entières de sa main, décèlent un administrateur habile et consciencieux.
Ces qualités, rares chez les grands seigneurs du xviii® siècle, jointes à l'affabilité et à la grâce de son accueil, expliquent la popularité qu'il sut conquérir à ses débuts. L'historien impartial doit le constater sans parti-pris.
11 poussait les villes aux améliorations matérielles, aux grands travaux publics. Obéissant sans doute à des instructions générales, car les
1. Cotte lettre du 17 avril 1757 a été publiée par Linguet (Mémoire pour M. le duc cV Aiguillon, p. 38, note). « Je ne veux pas avoir toujours, dit La Chalotais en parlant de d'Amilly, une pareille mouche-guêpe à bourdonner aux oreilles et j'en aurai justice en le faisant connaître; il est détesté ici et ne fait que nuire aux affaires du roi môme, en les présentant mal et de façon à rebuter. » *
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plus belles routes datent de cette époque dans la France entière*, il imprima un grand essor aux chemins, aux canaux, aux ports, aux rues, aux places, à la viabilité de toute la pro^dnce. On a reproché à ses ingénieurs de trop aimer la ligne droite: si elle est le chemin le plus court, elle n'est pas toujours le plus facile ni le moins coûteux jnnir aller d'un point à un autre. Mais quels sont les ingénieurs qui n'ont pas Tamour exagéré de la ligne droite?'-
Débarrassé des Etats, le duc se trouvait parfois aux prises avec la Commission intermédiaire, qui les n^nplaçait dans Tintervalle des s(»ssious et dont la surveillance ombrageuse n'était pas, il faut le dire, toujours justifiée.
L(*s Etats avaient raison de discuter : c'était leur droit et leur devoir. Mais rexécution devait aj)i)art(»nir à un seul. La Commission ne le coml^renait ]>as assez et les grands chemins, notamnieut, fournissaient souvent des pierres d'achop- ]>tMuent.
Le due exhalait sa mauvaise humeur dans ses lettn^s à rinteudaiit : a Leur intention est d'allong(U' votre besogms de renibrouiller, enfin de fain» en st>rte qu'il n'y ait jamais de chemins en Bretagne juscpi'à ce (pi'ils n'en aient Tadminis-
1. L'Ancien Ucgime dans la pnwince de Lorraine et Barroit, pur 1 al)l)ô D. Mathit'ii, ItlTl), ch. VII, p. 201-210. On se plaignait nuHsi on Lorraine dos abus de la corvéo.
2. Voyages dans le Département actuel des Cofes-du~yord, 1775-1785, publiés par J. Tivvédy, p. 5. « Los injrénieurs du duc d'Aijfuillon ôlait»nl possédés d une passion fatale en notre pays : la passion de la li^riie droiti*, et il leur est arrivé souvent d'abandonner une grande voie ancienne, romaine ou autre, pour tracer à côté une roule bien plus défectueuse.*»
tration, dans Tespérance que les obstacles qu'ils vous- présentent à chaque instant, les plaintes que les Etats feront à chaque tenue de notre mauvaise administration, les murmures des troupes et des voyageurs nous obligent à la fin à désirer nous-mêmes d'en être débarrassés. »
« Si je croyais que le bien public y gagnât, je ne balancerais pas un moment à céder la part que j'ai dans cette administration, et je suis bien persuadé que vous en feriez de même; mais je suis au contraire très convaincu qu'il faut, pour le bien public, que nous veillions nous-mêmes à cette besogne et que la Commission en soit totalement exclue ' . »
Une autre fois les commissaires refusent d'assister aux adjudications de travaux d'art annoncées par l'intendant. Leur présence était indispensable. L'intendant est fort embarrassé. 11 demande à son chef des instructions.
Celui-ci l'engage à passer outre : « Je ne suis point étonné, écrit-il de la pointe Saint-^Iathieu, de la conduite de la Commission; quelqu'indécente et déraisonnable qu'elle soit, elle est conséquente à son système, à ses principes, à ses vues... L'intention du roi a été de permettre aux commissaires de surveiller l'emploi des fonds, d'empêcher d'accorder des préférences à certains entrepreneurs, de donner aux opérations la publicité et l'authenticité nécessaires, mais elle n'a jamais été d'en laisser les commissaires des Etats maîtres et arbitres. »
1. Arch. dll.-et-Vil., G. 2267. D'Aiguillon à Le Bret, de Port- Louis, 24 juin 1757.
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Et il proclamait ces belles maximes qu'il aurait dû toujours suivre lui-même :
(( Voilà le parti que je prendrais... J'y ajouterais encore celui de laisser jaser les frondeurs et les bavards. Vous voulez le bien, vous agissez en conséquence; vos intentions sont bien connues, elles dirigent votre conduite, et personne certainement n'y peut trouver à dire. Il faut prier Dieu de faire voir clair aux aveugles, de convertir les malintentionnés et continuer de faire le bien, sans s'embarrasser des clabaudages de ceux qui ne veulent que le trouble et la confusion ^ »
Les commissaires n'allèrent pas jusqu'à « cet excès d'extravagance, » selon le mot du commandant-, et l'adjudication put avoir lieu.
Rentré à Paris, le duc n'oubliait pas ses fonctions; (( il essayait de mettre le ministère au fait de l'administration des grands chemins de Bretagne, qu'il ignorait complètement; il faisait voir les dangers di) la direction collective des Etats; chacun voudrait c[ue son chemin fût fait et abuserait en particulier sur ses vassaux de l'autorité générale qui aurait été accordée aux Etats. Les représentants du roi, sans vues particulières, sans intérêts personnels, ne peuvent envisager que le bien général^. »
1. Arrh. d'Il.-cl-Vil., C. 2200. DAigiiiRon à Le Brct, 18 juiUct 1757, et G. 2272.
2. Arrh. d'il. -et- Vil., C. 2200. D'Aiguillon à Le Brct. Lcsncvcn, le 21 juillet 1757.
3. Arch. d"Il.-et-Vil., C. 1750. M«'nioîre rédigô par l'intendant Le Bret. On trouve dans une leMre de d'Aip^uillon ce passage curieux à propos du chemin de Vcrn à Servon : « Jo sens que vous n'avez pus voulu donner le désagrément à M. de la Chalo-
Une autre difficulté surgit à propos des gardescôtes. Le crédit pour Tentretien, refusé par les Etats , avait été rétabli d'office par arrêt du Conseil du 27 septembre 1757. Aussitôt la Commission intermédiaire s'émeut, le bureau de Rennes convoque les représentants des neuf diocèses; mais après discussion on reconnaît la nécessité du crédit et on décide, par neuf voix contre six, de ne pas y faire d'opposition*.
Quelques semaines après, nouvelles réclamations au sujet de l'organisation des compagnies : tirage au sort, choix des capitaines, etc. L'intendant s'impatiente et demande l'exclusion de « sujets dangereux » comme MM. de Derval, de Kerguézec, de Coatpéan et de Bégasson : (( Aura-t-on jamais plus belle occasion de rendre :» ce service à la province?... Qui peut approuver la conduite qu'ils ont tenue ? Qui peut être surpris qu'elle soit punie? Qui môme ne le doit pas doit sirer ?...2 »
Le duc les semonce vertement et s'épanche avec son confident : « Ces représentations sont aussi indécentes que déplacées, mais elles ne doivent pas nous surprendre, Nous devons nous attendre à tout de leur part. Il serait aussi plat
tais de laisser sa route imparfaite, et cette considération est d'autant plus légitime qu'elle tend au bien public. » (Arch. d'Il.et-Vil., G. 2266. D'Aiguillon à Le Brct, Paris, 24 février 1758.) — M. Marion, qui publie aussi cette citation, s'arrête après le mot « imparfaite. » [La Bretagne, p. 79, note 3.)
1. M. Marion commet donc une erreur en disant que ni la Commission intermédiaire ni le procureur syndic ne songèrent à protester. (F^a Bretagne et le duc d'Aiguillon, p. 6.5.)
2. Arcb. d'H.-et-Vil., G. 1761. Mémoire de l'intendant (copie). Au haut est écrit : Donné à Nantes au mois de mai 1758.
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de s'en fâcher que contraire au service du roi d'y avoir égard. Ainsi, il faut les laisser parler et aller toujours en avant... Les Etats ne les ont point chargés de veiller aux arrangements militaires... et j'aurais pu, sans les oiTenser, les prier de se borner aux affaires que les Etats leur ont confiées ^.. »
Le commandant, mieux renseigné que quiconque sur la marche des affaires publiques, avait raison de pourvoir en toute hâte à la défense des côtes. Un événement inopiné allait bientôt justifier ses craintes et émouvoir la France entière.
1. Arch. (1 Il.-el-Vil., C. 17G1. D'Aiguillon ù Le Brct, 21 avril 1758.