‹ Le pouvoir de MarieChapitre 14 sur 23 · O CLEMENS ! Ô VIA · texte numérisé non relu

O CLEMENS ! Ô VIA

. § I. Combien sont grandes la clémence et la bonté de Marie

Marie , dit saint Bernard ? est vraiment cette terre promise par le Seigneur ; terre qui distilloit le lait et le miel. La pitié de la bienheureuse Vierge est si grande, que ses entrailles compatissantes ne peuveut être un seul instant sans produire des fruits de miséricorde, et quelle mérite d'être appelée non-seulement miséricordieuse , mais la miséricorde même . En effet , que peut-il jaillir de la fontaine de pitié, s'écrie saint Bernard , sinon des eaux de salut ? Voila

pourquoi Marie est comparée à l'olivier ; car il ne sort de cet arbre que de l'huile, symbole de la miséricorde ; et de même il ne peut émaner de Marie que des grâces et des actes de clémence. Lorsque nous lui demanderons l'huile de sa compassion, il n'est point à craindre qu'elle nous fasse la réponse que firent les vierges prudentes aux folles ; non , car cette tres-piïidente Vierge , comme l'appelle l'Eglise , porte un vase dont l'huile ne tarit jamais ; et elle en a non-seulement pour sa propre lampe , mais pour alimenter les lampes de tous les hommes.

Mais pourquoi, je le demande, dit-on que ce bel olivier est planté au milieu des champs, quasi oliva speciosa in campis P et non plutôt au milieu d'un jardin ceint de murailles ou entouré de haies ? C'est, répond le cardinal Iïugon , afin que tous les passants puissent s'en approcher. Et saint Antonin , expliquant de la même manière ce passage de l'Ecclésiastique, ajoute : « Marie est à la portée de tout le monde, afin que les justes et les pécheurs puissent cueillir facilement les fruits de sa miséricorde. Et combien de sentences de châtiments la bienheureuse Vierge a fait révoquer par son intercession ! Quel refuge plus assuré que le sein compatissant de Marie ? C'est là que le pauvre trouve un abri , le malade la santé, l'affligé la consolation, le délaissé son secours, et celui qui est dans la perplexité le conseil. >»

Que nous serions à plaindre si nous n'avions cette Mère de miséricorde toujours prompte à

nous secourir dans nos misères ! Où il n'y a point de femme le malade gémit. Cette femme, selon saint Jean Damascène, c'est Marie. Oui, parce que Dieu voulant que toutes ses grâces passent par elle, sans son intercession il n'y a point d'espérance de miséricorde.

Marie voit nos misères mieux que nous. Nul parmi les Saints n'est touché comme elle de nos maux. Partout où elle voit des misères elle accourt sur-le-champ ; en sorte que là où la nécessité est plus grande, son secours ahonde Jamais elle ne cessera d'exercer son office de miséricorde, comme elle le proteste elle-même dans l'Ecclésiastique : Et usque ad juturum sœailum non âesinam , et in habitatione sancta coram ipso ministravi. C'est-à-dire , selon le commentaire du cardinal Hugon , je ne cesserai jusqu'à la fin du monde de secourir les misères des hommes et d'intercéder pour les pécheurs. Marie fut jadis figurée par Rébecca, laquelle répondit à Eliézer qui lui demandoit de l'eau : Je vous en donnerai non-seulement pour vous, mais encore pour vos chameaux. Sur quoi saint Bernard s' adressant à la Vierge : « Vous êtes , iui-dit-il , cette Rébecca généreuse et compatissante, qui faites part de vos grâces non-seulement aux serviteurs d'Abraham, figure des serviteurs de Dieu, mais encore aux chameaux, c'est-à-dire aux malheureux pécheurs ; et comme elle, vous donnez plus qu'on ne vous demande. » La libéralité de Marie, dit Richard de Saint- Laurent, ressemble à celle de son Fils, qui, selon l'expression de saint Paul, est magnifique

envers tous ceux qui l'invoquent ; dives in o runes qui invocant illum. C'est pourquoi un pieux auteur disoit à Marie : Bienheureuse Vierge , priez pour moi ; car vous demanderez les grâces jdont j'ai besoin avec plus de dévotion que je ne saurois faire , et vous m'en obtiendrez de plus grandes que je n'oserois les demander : Majori deootione orabis pro me, quam ego auderem petere ; et majora mihi impetrabis 7 quam petere prœsumarn.

Quand les enfants de Zébédée, transportés d'un zèle indiscret, demandèrent au Seigneur de leur permettre de faire descendre le feu du ciel sur une ville ingrate qui refusoit de recevoir Jésus-Christ dans ses murs, le Sauveur leur répondit avec quelque sévérité : Vous ne savez a quel esprit vous appartenez ; Nescitis cujus spiritus estis. Et c'étoit comme leur dire : « Quoi! ]e suis venu du ciel, non pour perdre, mais pour sauver les pécheurs ; et vous, mes disciples, vous voulez les condamner ? Que me parlez-vous de feu, de châtiments ? Taisez-vous, ce n'est point là mon esprit. » Mais , quant à Marie, la parfaite imitatrice de son Fils, nous ne pouvons douter que son esprit ne soit celui de Jésus-Christ. Saint Jean la vit revêtue du soleil ; et signum magnum appariât in cœlo , millier ami et a sole. Sur quoi saint Bernard dit à la Vierge : « Vous avez revêtu le soleil, c'est-àdire le Verbe divin , de la chair humaine , et lui à son tour vous a revêtue de sa puissance et de sa miséricorde, V estis solem? et vestiris ab eo. »

La Reine du ciel est si clémente , que lorsqu'un pécheur l'implore, jamais elle ne discute son peu ou point de mérite , mais elle est accessible et compatissante pour tous. Sa beauté est comparée à celle de la lune, parce que, selon la réflexion de saint Hiidebert, de même que les salutaires influences de la lune se font sentir aux corps les plus bas de la terre, ainsi la miséricorde de Marie profite aux pécheurs les plus indignes. Et quoique la lune emprunte toute sa clarté au soleil , cependant sa course est plus rapide que celle de cet astre par rapport à nous. Il n'est pas rare, dit saint Anselme, que notre salut s'opère plus promptement en invoquant le nom de Marie, qu'en invoquant celui de Jésus. C'est pourquoi Hugues de Saint-Victor nous exhorte, si la majesté divine nous épouvante, d'approcher de Marie sans crainte .Elle est sainte et sans tache, reine de l'univers et Mère de Dieu, il est vrai ; mais elle est pure créature et fille d'Adam comme nous. Si ptrtimescis ad Deum accedere , respice ad Mariam ; non illic invenis quod timeas ; genus tuum vides.

En un mot, dit saint Bernard , tout ce qui a rapport à la bienheureuse Vierge est plein de clémence et de grâces : elle se fait toute à tous ; elle s'est rendue la débitrice des sages et des ignorants, et le sein de sa miséricorde est ouvert à tous les hommes. On peut lui appliquer dans un sens contraire ce qui est dit du démon , Circuit quœrens quem deooret, et comme notre ennemi rôde sans cesse autour de nous cherchant une proie à dévorer, de même Marie est tiu-

jours vigilante pour trouver quelqu'un à sauver.

Comprenons bien que la protection de la Reine du ciel est plus grande et plus puissante que nous ne saurions imaginer. Comment se fait-il que le même Dieu qui , dans l'ancienne loi, étoit si prompt à frapper et si sévère dans ses punitions , soit maintenant si patient et si miséricordieux envers les plus grands pécheurs ? Il en use ainsi par amour pour la Vierge et en considération de ses mérites. Depuis longtemps le ciel et la terre ne subsisteroient plus , dit saint Fulgence, si Marie ne les avoit soutenus par son intercession : Cœlum et terra jamdudûm missent , si Maria suis precibus non sustentasset. Actuellement , dit saint Arnould , nous pouvons aller à Dieu avec toute sécurité , parce que le Fils est notre médiateur auprès du Père éternel , et la Mère notre médiatrice auprès de son Fils; et comme Jésus-Christ montre à son Père son côté ouvert et les plaies de ses mains et de ses pieds, ainsi Marie montre à son Fils le sein qui Ta porté et les mamelles qui l'ont allaité. Pour me servir ici des énergiques expressions de saint Pierre Chrysologue, cette jeune fille ayant logé un Dieu dans son sein, en a exigé, comme prix d'hospitalité, la paix à la terre , le salut à ceux qui étoient perdus, et la vie aux morts. Marie, comme dit saint Antoine , est ce trône de la grâce auquel l'Apôtre nous exhorte de recourir avec confiance , afin d'en obtenir tous les secours nécessaires pour le salut.

Concluon3 avec la belle exclamation de saint

Bernard sur les paroles ô démens ! 6 piaf 6 duicis Virgo Maria ! Clémente , dit-il , aux nécessiteux, compatissante à ceux qui l'invoquent, douce à ceux qui l'aiment. O Vierge clémente pour les pénitents, bénigne pour les justes, douce à ceux qui vous contemplent î O clémente en délivrant ! ô débonnaire dans vos libéralités ! ô douce quand vous vous donnez à ceux qui vous cherchent !

Exemple.

Saint François de Borgia étant à Rome, et déjà général de la compagnie de Jésus , il vint une fois un ecclésiastique qui demanda à lui parler. Le saint, fort occupé dans ce momentlà, et ne pouvant quitter, envoya, à sa place, le père Acosta, auquel l'ecclésiastique raconta ce que nous allons dire. « Je suis, dit-il, prêtre et prédicateur ; j'ai souillé le saint habit que je porte par les désordres les plus honteux, et pour comble d'insulte à ce Dieu que j'oflensois , je ne comptois plus sur sa miséricorde. Un jour que j'avois prêché contre ces pécheurs obstinés qui demeurent ensevelis dans le crime, et qui désespèrent du pardon, après le sermon un homme vint se confesser à moi, qui me fit, mot à mot, ma propre histoire, et termina en disant qu'il étoit damné sans rémission. Moi, pour l'acquit de mon ministère, je lui répondis que pourvu qu'il changeât de vie , il pouvoit tout se promettre de la bonté de Dieu. Alors cet homme se leva , et, se tenant debout devant moi , il m'apostropha en ces termes .* Et toi qui

sais si bien prêcher les autres , pourquoi ne sorstu pas de ton péché , et pourquoi te livres-tu au désespoir ?■ Sache que je suis un ange envoyé du ciel à ton secours : retourne au Seigneur et il te pardonnera. Ayant dit cela, il disparut, et me laissa dans la ferme intention de profiter de son avertissement. Durant quelques jours je fis trêve à mes habitudes criminelles, mais j'y revins à la première occasion. Une autre fois, pendant que je célébrois , Jésus-Christ me parla sensiblement dans l'hostie. Pourquoi, me dit-il , me maltrait es- tu ainsi, moi qui te traite si bien ? A ce coup, je résolus tout de bon de me convertir , mais je ne fus pas plus fort cette seconde fois que la première , et une nouvelle occasion m'entraîna dans une nouvelle rechute, Enfin , aujourd'hui me trouvant seul dans ma chambre, j'ai vu entrer un jeune homme ; il a tiré de dessous son manteau un calice, et de ce calice une hostie, puis me fixant avec des yeux étincelants de courroux : Reconnois-tu , m'a-t-il dit, ce Seigneur que je tiens dans les mains ? te souvient-il de toutes les grâces qu'il fa faites ? Voici le châtiment de ton ingratitude ; et saisissant une épée qui pendoit à sa ceinture, i! s-e mit en devoir de me tuer. Je me jetai à genoux , et je m'écriai : Au nom de Marie et pour f amour d' elle, laissez-moi la vie, car je veux faire pénitence. Tu as pris là l'unique moyen de te sauver de la mort, répartit le jeune homme ; mais sache en profiter, car cette miséricorde est la dernière pour toi. En disant cela il m'a quitté, et moi je suis venu sur-le-champ vous prier de me recevoir

parmi vous. Le père Acosta ne manqua point de consoler et d'encourager cet ecclésiastique. Knsuite, par le conseil de saint François de Borgia, le pénitent entra, non chez les Jésuites , mais dans un autre ordre religieux , où il persévéra dans le bien jusqu'à sa mort.

(Andr. nel suo itin. grad. 7. ap. Bov. tom. 4? exempl. 5. )

Prière.

.O Mère de miséricorde, apaisez votre Fils ! Pendant que vous étiez sur la terre vous n'en occupiez qu'un très-petit espace ; maintenant que vous êtes élevée au plus haut des cieux, l'univers vous considère comme le propitiatoire commun de toutes les nations. Nous vous supplions , ô Vierge sainte ! de nous accorder le secours de vos prières : prières plus désirables , plus précieuses que tous les trésors de la terre , prières qui nous rendent Dieu propice, et nous obtiennent une surabondance de grâce pour expier nos péchés et pratiquer la vertu ; prières enfin qui arrêtent nos ennemis, confondent leurs desseins et triomphent de leurs efforts.

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