‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 57 sur 178 · Fille de la marquise de Lambert · texte numérisé non relu

Fille de la marquise de Lambert

3. M™" de Locmaria, née de Rochefort, épousa en secondes noces le fils de la marquise de Lambert.

« Notre triste abbé Dam*... est perdu pour la société et même pour ses amis. Quel dommage, et quel accident pour moi qui l'aimais et le voyais tous les jours ! Il ne fait plus que des confessions générales et des réflexions désespérantes sur son salut, sa fortune et sa santé, et tout cela devrait, ce me semble, aller mieux que jamais. En devenant dévot, ne faudrait-il pas espérer davantage pour l'autre monde ? 11 a mille écus de rente de plus dans celuy-cy. Ces deux changements devraient opérer en bien pour sa santé, mais on n'est point fait pour être heureux icy-bas. Jeune, les passions vous tourmentent; vieux, les infirmités vous accablent et vous font tourner la teste. Il n'a plus de plaisir, tout lui est à charge, tout l'importune, et son intérieur n'est pas plus calme ; que je le plains !

« Je désire la dévotion, mais Dieu me préserve d'être agitée d'une telle manière; je veux l'aimer avec plaisir et attendre tout de sa bonté ; vous qui me paraissez si heureux, enseignez-moi votre doctrine et vos préceptes. Si je n'y atteins, je ne laisserai peut-être pas d'en profiter.

« Adieu, ne soyez donc pas si longtemps sans me donner de vos nouvelles. Votre beurre est arrivé à bon port, il n'y a eu que deux pots de cassés. M^ l'abbé en a eu six et M. de Fontenelle cinq entiers. Ils vous remercient et moi aussi. Nous l'avons trouvé excellent.

« M. de Fontenelle a donné le sien à une nièce

1. L'abbé d'Amfreville, dont parle également d'Alembert dans sa lettre citée ci-dessus, du 11 janvier 1743.

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des Corneille et par conséquent à sa cousine. 11^ m'a bien prif^c de vous en remercier', >»

Le commerce des philosophes exerça oertaiin'ment une action sensible sur l'esprit, sur les idées comme sur la manière de parler et d'écrire du magistrat breton. C'est à leur fréqm^ntaiioB, à la lecture de leurs ouvrages qu'il doit ce style" clair, facile, simple et presque moderne qui était alors inaugmVï par Voltaire, La Chalotais et Tavoeat (ierbier ont puissamment contribué à cette transformation du laiif^^age, et c'est à tous les deux que peuvent s'appliquer ces justes appréciations : « Do graves avocats, hommes dô l>ien et hommes de goût, secouaient lentement pour plaider les droits de la conscience et de b] liberté, le fatras d'érudition ridicule, de cilntioniJ extravagantes et de pompeux lieux eomnuiuï^ dont la vieille rhétorique du Palais chargeait les plaidoyers d'autrefeis... J^'fu'trés des idées c des ]iassîons de leur temps, ils se trouvaient' sans cesse mêlés aux ]>lulnsophes, aux puhli cistes, aux hommes de lettres, et les nceasii>n les plus diverses les MiUE^naii iit ]h'\\ h peu ioiS

1. Sitscri/jHifit : Miin»ieur^ Mon si eu i' fe marqiiî» dt' la Cbolataîd h Reiiiies, en Hretn^ju*,

CoUi? lotlrc, que j'oi copirc sur rurl^'iiial nnHervé nnx A f'iiivra tlii (htUoaii de t^ni-adfuc. e|ihp.irk'iiaiil ei M"'" la marf|iiit<f« de Keruîeiv ij'csl iiî dulèc ni signée, niuiti elle est eei'tuiuenieril d Adrieiinc LeOiMJVJ'our, 1 eerilui'o e*.t idt'nlîii[tie à irlle du 11 17ilOj déjà publiée cl signée,

polémiques bruyantes de la presse ou aux aventures dangereuses de la politique*. »

Il serait intéressant de rechercher Tinfluence de ces doctrines sur les opinions de La Ghaiotais et d'étudier en quelque sorte la genèse de cette belle intelligence à travers les réquisitoires et les plaidoyers qu'il prononça pendant plus de trente ans devant la Cour de Rennes. Ces discours dortnent ensevelis sous la poussière des ans dans un recueil vénérable, où nul ne va plus leur demander les secrets du passé.

Elles ne sont pas cependant sans valeur, ces harangues et ces thèses recueillies par PouUain du Parc dans le Journal des Audiences du Parlement de Bretagne-, Quand on a la patience de les rechercher au milieu du fatras de ces in-quarto, on constate que la plupart attestent une science juridique consommée et des connaissances étendues dans toutes les branches du savoir humain. 11 est visible que Ton se trouve en présence d un cerveau bien organisé servi par un travail opiniâtre.

La Chalotais possédait surtout à un haut degré cette qualité si française qui double la valeur intellectuelle : la clarté. 11 savait porter la lumière dans une question compliquée ou épineuse, il se mouvait à Taise au milieu du dédale de la jurisprudence et des coutumes. Après les plaidoiries contradictoires des avocats, il donnait à la Cour des conclusions nettes, logiques, lumi-

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