‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 53 sur 178 · Arch. Nat., H. 3'i8. Lettre du 23 décembre · texte numérisé non relu

Arch. Nat., H. 3'i8. Lettre du 23 décembre

138 LE DUC d'aiguillon et la ghalotais

Le duc de Choiseul était alors tout puissant. Le maréchal de Belle-Isle, qui partageait avec lui la lourde charge de la direction des affaires, était mort le 26 janvier 1761, accablé par Fage et par la perte irréparable de son fils unique, le comte de Gisors, tué à la désastreuse bataille de Crevelt. Choiseul sut faire valoir la nécessité de. concentrer en ses mains les principaux pouvoirs, pour donner plus de poids aux négociations entamées, et le roi le chargea du département de la guerre. Il conservait celui des affaires étrangères, et au mois d'octobre suivant il se faisait attribuer le ministère de la marine.

Mais, malgré sa facilité et sa puissance de travail, Choiseul ne put soutenir cette charge écrasante, il chercha un collaborateur, et fit donner les affaires étrangères à son cousin César -Gabriel de Choiseul, duc de Praslin. C'était un autre lui-même. Lamoignon était chancelier, Bertin contrôleur général.

Choiseul garda pendant neuf ans l'autorité et l'omnipotence d'un premier ministre, il n'en eut jamais le titre ni les prérogatives. La susceptibilité très éveillée de Louis XV ne l'eût pas permis.

11 avait su conquérir et il sut conserver les bonnes grâces de M™® de Pompadour ; son alliance avec la favorite le rendit inébranlable.

Il s'imposait au roi. Après avoir* réussi à distraire par son esprit léger et brillant l'incurable ennui de ce monarque qui, dit W^^ du Ilausset, était fort triste habituellement et aimait toutes les choses qui rappelaient l'idée de la

mort en la craignant cependant beaucoup *, il fut assez habile pour se faire considérer comme rhomme nécessaire.

Naturellement le premier ministre avait des ennemis : d'abord tout le parti de la cour opposé à la favorite, la reine, le dauphin, les princesses. Ceux-là ne cachaient pas leur hostilité. Dans le cabinet même, le comte de Saint-Florentin était un rival, un adversaire dissimulé, mais certain. Le ministre de la maison du roi entraînait dans •son orbite son neveu, le duc d'Aiguillon, qu'il protégeait, et le maréchal de Richelieu, oncle de celui-ci et de tout temps Tennemi de la marquise.

Ghoiseul soupçonnait-il en M. d'Aiguillon son •successeur futur, comme le dit M. de Carné-, c'est peu probable; à dix ans de distance, on n'a guère de ces pressentiments, mais ce qui est sur c'est qu'il ne l'aimait pas.

Un contemporain, Augeard, assure qu'en 1767 il existait une haine irréconciliable entre le duc de Choiseul et le duc d'Aiguillon. Le premier, dit-il, fit tout ce qu'il put pour perdre le second, et celui-ci, à l'aide de manœuvres peu loyales, finit par discréditer Choiseul et le remplacer^.

Cette rivalité devait aller en s'accentuant et devenir l'une des causes secrètes des graves incidents que nous allons voir se dérouler.

La guerre continuait en Allemagne avec dos alternatives de succès et de revers. En France,

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