‹ Le pouvoir absolu et l'esprit provincialChapitre 84 sur 178 · Evéché et ville de Kemper, par A. du Ghatelier · texte numérisé non relu

Evéché et ville de Kemper, par A. du Ghatelier

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Tarrét du 27 mai 1762, les huissiers du présidial saisirent le mobilier, la bibliothèque, les archives, les instruments de physique, les ornements d'église; et de ce mobilier considérable, estimé dans l'inventaire 27,537 livres, les possesseurs ne devaient rien revoir.

L'émotion fut vive à Vannes quand les Pères quittèrent la ville. L'éveque, M^*" Bertin, frère du contrôleur général, protesta solennellement dans une lettre pastorale du 28 juin 1762 et rendit hommage à l'excellent enseignement des Jésuites ^

Les réclamations, l'indignation devinrent si pressantes et si génévales, que pour en arrêter l'explosion le Parlement fut obligé de défendre par arrêt de demander le rétablissement des Jésuites, sous peine d'être poursuivi extraordinairement-.

L'enseignement fut réorganisé sous la direction des prêtres séculiers.

Le collège de Rennes était le plus grand et le plus beau des établissements tenus par les Jésuites; il se trouvait d'ailleurs par sa situation sous l'action plus immédiate du Parlement; « les écoliers y affluaient en si grand nombre que dans les classes dont il se composait, théologie, philosophie, physique et humanités, on en comptait, vers 1654, deux mille huit cents. Cette afiluence des jeunes gens au collège de Rennes, prouvée par le témoignage des contemporains, est encore

1. Lettre Pastorale de Mgr VEvêque de Vannes, Charles-Jean de Berlin, évêque de Vannes, 28 juin 1762.

2. L'Education des Jésuites autrefois et aujourd'hjui- Un Collège breton, par Fernand Butel, p. 47-50 (Arrêt du 27 nov. 1762.)

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tiiîteraent. La Cour imposa à chaque écolier uni^ contribution de douze livres par au, et dut l'exiger sous peine d'exclusion'.

Le collège de Rennea avait des ressources. Eu 17G2, les Jésuites déclarèrent que leurs revenuï^ annuels étaient de 18,1'4<^ livres^ parmi lesquels 3,000 livres accordées par le roi, sur les droits du pâpe*^^ault d«^ Ilennes, 2,000 livres de lu maison de ville , 7,388 livres des prieurés de Livré, B regain, Noyal-sur-Vilaine et du fief Saiut-Tliomas, donnés en comuieiide au eollègi'; 2,272 livres de pension des PP. Jésuites, 1,2U0 livres des chaises, etc.

La ville évalue les charges au nu elles a 5*233 livres, somme certaineuient beaucouj) trop faible; d'où il résulte qu'il serait resté u[i revenu (le 12,907 livres pour trente personnes -.

Le ParlenienI avait condamné les doctrines, mais il avait aussi frappé les personnes, et dans l'exécution il se montra (Pune rigueur impitoyable, 1 Les immeubles furent vendus aux enchères, les J meubles saisis et un économe séquestre nommé pour toucher les revenus.

Dans la pratique, aucune atténuation ne vint

1. Le Parîcmcnt «voit Rx('' lo trmlemcntdu principal de Hennés à 2,000 liviea t-L retix dos profcssouis à 1/200, 1,000 et UOO liv. ^ H dtfmundu iiUftsi que lUniversîté de Nante» fût iranatérèe à Rennes. ArrH du Parleiiiénl cîc Bretngnc du 23 juin 1762, (laip. in-4- de 8 p.)

2. Arcb. municîp. de Rennes, 28;l, 287. Plan d't'ducatioD de Ift Jeun<^sse propose par le Bureau de lAduiiniatmlion de la vUIc de Rennes, rédig^t? par M. Le Mcur^ procureur syndic. La ville durait bien voulu avoir les tilrcsi de propriété, innîs ils avaient ele envoyé* u lu chaneellerie et !i' vol défendil de a>ii drsgiitsir (Arch. Munictp. de Renne^^ 287. Lamoig^nun h d Amillv, Ci juillei 1752.)

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adoucir les tracasseries procédurières, dont les plus minimes sont souvent les plus sensibles. Le 5 juillet 1762, le conseiller Desnos des Fossés, désigné à cet effet, assisté de Le Clavier de la Pajottière, greffier civil, et de Le Meneust, huissier, accompagné de M® de la Haye-Jousselin, substitut du procureur général, se présenta au collège des Jésuites, rue Saint-Thomas et, étant dans la première salle d'entrée de la maison, il manda le P. du Pays, recteur, et le P. Le Petit, procureur des « ci-devant soi-disant Jésuites; » il les informa de sa mission et en leur présence commença l'inventaire du mobilier. Celui-ci dura six semaines, du 5 juillet au 21 août. Tous les meubles, même les plus insignifiants, furent estimés. Puis la vente eut lieu aux enchères devant M® Le Clavier de la Pajottière, en présence de M. Gault, substitut, et du séquestre René Lhermitte. Tout fut dispersé; on réserva seulement quatre calices, un ciboire, cinq chasubles et dix aubes pour la chapelle. L'opération dura près de cinq mois et produisit 29,534 1. 4 s. 6 d.*

1. La bibliothèque fut estimée 3,473 liv. Elle contenait beaucoup d'ouvrages de valeur. (Inventaire fait par F. -P. Vatar, imp. du roi. Arch. d'Il.-et-Vil., B. 66.)

L'argenterie d'église était nombreuse et belle, car elle pesait 453 marcs; elle fut estimée 21,957 livres.

Le comte de la Garlaye, connu par ses bonnes œuvres, eut l'idée d'acheter l'argenterie pouf la rendre plus tard aux Jésuites s'ils étaient rétablis. Il avança dans ce but une somme de 20,000 liv. à l'évêque de Rennes, Mgr Desnos, pour que celui-ci fît l'acquisition en son nom. L'argenterie fut achetée et déposée au séminaire de Rennes. Huit ans plus tard, Mgr Desnos étant devenu évêque de Verdun, M. de la Garlaye étant mort et les Jésuites paraissant dispersés pour toujours, M. de la Bourdonnaye de Montluc, son oncle et son héritier, réclama une partie de l'argenterie. Il s'ensuivit un long et curieux procès entre Mgr Des-

226 LE DUC lVaiguïllon et la ch a lot aïs

tuiienii'iif. La Cour iin|jnsa à chaque (Vjolîer une contribution tlt* dauzt^ ll%ros par au, et chil l'exiger sous peine d'exclusion ' .

Le collège de Rennes avait des ressources. En 17G2, les J^'snites déclarèrent que leurs revenus annuels étaient de 18,1'10 livres, parmi lesquels 3,000 livres accordées par le roi, snr les droits du ]>apeLcault ilr Rennes, 2,000 livres de la niaisou de ville, 7,388 livres des pri(*urés de Livré, R regain, Noyal-snr-Vilaine et du fii^f Saiut-Tlionias, donnés eu counneude au collège; 2,272 livres Je pension des PI*. Jésuîies, 1,200 livres des chaises, etc.

La %nlle évalue les charges annuelles à 5,233 livres, soiuint^ certaiueuieut beaucoup trop faible ; d'où il résulte qu*il serait resté un revenu de 12,907 livres pour treîite personnes '%

Le r*arb'nieut avait eondiunné les doctrines, mais il avait aussi frappé les personnes, et dans rexécutiouil se montra d'une rigueur impitoyable. Les immeubles furent vendus aux enchères, les meubles saisis et un économe séquestre nommé pour toucher les reA'euus.

Dans la pratique, aucune atténuation ne vint

L Lo Pnrlemeîil avoil fixé le troilement diï priiiripal de Rennes h 2,000 livres et ceux des proresfteiii'îi ît 1\20Û, 1.000 el 900 Uv, — | n demnndu aussi t[ue 11' ni ver»! té du Nantes fût Irausfcrée îi Rennes. Arrêt du Parlement de Brclog^ne du 23 juin 1762» (Imp. in-4" d(^ 8 p.)

2. Arch. murucip. de Rennes, 283, 287. Plan d'éducation de la Jeunesse proposé par le Utirenu de l'Admini^trattun de la villo de Rennes, rédige par M. Le Mour, prot^ureur syndie. La viUc Hurùît bien voulu avoir les titres de propriété, omis ila avaient été enVLiyé» a la cbaneellci^îe el le roi défendit de s'en dessaisir. (Arch, Mutiieîp. de Rennes, 287, Laïuoignon à d'AmiUv, 6 juillet 17o2.)

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adoucir les tracasseries procédurières, dont les plus minimes sont souvent les plus sensibles. Le 5 juillet 1762, le conseiller Desnos des Fossés, désigné à cet effet, assisté de Le Clavier de la Pajottière, greffier civil, et de Le Meneust, huissier, accompagné de M® de la Haye-Jousselin, substitut du procureur général, se présenta au collège des Jésuites, rue Saint-Thomas et, étant dans la première salle d'entrée de la maison, il manda le P. du Pays, recteur, et le P. Le Petit, procureur des « ci-devant soi-disant Jésuites ; » il les informa de sa mission et en leur présence commença l'inventaire du mobilier. Celui-ci dura six semaines, du 5 juillet au 21 août. Tous les meubles, même les plus insignifiants, furent estimés. Puis la vente eut lieu aux enchères devant M® Le Clavier de la Pajottière, en présence de M. Gault, substitut, et du séquestre René Lhermitte. Tout fut dispersé; on réserva seulement quatre calices, un ciboire, cinq chasubles et dix aubes pour la chapelle. L'opération dura près de cinq mois et produisit 29,534 1. 4 s. 6 d.*

1. La bibliothèque fut estimée 3,473 liv. Elle contenait beaucoup d'ouvrages de valeur. (Inventaire fait par F. -P. Vatar, imp. du roi. Arch. d'Il.-et-Vil., B. 66.)

L'argenterie d'église était nombreuse et belle, car elle pesait 453 marcs; elle fut estimée 21,957 livres.

Le comte de la Garlaye, connu par ses bonnes œuvres, eut l'idée d'acheter l'argenterie pouf la rendre plus tard aux Jésuites s'ils étaient rétablis. H avança dans ce but une somme de 20,000 liv. à l'évêque de Rennes, Mgr Desnos, pour que celui-ci fît l'acquisition en son nom. L'argenterie fut achetée et déposée au séminaire de Rennes. Huit ans plus tard, Mgr Desnos étant devenu évéque de Verdun, M. de la Garlaye étant mort et les Jésuites paraissant dispersés pour toujours, M. de la Bourdonnaye de Montluc, son oncle et son héritier, réclama une partie de l'argenterie. Il s'ensuivit un long et curieux procès entre Mgr Des-

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Le mobilier dos quatre aidrfs maisons des\ Jésuites à Vannes^ Quimper, Brest et Nantes fut également Yoiidu ^ Sur ces sommes, quelques™ secours furent accordés aux relipieux : six cents ^ livres a ceux qui avaient plus de trente-trois ans et vingt sous par lieue a pour se rendre au lieu de leur mussauce^. »

On ne reprochait pas seulement aux Jésuites leurs doctrines cl leur esprit; on critiquait aussi leurs procédés d'éducation. Sous rinlluenee de Port-Hoyal, une réacHou s'était pi'oduitc contre m les métiiodes d'enseignement alors en usage. f

Diqmis leur rentrée en FrancL*, en 1604, les Jésuites avaient, on peut le dire, réoi^ganisc rensciguemcnt public. Educateurs habiles, ils avaient su, tout en renforf^ant la iliseipline, rendre la vie de collège attrayante. Presque toute ^ hi jeunesse française passa par leurs maisons et fl ils peuvent se gloritier avec justice des grands liomiues qu'ils ont formés.

Ou les accusait de consacrer troji de temps à Fétude du latin et du grec et pas assez à celle du français et des scioaccs.

fl

«os, Mgr Uareûii de Girac, son successeur, cl M. âe Montluc. (Voir iiolamiiiciit M f moite pour M'" de la liourfioftnnt/r , corn te de MontitiCf ronlrc le procoreur général au Parlement de Bordeaux, — Mt'multe à eon«u/ter et consuHatlon pour M. l'Eviûjuû de Verdit n. — liqjonne! de M, f Etféque de Rtnne» aux éclaù'tisjsemenfâ H au Afëmoire du M. /'E^'éque de Verdun, 1772.)

1. Les pn (Ces-verbaux de saisie et de vofile sont aux Archives d'Ule-et-Viluiiie, Il (î,j et IJ. GO.

2. Arrêt du Parloùicat de Brelog^nc du 21 juillet 17H2. Iaij>. in-4* de 8 r».

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La question est délicate; comme le dit un écrivain très compétent en ces matières, « il est difficile au lecteur uniquement soucieux de la vérité historique de se faire une opinion au milieu des contradictions ardentes qui s'élèvent toutes les fois qu'il s'agit de juger un ordre qui a tenu trop de place dans nos annales pour ne pas compter des amis enthousiastes comme d'implacables adversaires*. »

Elle est épineuse, car les querelles du xviii° siècle se sont renouvelées à notre époque, et les mêmes critiques ont servi de prétexte à des rigueurs semblables.

Sur ce point encore, nous suivrons la règle qui a toujours été la nôtre : nous serons sincère et nous tâcherons d'être juste.

h'Essai d'éducation nationale, composé par La Chalotais, était intitulé aussi Plan d'études pour la jeunesse-. C'était en effet un plan d'études complet.

11 fut présenté par le procureur général à la Cour le 24 mars 1763; mais c'était plus qu'un mémoire judiciaire, c'était un livre destiné au public; il eut un grand retentissement et au-

1. L'abbé A. Sicard, Les Etudes classiques aifant la Réifolution, 1887, p. 372. — Faut-il citer ici ce mol d'un académicien qui n'est pas suspect : « Les enfants de notre petite bourgeoisie et nombre d'enfants du peuple passent huit ans à apprendre — très mal — les mêmes choses que les Pères Jésuites enseignaient autrefois — très bien — dans une société monarchique, aux fils de la noblesse, de la magistrature et des classes privilégiées. » (Conférence de M. Jules Lemaître, à la Sorbonne, sur la réforme de l'enseignement, le 5 juin 1898.)

2. Essai d'éducation nationale ou Plan d'études pour la jeunesse, par messire Louis-René de Garadeuc de la Chalotais, procureur général du roi au Parlement de Bretagne, in-12 de 144 p.

230 LE DUC d'aïguillox et l\ chalotais

jour d'il iii encore il mérite de retenir rattention.

On i\ dit qu'il m ait été « dicté i\ rantcnir » par' d*Aleml)ert et Voltaire; c'est une erreur^ il est ]:ii(Hi Fœuvre personnelle de La Glialotais, seule- ■ ment eelui-ci en t envoya le mnnui^erit au plido- HO plie de Ferney, (|ui n'y proposa du reste qu'une légère retouche. ■

C'est assurément une ceuvre remarquable, qui dénote une connaisse iiee ajqirofondïtî du sujet. h'Essûi est écrit dans cette langue claire, eou-M raiite^ agréable, dépouillée d'arehaïsmes, qu'on a coutume d'appeler la langue de Voltaire. Si Ton juge ses propositions erronées ou contestables, Ton n'eu iloit pas moins reconnaître les mérites.

La Chalotais fut un précurseur. Rompant avec les traditions, il pose à la base de son Pfan deux idées qui parurent alors des inuoA^ations audacieuses et autour desquelles se sont livrées depuis nu siècle des batailles mémorables : TEtat chargé de Téducation, et la laïcisation de renseignement.

î( Je prétends revendiquer pour la nation une éducation qui ne dépende que de TEtat, parce qu'elle lui ajqiartieut essentiellement, parce que toute nation a un droit iufh'uiable f*t imprescriptible d'instruire ses membres, parce qu'enfin les enfants de TEtat doivent être élevés par des membres de TEtat K n

Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette Ihéorie qui a provoqué tant di! controverses; constatons ■ seulement tiue^ sans aller jusqu'au monoiiole do "

l'Elat, cette idép était alors neuve et extraordi-

L E&snî il' edu tu lion naliit/tah, p. 20.

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iiaire, car le pouvoir n'exerçait qu'un droit de contrôle à peu près illusoire sur les collèges fondés par les divers ordres religieux et même sur l'Université de Paris.

L'idée d'enlever l'enseignement aux ordres religieux pour le donner à des maîtres laïques était alors plus étonnante encore. Les préjugés de La Chalotais contre les ordres monastiques se retrouvent ici tout entiers.

(( Comment a-t-on pu penser, dit-il, que des hommes qui ne tiennent point à l'Etat, qui sont accoutumés à mettre un religieux au-dessus des chefs des Etats, leur ordre au-dessus de la patrie, leur institut et ses constitutions au-dessus des lois, seraient capables d'élever et d'instruire la jeunesse d'un royaume... * »

« Comment pourrait-on supposer que l'étude d'une langue étrangère (le latin), des pratiques de cloître, fussent des moyens destinés à former des militaires, des magistrats, des chefs de famille propres à remplir les diverses professions dont l'ensemble constitue la force de l'Etat?... »

Quel paradoxe ! Il semble qu'avoir des enfants soit une exclusion pour pouvoir en élever ^ ! . . .

Nous n'entreprendrons point de réfuter ici ces assertions qui sont devenues l'objet des polémiques courantes. Nous écrivons un livre d'histoire et non un ouvrage de controverse. Mais on doit dire qu'à l'égard des Jésuites elles étaient injustes. Nous n'en voulons pour preuve que ce témoignage d'un de leurs adversaires décidés :

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