Souvenirs manuscrits de M"*^ de la Fruglaye
2. Compte rendu des Constitutions des Jésuites, 1762, p. 100.
vains par entégorit'S (*t trouver tlans chacune qni^lqiips hommes iFuii talent supérieur; « qiiariJ on arriverait, (Ut-il, à re t(ron|>e varii' et nottanf, voisin rh'S Ininianisles et touterois dîlI'èrvHt, qu'on peut appeliM" relui drt^ a Ji^suites liommes de lettres, » il le faudrait rértuiner et persounifier dans liouhours '. )>
DWleudjert, plus juste, n'éerivait-il pas : {praueune Soeiété religion s(% sans exception, ne peut se gloriller d\in aussi gi'and nombre «riiommes célèbres dans les sciences et dans les let- M très "2 ? ■
Chose étrange! ces hommes dont on fait des esclaves sans idées, sans initiative, sans fl liberté, on les représente en même temps comme ^ des politiques (ruiie hahihdé consommée, des inlrignnts jdeins de finesse, aspirant au gouveruemeut des familles, h la direction des cou- ^ sciences, à la domination de rEtatî Contra- ■ diction inexplicable, si elle ne s^exphqnait trop bien par raveuglement d*une passion qui ne raisonne pas.
Roslê la terrîiîante doctrine du tyrannieide.
u Peut-on eidendre sans frémir, s'écrie La Cha* lotais, qu*on a enseigné dans le ehristianisnie qu'il y a des cas oiï il est permis d'attenter à la vie des rois, qu'il y a une Société religieuse chez qui ^ cette doctrine est commune? Il doit r(:%t<'r [H>nr ■ constant que la doctrine meurtrière a pu être attribuée au corps de la Société et que les Je-
L l fi Jt'xuite hommt' dv U'ilreu au AT//'' ntvrff. f.e Ptre Iiou~i honrs, pnr Gciir^o Duiicïolix» d'' ès-kitn't.'si. Inlrod., p, <>, 70. 2, De ia Dcslntction des Jësuiles, por d'AkuiLert.
suites sont atteints et convaincus de l'avoir enseignée*... »
Faut-il le dire : ces accusations horribles, effroyables^ nous font sourire... C'est la seule impression qu'elles nous causent.
Nous qui pouvons les juger à la lumière des faits, nous savons que les Jésuites et leurs partisans n'ont jamais menacé la vie des rois, et ce n'est point parmi leurs amis que se recrutent ceux qui assassinent les princes et les présidents. Comment un homme éclairé pourrait-il accepter de pareilles imputations, comment les Parlements purent-ils ajouter créance à ces « monstrueuses chimères qui montrent à quel point l'on a pu se jouer de la crédulité publique ? )>
« Il faut bien cependant prendre au sérieux ces extravagances, puisqu'il s'est trouvé tant de gens pour y ajouter foi 2. »
Au xvi° siècle quelques théologiens, poussant à la dernière rigueur les déductions scolastiques, crurent pouvoir soutenir qu'il était licite, dans certains cas, de mettre à mort un tyran devenu pour son peuple un fléau et un danger 3.
Cette thèse, œuvre de théoriciens égarés par l'abus du syllogisme, n'était pa^ faite pour déplaire aux adversaires des monarchies.
1. Compte rendu des Constitutions des Jésuites, 1762, p. 128, 129, 132, 149.
2. De l'existence et de l'Institut des Jésuites, par le P. de Ravignan, p. 112.
3. CeUe partie du réquisitoire de La Chalotais a été composée d'après un ouvrage intitulé : Les Jésuites criminels de lèse-majesté dans la théorie et dans la pratique, A La Haye, chez les frères Vaillant, 1759. J'en possède un exemplaire qui porte quelques uotes manuscrites du procureur général.
202 LE DUC d'aiguillon et la CHALOtAIS
Elle fut reprise par deux Jésuites étrangers, Mariana et Busembaûm, mais ils furent aussitôt condamnés par le P. général Aquaviva, qui interdit formellement d'enseigner cette doctrine perverse*.
Quand on a lu leurs explications, il n'est pas possible à un homme de bonne foi de s'arrêter à ces imputations criminelles. Henri IV a clos le débat quand il a dit avec son spirituel bon sens :
« Depuis trente ans qu'ils enseignent la jeunesse en France, cent mille écoliers de toute condition sont sortis de leurs collèges, ont vécu avec eux et comme eux : qu'on en trouve un seul de ce nombre qui soutienne de leur avoir ouï tenir un tel langage ni autre approchant de ce qu'on leur reproche... Vous faites les entendus en matières d'Etat et vous n'y entendez non plus que moi à rapporter un procès-. »
Et l'on accusait en même temps les Jésuites de
1 . Dès 1758, les supérieurs des cinq maisons de Bretagne, le P. Joseph Ficrard, recteur du collège de Rennes, le P. René de Gennes, recteur du collège de Vannes, le P. François de Kerily, recteur du collège de Quimper, le P, Etienne Goublet, recteur du séminaire de la marine de Brest, le P. Cb. de Dessus-le-Pont, supérieur de la maison de Nantes, adressèrent au Parlement une déclaration signée d'eux, au nom de tous leurs confrères, dans laquelle ils protestent explicitement et avec indignation contre les propositions du livre de Busembailm et les théories du tyrannicide, disant : « Qu'en tout ils sont soumis ii la Déclaration du clergé de France de 1682, et qu'ils continueront de soutenir et enseigner la doctrine y contenue... »
Le Parlement leur décerna acte de cette déclaration solennelle et aussi formelle que possible par arrêt du 12 janvier 1758.
Il y avait donc mauvaise foi à prétendre qu'ils n'avaient pas protesté contre ces doctrines. {Journal des Audiences et Arrêts du Parlement de Bretagne, par PouUain du Parc, t. V, p. 295.)
2. Discours d'Henri IV en réponse aux remontrances d'Achille de Harlay, premier président du Parlement de Paris, 24 décembre 1003.
travailler habilement à se ménager la confiance des rois. Gomment concilier cette contradiction?
Elle n'était pas la seule. Tout en reconnaissant que leur conduite privée était inattaquable, on leur reprochait d'enseigner « les principes d'une morale corrompue et relâchée. »
Comme conclusion, le Compte rendu finissait par les charger de tous les crimes : « Rompre les liens de la société civile en autorisant le vol, le parjure, l'impureté;... favoriser l'homicide et le parricide, anéantir l'autorité royale et les principes de la subordination;... porter le trouble et la désolation dans tous les empires par l'enseignement abominable du régicide*;... » telles étaient, assurait-on, les doctrines des Jésuites.
Qu'allait faire le Parlement?
1. Second compte rendu sur l'appel comme d'abus des constitua tiens des Jésuites, lu au Parlement de Bretagne, les 21, 22 et 24 mai 1762, p. 73.