‹ Le Pouvoir Constituant dans les Constitutions SerbesChapitre 5 sur 39 · HIDE · texte numérisé non relu

HIDE

danak (impôt dû par les raïas) et autorisait la réparation des églises et des monastères ‘.

Tous les musulmans de l’Empire s’émurent de cette faveur accordée aux chrétiens. La révolte partit de Vidin (le chef de la bande insoumise fut Ossman-Pazvan- Oglou} et quand le Pachalouk de Belgrade fut menacé de l’incursion janissaire de Vidin, les Serbes obtinrent la nomination d’un ami, Hadgi-Moustapha pacha, à la direction du Pachalouk de Belgrade. Le Pachalouk voisin de Vidin resta toujours insoumis. Quant à Hadgi-Moustapha, dans la lutte qu’il engagea avec Pazvan-Oglou, il recourut aux Serbes qui s’organisèrent en milice natio- : nale, sous l'autorité de leurs knèzes et aux frais de leurs départements respectifs. « Cela fut peut-être un exemple unique dans l’histoire turque, que des chrétiens armes en mains, défendent un pacha du Sultan contre ses propres musulmans ?. »

La lutte se termina en 1801 par la victoire des janissaires; qui tuèrent Moustapha pacha et établirent leur pouvoir. Quatre chefs. janissaires, les quatre Dahies, s’installèrent à Belgrade et leurs créatures envahirent le Pachalouk. Ce dernier devint le refuge de tous les bandits et «hors la loi» de l’Empire. « L’oppression en Turquie s’est presque toujours fait sentir sous la forme

G. YAKCHITCH, op. cit., p. 12 et suiv. ; PROTOPOPE N. NÉNA- DOVITCH, op. cit., pp. 14, 35 et suiv.

2 G. YAKCHITCH, Op. cit., p. 17.

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brutale de l'impôt » '. Le Dahies appliquèrent ce précepte du Coran au superlatif. Tous les impôts furent arbitrairement augmentés, tous les privilèges accordés en 1793 supprimés, les knèzes déposés, le gouvernement du yatagan et du pistolet érigé en principe. Le Pachalouk fut divisé en quatre régions, à la tête de chacune un Dahie, gouvernant avec l’aide de Kaba-Dahies.

Les spahis chassés, furent remplacés par des aventuriers aux ordres des Dahies.

Le nouveau régime fut aussi défavorable pour les Turcs paisibles que pour les raïas serbes.

Afin de rendre tout soulèvement serbe impossible, les

Dahies résolurent de couper la tête à tous les knèzes serbes. Ce qui fut résolu fut fait (février 1804). Kara- Georges qui s'était déjà fait connaître comme un vieil « Haïdouk » * échappa par miracle aux assassins turcs et c’est autour de lui que le premier noyau d’insurgés se réunira en cette même année de 1804.

l E. ENGELHARDT, La Turquie et le Tanzimat, t. II, p. 137.

2 Les Haïdouks apparaissent au moment où les exactions turques deviennent intolérables. Des hommes se mettent hors la loi de leur propre mouvement. Ils passent l’été dans les forêts et attaquent sur les grandes routes les Turcs portant les impôts, quelquefois aussi les riches marchands serbes. Il y avait parmi les haïdouks de véritables brigands, mais un vrai haïdouk se comportait en protecteur du peuple opprimé. En hiver, les haïdouks se réfugiaient chez des receleurs. Dans chaque Knezina il y avait une police spéciale turque pour la poursuite des haïdouks.

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On sait que l'insurrection n'était pas dirigée, à son début, contre l’autorité ottomane légitime. Voyons maintenant quelle fut l’organisation administrative du Pachalouk avant les Dahies.

Le Pachalouk était administré par un Pacha (Vézir) ayant sous ses ordres des troupes garnisonnant dans les villes et les forteresses. Commandant militaire au premier chef, il répondait en plus de la police et de la justice. Dans les villes, les mousselimes (genre de sous-préfets) détenaient la police, et les khadies (juges) rendaient la justice ; moussellimes et khadies relevaient du Pacha ‘. A la fin du XVIII** siècle, il y avait douze mousselimes dans les douze nahies du Pachalouk. Pour ce qui est des Serbes, ils étaient représentés dans la nahie, par un nahijski knèze (ou voivode). Chaque nahie était divisé en un nombre plus ou moins grand de knézinas, à la tête desquelles se trouvait placé un obor-knèze * serbe; les maires dans chaque village s’appelaient kmètes. Ce sont les knèzes serbes qui répartissaient et percevaient l’impôt et qui répondaient de l’ordre dans leurs circonscriptions *. Grâce à cette autonomie communale, les Serbes

1 Les fonctions de khadies mi-laïques, mi-religieuses s'achetaient à Constantinople du cheik de l'Islam. Seuls les religieux pouvaient se porter acquéreurs de ces charges. (GLOUCHTCHEVITCH, M., Le self government local en Serbie, p. 36.)

2 « Obor » knèze, déformation du mot allemand « ober ».

* Le vizir de Belgrade, après avoir réuni et entendu les knèzes des nahies, fixait la somme globale de l’impôt pour une année et incombant aux serbes du Pachalouk. Les knèzes répartissaient cette somme

conservèrent leur nom, leur famille et leur religion. Comme les knèzes avaient compétence à rendre des jugements dans les petits procès entre les Serbes et comme les Serbes ne s’adressaient que très rarement aux juges turcs, les sujets de frictions entre Serbes et Turcs étaient rendus peu nombreux.

C’est le régime des terres qui compliquait les rapports serbo-turcs.

Le Sultan avait le domaine éminent de toutes les terres conquises et appartenant à des non musulmans. Ce principe ne souffrait qu’une seule exception et cela en faveur des propriétaires qui embrassaient l'Islam !. Les autres propriétés terriennes étaient attribuées à des spahis (méritants officiers de cavalerie), c’étaient les spahilouks, ou à des mosquées (les vakoufs). Les spahis percevaient des paysans cultivateurs l'impôt dessetak (dixième) — impôt en nature, dîme, et la glavnitza (capitation) — deux « groches » (piastres) par tête.

Quand les janissaires s’implantèrent dans le Pachalouk de Belgrade, ils forcèrent nombre de paysans serbes à reconnaître leurs droits sur les terres déjà imposées au profit des spahis; les autorités turques impuissantes

entre leurs nahies et, ensuite entre leurs oborknèzes ; ceux-ci enfin effectuaient la répartition entre les villages. Ceci n'était que l’impôt dû à l’Etat.

1 Un assez grand nombre de serbes de Bosnie et d’Hertzégovine avaient abjuré leur foi pour conserver la propriété de leurs terres, d’où aujourd'hui encore un grand nombre de musulmans d’origine serbe en Bosnie-Hertzégovine.

finirent par tolérer la création de nombreux droits sur les terres, les ichitiouk-sahibie, au profit des janissaires. Ainsi le paysan payait l'impôt à deux seigneurs, le spahi (seigneur légitime) et le Tchitlouk-sahibies (seigneurs usurpateurs), en somme un double impôt.

Nous ne pouvons entrer dans les détails de l’insurrection *; nous ne nous arrêterons sur les événements, qui se dérouleront par la suite, que dans la mesure nécessaire à l’explication de notre sujet.

Le plan des Dahies était aussi simple que cruel. Une fois qu’ils auront tué les knèzes serbes et les chefs connus *, ils les remplaceraient par des knèzes de leur choix. « En plus, ils avaient l'intention d’exterminer toute la population masculine âgée de dix ans à la dernière guerre de 1789-1791, espérant que le reste de la population se convertirait à l'Islam sous simple menace » *. La réponse serbe fut l’'Oustanak *, qui très vite se généralisa. À la réunion d'Orachats, Kara-Georges fut élu chef; il en fal-

1 La période de l'Oustanak sous Kara-Georges a été décrite avec beaucoup de talent par SAINT-RENÉ-TAILLANDIER, La Serbie, Kara-Georges et Miloche, Paris 1872 ; après l’auteur allemand RANRKE : Die Serbiche Revolution, Berlin, 1844. Nous recommandons aussi le livre de M. YAKCHITCH déjà cité. La littérature serbe est connue.

2? Soixante-douze têtes de notables serbes furent tranchées.

3 NOVAKOVITCH, op. cit., p. 48.

1 OUSTANAK (insurrection, soulèvement).

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lait bien un, le soulèvement ayant éclaté spontanément et antérieurement à l’élection du chef.

«... Dès l'instant que Kara-Georges fut élu, il fut, de l’aveu de tous, un véritable chef, et son autorité et sa puissance étant des plus grandes, son pouvoir fut entier et incontestable » *. C’est pour cette raison que la recommandation russe d’instituer un Synode, fut favorablement acceptée par tous les chefs populaires et notamment par les Nénadovitch *. Le Synode (Soviet) limiterait les pouvoirs de Kara-Georges, d’une part, et d'autre part, il consacrerait le pouvoir personnel des knèzes dans leurs nahies. Quant au Cabinet de Pétrograd, il voyait dans la création d'un Soviet le moyen de former un parti qui contrebalanceräit l'influence de Kara-Georges et qui serait au service de ses intérêts *.

Aussitôt la délégation serbe rentrée de Russie (1805) il fut immédiatement question de l'institution du Soviet *. Il en fut question à la réunion des chefs à Ostrouznitsa

1 NOVAKOVITCH, Op. cit., p. 79.

? Le knèze Alexa Nénadovitch a eu la tête tranchée le vingt-quatre janvier 1804. II fut un chef tellement connu, respecté et craint, que le Dahie Fotchitch Mehmed-aga vint à Valjevo s'assurer personnellement de l'exécution du knèze de la nahie de Valjevo. La majeure partie d’autres chefs furent tués, par les soins des mousselimes. Le Protopope MATIJA NÉNADOVITCH, dont les mémoires que nous citons, sont un document historique de premier ordre, était le fils du précédent ; Jakov était le frère d’Aléxa.

3 HENRI THIERS, La Serbie, Paris, 1862.

4 Nous dirons dorénavant Soviet et non Synode, car c'est le premier nom qui a finalement prévalu.

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mais, il n'est pas resté de traces de la façon dont la question fut traitée !. |

L'initiative des Nénadovitch de réunir une Skoupchtina (assemblée) au monastère Bogovadja, pour le 14 août (vieux style), à l’effet d'établir une base à la nouvelle organisation, ne fut pas plus fructeuse. Kara-Georges, par jalousie probablement, tenait à convoquer une Schoupchtina de son autorité, et à l'invitation des Nénadovitch, il répondit par la convocation d’une assemblée à Borak *. Les Nénadovitch vinrent à Borak avec 300 hommes et l’évêque Antime * et la Skoupchtina eût lieu à la fin du mois d'août.

La question du Soviet fut aussitôt soulevée par le Protopope Nénadovitch, sur la base du projet élaboré par Boja Grouiovitch et dont il sera question tout à l'heure. Kara-Georges y adhéra mais, craignant une puissance sinon concurrente du moins temporisatrice, il dit à Nénadovitch. « Voila, choisis dans la Skoupchtina parmi les meilleurs, tous ceux que tu voudras, et conduis-les au

1 ST. NOVAKOVITCH, La question constitutionnelle et les lois à l'époque de Kara-Georges.

2 Voilà ce que le Protopope M. NÉNADOVITCH en dit dans ses Mémoires (pp. 139 et 187) : « Aïnsi, puisqu’en deux mois nous réussimes à conquérir et incendier Karanovce, à mettre en déroute la puissante armée d’Haphise-pacha... que nous fallait-il faire, sinon nous efforcer d'établir une bonne organisation. Je ne perdais pas de vue qu'il nous fallait tout d’abord instituer le Synode projeté (dont le projet était élaboré par Boja). »

3 Pour la Skoupchtina de Bogovadja, on prévoyait la réunion d'environ un millier d'hommes. On venait armés de longs fusils. Evidemment que la réunion avait lieu en plein air.

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