‹ Le pouvoir de MarieChapitre 13 sur 23 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ET JESUM , BENEDICTUM FRUCTUM VENTRIS TUI , NOBIS POST HOC EXILIUM OSTENDE.

§ I. Marie déliçrc ses seiviteurs de l'enfer.

Il est impossible qu'un véritable serviteur de Marie puisse se damner. Au premier abord , ce t te assertion x*eut paroître hasardée ; mais avant

de me condamner , je demande qu'on me laisse développer ma proposition. Par véritables serviteurs de Marie , je n'entends point certains dévots qui semblent s'autoriser de quelques pieuses pratiques en l'honneur de la Mère de Dieu pour pécher avec moins de retenue : ce sont des présomptueux , dont la folle témérité, au lieu de miséricorde , ne mérite que le châtiment, et qui sont cause par leur conduite que quelques-uns trouvent mauvais que l'on vante la clémence de notre Reine envers les pécheurs, comme si c'étoit un encouragement au vice. Ce ne sont point là les serviteurs dont j'entends parler ; mais bien ceux qui, aux hommages qu'ils rendent à la Mère de Dieu, joignent un désir sincère de se convertir ; et à l'égard de ces derniers , j'affirme qu'ils ne peuvent se perdre. Le Père Grasset est de la même opinion , ainsi que Véga dans sa Théologie morale, Mendoza, et beaucoup d'autres théologiens. Et pour montrer qu'ils n'ont rien avancé légèrement, je vais citer à l'appui de leur opinion , différents passages des Docteurs de l'Eglise. En mettant ces textes sous les yeux de mes lecteurs, je les prie de ne point s'étonner si dans le nombre il s'en trouve plusieurs qui ne sont que la répétition les uns des autres : leur analogie n'étoit pas un motif pour les rejeter ; et même je suis bien aise qu'on voie que les auteurs ecclésiastiques ont été d'accord sur ce point, jusqu'à se rencontrer dans les expressions.

« Vierge bienheureuse, dit saint Anselme,

comme il n'est pas possible que l'homme qui vous néglige et que vous méprisez se sauve, ainsi est- il de toute impossibilité qu'il périsse, celui qui se tourne vers vous , et que vous regardez d'un œil favorable. » Saint Antonin affirme la môme chose, et presque dans les mêmes termes : « Comme il ne se peut faire , dit-il , que ceux dont Marie détourne ses yeux miséricordieux soient sauvés , de même est-il de toute nécessité que ceux qui en sont regardés bénignement aient en partage le salut et la gloire. »

Remarquez bien, mon lecteur, dans ces deux passages , la première partie de la proposition : // est impossible de se sauver sans la protection de Marie. N'y a-t-il pas là de quoi faire trembler ceux qui négligent la dévotion à la Mère de Dieu , ou même qui en font peu de cas ? entendons encore l'anathème prononcé par Albertie-grand : Gens quce non serçierit iibi, perïbit; le peuple qui n'est point votre sujet, périra. Et saint Bonaventure : Celui qui vous néglige mourra dans son péché : Qui neglexerit illam morietur in peccatis suis ; et dans un autre endroit : Cekii qui ne vous invoque pas pendant sa vie, ne parviendra point au royaume de Dieu ; Qui te non invocat in hac viia , non perveniet ad regnum Dei. Dans son explication du Psaume 99, le même saint va jusqu'à dire qu'il n'y a aucune espérance de salut pour ceux dont Marie détourne sa face : // quibus averteris vultum tuum , non erit spes ad salutem. Avant lui, saint çlgnace le martyr avoit déjà prononcé qu'un

pécheur ne peut se sauver que par le recours à lu bienheureuse Vierge y dont la miséricorde infinie obtient le salut de ceux que condamne l'inflexible justice. Quelques-uns prétendent que ce texte n'est pas ce saint Ignace ; du moins est-il sûr que saint Jean Chrysostôme le lui attribue. Et n'est-ce pas dans le même sens que l'Eglise applique à Marie ces paroles des Proverbes : Omnes qui me odemnt diligunt mortem ; ceux qui me haïssent ont fait alliance avec la mort ? Il n'y a pas jusqu'à l'hérétique Ecolampade, qui ne regardât comme un signe certain de réprobation le manque de dévotion pour la Mère de Dieu.

En revanche, Marie nous assure que celui qui l'écoute ne sera point confondu : Qui audit me non confundetur. Sur quoi saint Bonaventure lui dit : « Grande Reine , eelui qui persévère dans votre service est loin de la damnation : Qui perstat in obsequio tuo procul fiet à perditione. » « Non , ajoute saint Hilaire , il ne se perdra pas, quand même par le passé il auroit grièvement offensé son Créateur. »

Voilà pourquoi, quandle démon aravilagrâce au pécheur, il met encore tout en œuvre pour lui faire perdre la dévotion à la sainte Vierge. Sara voulant éloigner Ismaël , dit à Abraham : Renvoyez cette esclave et son fils ; Ejice ancillam hanc et jilium ejus ; et cela , de crainte que si l'on gardoit la mère , elle ne réussît à faire bientôt rappeler son fils. Pareillement, le démon ne se contente pas qu'une âme chasse loin d'elle Jésus-Christ , il veut encore qu'elle renvoie Marie , Ejice ancillam hanc et filium ejus ,

de peur que la Mère par son intercession , ne ramène le Fils dans sa première demeure. Il n'a pas tort de craindre , ce perfide ennemi ; car, ainsi que l'affirme le docte P. Paciucchelli, « celui qui est fidèle à honorer la Mère du Seigneur recevra bientôt par elle le Seigneur luimême. » Aussi saint Ephrem appeloit-il la dévotion à notre Dame , Lettres d'affranchissement de l'esclavage éternel , charta libertatis ; et donnoit à Marie le nom de protectrice de ceux qui courent à la damnation , Patrocïnatrix damnatorum.

En effet , s'il est vrai , comme l'affirme saint Bernard , que la bienheureuse Vierge ne manque ni de puissance ni de volonté pour nous sauver (i) ; de puissance parce qu'il est impossible que ses prières ne soient pas exaucées ; de volonté , parce que Marie est notre mère , et a plus à cœur notre salut que nous ne pouvons l'avoir nous-mêmes ; si tout cela, dis-je, est vrai, comme nous ne devons point en douter , ne

-faut-il pas en conclure nécessairement qu'un bon serviteur de Marie ne peut se perdre ? Quelle est la mère qui , sûre de soustraire son fils à la

\ mort en demandant sa grâce au juge, man queroi l de le faire ? or , pouvons-nous penser que Marie , la plus tendre des mères , ne délivrera pas un de ses enfants de la mort éternelle, quand la chose lui est si facile ?

(i) Et S. Anlonin dit : Impossilrile est Deiparam non exaudiri. ( P. 4» lit. i5. ) Il est impossible que la Mère àç Dieu ne soit pas exauce'c. l(

Ah ! mon cher lecteur ! si vous découvrez en vous un véritable sentiment d'affection et de révérence pour la Reine du ciel , remerciez-en le Seigneur ; car dit saint Jean Damasçène , s'adressant à la sainte Vierge : Mère de mon Dieu , si je me confie en vous , mon salut est assuré; si je suis sous voire protection , je n'ai rien à craindre. » Aussi , Erasme disoit à la Vierge : Salut , terreur de l'enfer ; Salve , inferorum formido .

Quelle rage est celle du démon quand il ne peut arracher d'une âme la dévotion de la Mère de Dieu! Nous lisons dans la vie du bienheureux Alphonse Alvarez, grand serviteur de Notre-Dame, qu'une fois dans son oraison étant extrêmement tourmenté par des tentations d'impureté, le démon lui dit : Cesse d'honorer Marie, et je cesserai de te tenter.

Le Seigneur, comme nous l'apprend Biosius , révéla à sainte Catherine de Sienne qu'il avoit accordé à Marie, en considération de l'incarnation du Verbe, que quiconque auroit recours à elle , fût-il même pécheur , ne pourroit devenir la proie du démon. Le prophète royal prioit déjà le Seigneur de le délivrer de l'enfer , à cause du zèle dont il étoit enflammé pour l'honneur de Marie : Seigneur, j'ai aimé la gloire de votre maison, ne perdez pas mon âme avec celle des impies. Il dit de votre maison , parce que la Vierge est cette maison d'or très-pur que Dieu lui-même a fabriquée de ses mains pour en faire sa demeure sur la terre, et son lieu de repos en venant habi'er parmi nous ; Sajnentia œdificaê

vit sibi domiim. Ceux qui vous aiment jouiront dune grande paix , dil saint Bonaventure à la Mère de Dieu , et leur âme ne tombera jamais dans la mort : Pax multa diligentibus te , Domina ; anima eonim non videbit mortem in œternum. ^ « Non, jamais il n'est arrivé ; et cela n'arrivera jamais . qu'un humble serviteur de Marie se perde éternellement; » cest Blosius qui nous l'assure.

O ! combien de pécheurs fussent demeures dans leur obstination, et seroient infailliblement damnés , si Marie n'avoit interposé son intercession auprès de son Fils ! C'est même le sentiment de plusieurs théologiens , et de saint Thomas en particulier, que la bienheureuse Vierge a obtenu à plusieurs , morts en état ,1e péché mortel, la suspension de leur sentence , et la grâce de revenir au monde pour faire pénitence. Des auteurs graves en rapportent une foule d'exemples, entre autres Hodoard, qui yivoit dans le 9e siècle. On lit dans sa chronique qu'un certain diacre nommé Ademan , ressuscita c^omme on le descendoit dans le tombeau, et il raconta à tous les assistants qu'il avoit vu l'enfer et la place qui lui étoit destinée dans ee lieu de supplice ; mais que la Mère de Dieu, par son intercession, lui avoit obtenu le retour à la vie pour expier ses péchés. Surius rapporte un fait semblable d'un certain romain nommé André , et Pelbart nous apprend que de son temps l'empereur Sigisrnond, traversant !es Alpes avec son armée, rencontra un cadavre déjà réduit à l'état de squelette , dont sor-

fil une voix qui demandoit la confession. C'étoit le squelelte d'un soldat ; et on apprit de lui qu'ayant été tué en état de péché mortel, Marie, pour laquelle il avoit professé une dévotion singulière, lui avoit obtenu que son âme séjournât dans ses ossements, jusqu'à ce qu'il pût se confesser : incontinent après avoir reçu l'absolution, elle cessa de donner des signes de sa présence. De semblables exemples ne sont pas rapportés ici pour donner de la présomption, aux pécheurs, et afin qu'ils vivent en sécurité dans le crime ; cette idée seroit une folie non moins extravagante que celle d'un homme qui! iroit de gaîté de cœur se jeter dans un précipice, sous prétexte que Marie peut bien nous soutenir en l'air : mais ces faits , et d'autres du même genre, doivent seulement servir â ranimer notre confiance, et ils nous prouvent que si la Mère de Dieu a eu le crédit de sauver de l'enfer quelques-uns déjà morts en état de péché mortel , combien plus ne pourra- t-elle pas en préserver les chrétiens qui, pendant leur vie* 'recourent à elle avec un cœur contrit et un ferme propos de s'amender ! Oui, comme l'assure saint Anselme, celui pour qui Marie prie une seule fois sera exempt des maux éternels. Mternum vœ non sentiet , ille pro quo semel oraoerlt Maria. « Qui osera me dire que je ne trouverai pas mon juge favorable, si j'ai pour moi la Mère de miséricorde ? » Mon âme est entre les mains de Marie, disoit le B. Erric Suzon ; « et si le juge veut me condamner, il faudra^, que la sentence passe par les mains de celte L„

très-clémente dame, qui saura bien en empêcher l'exécution. » J'ai îa même espérance que ce grand Saint, et je ne cesserai , ô Marie, de vous répéter avec saint Bonaventure : la espéré en vous, et je ne serai point confondu.

Exemple,

En 1604. , dans une ville de Flandre, se Irouvoient deux jeunes étudiants qui , au lieu de vaquer à l'élude des belles lettres, ne s'occupoieiu que de plaisirs et de débauches. Un soir qu'ils avoient été souper ensemble chez une courtisanne, l'un d'eux, nommé Richard , se leva de table le premier, et laissant là son compagnon , il revint seul au logis. Il se déshabiiloit pour se mettre au lit, quand il se souvint d'avoir oublié quelques Ave Maria qu'il avoit coutume dédire tous les jours. Comme il étoit accablé de sommeil, il lui en coûtoit de faire ce peu de prières ; néanmoins, prenant sur lui, il récita les Ave Maria sans dévotion et moitié dormant , puis il se coucha. Dans le premier sommeil , il est réveillé en sursaut par quelqu'un qui frappe violemment à la porte ; incontinent la porte s'ouvre d'elle-même, et il voit entrer son compagnon , mais pâle, défiguré, et d'un aspect si horrible qu'il ne put l'envisager sans frémir. « Richard, dit le spectre, ne me reconnois-tu plus ? — Quoi ! c'est toi ? mais comme te voilà changé ! tu ressembles à un démon ! » — « Malheur à moi, s'écrie cet infortuné, je suis damné. En sortant du lieu infâme où j'avois passé la soirée, un diable est venu à moi et m'a

ô lé la vie. Mon corps gît au milieu de la rue, mais mon âme est ensevelie dans l'enfer : sache, aj-oûta-t-il , qu'un même châtiment t'attendoit ; mais la bienheureuse Vierge t'en a sauve' en récompense de ces foibles hommages que tu lui as rendus avant de te coucher ; heureux si tu sais mettre à profit l'avertissement qu'elle te donne par ma bouche ! » En disant ces mots, le damné en tr'ouvrit ses vêtemens , et laissa voir les flammes qui le consumoient et les serpents dont il étoit dévoré. Après quoi il disparut. Alors Richard se frappant la poitrine, se jette la face contre terre pour remercier sa libératrice, et , pendant qu'il réfléchissoit à ce qu'il devoit faire pour changer de vie, il entend sonner Matinesau couvent des Franciscains. Sa résolution est aussitôt prise : « C'est là, dit-il , que Dieu m'appelle. » Il se lève sur-le-champ et va fapper à la porte du couvent, où il demande à être reçu ; les Pères qui le connoiss oient de réputation , fais oient des difficultés ; mais il leur raconte l'apparition et tout ce qui lui étoit arrivé pendant la nuit : deux des religieux allèrent à m découverte pour s'assurer de la vérité, et ils trouvèrent effectivement, dans l'endroit indiqué, le cadavre du compagnon de ce jeune homme étendu par terre et noir comme un charbon. Richard fut reçu, et sa vie devint un modèle de toutes les vertus. Dans la suite, il passa aux Indes pour y porter la foi de Jésus-Christ ; de là au Japon ; et ce fut dans ce dernier pays qu'il eut le bonheur de terminer sa vie par un martyre glorieux.

( iSS )

Prière.

Je vous salue, ô Marie, l'espérance des chrétiens ! recevez l'humble requête d'un pécheur qui vous honore et vous aime. C'est de vous que je tiens la vie ; vous êtes l'espoir et le gage certain de mon salut. Je vous supplie donc de me délivrer du fardeau de mes iniquités : dissipez les ténèbres de mon esprit, extirpez de mon cœur les affections terrestres , réprimez les tentations de mes ennemis , et réglez tellement ma vie que, par votre entremise et sous votre direction, je parvienne à la béatitude éternelle. Ainsi soit-il.

§ IL Marie vient au secours de ses serviteurs dans le purgatoire.

Heureux et trois fois heureux les serviteurs de cette Mère de miséricorde ! car sa protection , qui les accompagne pendant leur vie , les suit au— delà du tombeau, et jusque dans les flammes du purgatoire. Plus elles sont à plaindre, ces âmes qui se trouvent dans l'impuissance de s'aider elles— mêmes , plus Marie redouble à leur égard de tendresse et de soin. Saint Bernardin de Sienne nous assure que la Reine du ciel a un certain domaine sur cette prison où la justice divine épure les épouses de Jésus- Christ. Il applique à la Vierge ces paroles de l'Ecclésiastiaue ; ln fluctibus maris am-

bulavi ; comparant aux vagues les peines du purgatoire , à raison qu'elles sont passagères ; et aux vagues de la mer, parce qu'elles en ont l'amertume. Or, Marie descend dans ces abîmes sombres, et marche sur ces eaux trèsamères, pour venir consoler ses enfants, et soulager leurs peines. « Voyez combien il importe de servir fidèlement cette grande Dame, dit Movarin, puisqu'elle n'oublie pas les siens quand ils sont dans les flammes ! Et quoique Marie secoure toutes les âmes du purgatoire , cependant elle prête plus particulièrement son assistance à celles qui lui ont été plus dévouées pendant leur vie. »

Notre— Dame parlant à sainte Brigitte , lui dit : « Je suis la mère de toutes les âmes du purgatoire ; car les peines qu elles souffrent pour satisfaire à la justice divine , sont à toute heure adoucies par mon intercession. » Le nom seul de Marie , quand il résonne dans ce lieu de douleurs , devient un soulagement pareil à celui que procurent à un pauvre malade des paroles de consolation ; et les prières de la Vierge pour ces âmes souffrantes , sont comme une rosée qui descend dans les flammes , et en tempère les ardeurs intolérables.

C'est peu de soulager ses enfants, Marie brise encore leurs liens. Une pieuse tradition nous apprend, et Gerson nous Ta laissé par écrit, que le jour de sa glorieuse Assomption le purgatoire demeura vide : Totum purgatorium fuisse evacuatum. Novarin le confirme. « Pes auteurs graves , dit-il , rapportent qu'au

moment de sa mort la bienheureuse Vierge sollicita et obtint de son Fils cette grâce, d'entrer au ciel accompagnée de toutes les âmes détenues dans le lieu d'expiation. » Dès lors elle fui mise en possession du privilège de délivrer ses fidèles serviteurs des peines du purgatoire ; el , par les mérites de Marie, les peines de ces âmes sont non-seulement adoucies, mais encore abrégées.

Saint Pierre Damien rapporte qu'une certaine Marosie apparut , après sa mort , à une femme de sa connoissance , et lui dit que le jour de l'Assomption de la Vierge elle avoit été délivrée du purgatoire avec une infinité d'autres âmes , dont le nombre excédoit la population de Home. Saint Denis le Chartreux assure qu'une même chose a lieu aux fêtes de la naissance et de la résurrection de Jésus-Christ , et que dans ces jours solennels Marie, accompagnée de plusieurs légions d'Anges, descend dans le purgatoire, et y délivre une foule d'âmes ; ce qui arrive encore, selon Novarin, dans toutes les solennités de la Vierge.

On connoît la promesse que Notre-Dame fit au Pape Jean XXII. Lui étant apparue, elle ordonna de faire savoir à tous ceux qui por — toient le scapulaire de Notre-Dame des Carmes, que le samedi d'après leur mort ils seroienl délivrés des peines du purgatoire. Ce Pontife , comme le rapporte le P. Crasset, affirme ce fait dans la bulle qu'il publia quelque tempî après ; et la bulle en question fut confirmé* par Alexandre V, Clément VII, Pie V, Gré-

goire XIII, et enfin par Paul V. Ce dernier, dans une bulle qu'il publia en 1612, s'exprime de la sorte : « Le peuple chrétien peut croire pieusement que la bienheureuse Vierge aidera de ses mérites > de ses prières et de sa protection spéciale les âmes des confrères du Mont- Carmel , particulièrement le samedi d'après leur mort ( jour que l'Eglise a consacré à la Yierge ) ; pourvu toutefois qu'ils soient morts en état de grâce , qu'ils aient été exacts à porter le sca— pulaire, observant la chasteté, suivant leur état , et qu'ils aient récité l'office de la Vierge ; quant à l'office, si la chose ne leur a pas été possible, qu'ils aient du moins observé les jeûnes de l'Eglise , s'abstenant de manger de la viande le mercredi, excepté le jour de Noël. »

Pourquoi ne pourrions-nous pas espérer les mêmes grâces et les mêmes faveurs pour nousmêmes, si nous avons une véritable dévotion envers cette sainte Mère ? et même pourquoi n'espérerioïis-nous pas , si nous lui rendons un culte spécial, que notre âme, après la mort aille droit au ciel sans passer par les flammes du purgatoire, comme il fut promis au bienheureux Godefroi ? Marie dépêcha à ce saint homme le frère Abond : Va, lui dit-elle, dis au frère Godefroi quil s'avance dans la vertu ; alors il appartiendra à mon Fils et à moi, et quand son âme se séparera de son corps , je ne permettrai pas quelle tombe dans le purgatoire, maïs je la recevrai, et je t offrirai à mon Fils. Pour nous, si nous désirons soulager les saintes âmes du purgatoire, tâchons d'intéresser la sainte Vierge

en leur faveur par nos prières , et surtout en leur appliquant le Rosaire et le Chapelet.

Exemple.

Dans le temps que S. Dominique prêchoit à IVome , une courtisanne de cette ville, appelée Catherine la belle, ayant assisté à un sermon du saint sur la dévotion du Rosaire, se fit inscrire sur les registres de la confrérie ; dès-lors elle se mit à réciter tous les jours le Rosaire, mais sans rien changer à son train de vie ordinaire. Un soir , la courtisanne eut la visite d'un jeune homme qui, à son air et à ses manières , paroissoit être d'un haut rang : elle le reçut avec beaucoup de politesse, et l'heure du souper étant venue, ils se mirent à table vis-à-vis l'un de l'autre : le jeune homme, en s'asseyant , prit son pain, le rompit ; soudain sur ce pain tombent quelques gouttes de sang qui sembloient distiller de ses doigts , quoiqu'on ne vît point de blessures , et Catherine observa qu'il y avoit du sang mêlé à tout ce qu'il mangeoit. D'où vient ce sang , demanda-t-elle. — La nourriture du chrétien , répondit le cavalier, doit être teinte du sang de Jésus-Christ; et il faut que tous ses aliments soient assaisonnés du souoenir de la passion. Surprise d'un langage qui n'étoit pas celui des gens qui fréquentoient sa maison , elle veut savoir quel est son hôte, et lui en fait la question. Vous le saurez bientôt , reprend celui-ci , mais pas à présent. Le souper fini , il est invité à passer dans un appartement, et c'est là que le jeune homme, changeant tout d'un coup d'as-

pect, se montre à Catherine couronne' d'épines, et son corps couvert de meurtrissures. Tu veux saQoir qui je suis , dit-il à la pécheresse, regarde et reconnois ton Rédempteur ; quand cesseras- tu de m* offenser ; vois ce que jai souffert pour toi , et les plaies que m ont faites tes péchés ; c'est assez m' avoir contristé et renouvelé ma passion; change de vie. A ces tendres reproches , Catherine se jette aux pieds de Jésus-Christ et paroi t prête à expirer d'amour et de repentir : Ma fille, lui dit le Sauveur , ranimant sa confiance , prends courage, et fais en sorte de m aimer autant que tu m'as offensé. Quant à cette miséricorde dont je viens d'user à ton égard, sache que tu en es redevable à ma très-sainte Mère , et c est en considération du Rosaire récité en son honneur. Ayant dit cela , Notre Seigneur disparut. Le lendemain , Catherine alla trouver saint Dominique et se confessa à lui ; puis elle distribua aux pauvres tout l'argent qui provenoit d'un gain illicite, et commença à mener une vie si sainte que , dans peu , elle parvint à une haute perfection. La sainte Vierge la visitoit souvent , et Jésus-Christ révéla à saint Dominique que cette pénitente lui étoit très-chère.

Prière.

Mère du Seigneur de l'univers , Marie , la plus sublime, la plus aimable de toutes les créatures , et la plus élevée en dignité , il n'est que trop vrai , plusieurs sur la terre ont le malheur de ne vous connoître point , ou de n'avoir poui vous ni respect ni tendresse ; mais en revanche

iî y a dans le ciel des milliers d'anges et de bien heureux qui vous aiment et vous louent sans cesse ; et sur la terre même , combien d'âmes fidèles brûlent de votre amour ! Ah ! puissé-je être embrasé de la même flamme , et qu'il me fût donne' d'attirer à vous les cœurs de tous les hommes ! Votre beauté a tellement ravi le cœur de l'Eternel , que vous l'avez pour ainsi dire arraché du sein de son Père et obligé de descendre dans le vôtre. Et moi , misérable ver de terre , je pourrois ne vous aimer pas ! loin de moi un pareil excès d'insensibilité et d'ingratitude. Oui, je vous aime, Marie ; et agréez le désir que j'ai de vous aimer tous les jours davantage. Je sais que vos serviteurs sont regardés par le Seigneur d'un œil favorable ; qu'il n'est rien qu'ils ne puissent se promettre de votre protection , surtout le pardon de leurs péchés, la persévérance, votre assistance à la mort , et enfin l'exemption des peines du purgatoire, ou du moins qu'elles leur soient abrégées. Voilà ce que se promettent ceux qui vous aiment et vous servent : ils ne sont point déçus dans leur espoir ; je ne le serai point non plus, moi qui attends de vous tous les biens de la grâce et de la gloire.

§ III, Marie conduit ses serviteurs au ciel.

Un signe éclatant de prédestination brille sur le front des serviteurs de Marie. La sainte église applique à cette divine ftjère les paroles de l'Ecclésiastique au chapitre 24 : In omnihuz

requiem quœsivi , e t in hœreditate Do mini rnora* bôr. Le cardinal Hugon commentant ce passage : « Heureux , dit- il , celui chez qui Marie vient faire sa demeure ! La Vierge, par cet amour qu'elle nous porte, désireroit voir régner sa dévotion dans le cœur de tous les fidèles ; mais plusieurs repoussent ou ne savent pas conserver cette dévotion précieuse. Heureux f homme qui la reçoit et la retient , car elle subsiste chez tous ceux qui sont l'héritage du Seigneur ; et in hœreditate Domini morabor. » Marie continuant à parler d'elle-même dans ce chapitre de l'Ecclésiastique : « Mon Créateur, ditelle, a daigné faire sa demeure dans mou seîn , et il a voulu que j'habitasse au milieu de Jacob ; » c'est-à-dire, que la dévotion el la confiance en moi fussent enracinées dans le cœur de tous les élus , dont Jacob étoit la figure , et qui son! l'héritage de la Vierge : Qui creavit me, requitoit in tabernaculo meo , et dixit mihi : In Jacob inhabita, et in Israël hœreditare , et in electis rneis mitte radiées.

De combien de justes le ciel seroit maintenant privé , si Marie ne les y avoit conduits par sa puissante intercession ! Ego feci in cœlis ut oriretur lumen indeficiens : Je fais briller dans le ciel des lumières qui ne s'éteindront jamais. Ces lumières éternelles ce sont les serviteurs de Marie. « Tous ceux qui se confient dans sa protection, dit saint Bon aven ture , verront les portes du ciel s'ouvrir pour les recevoir : Qui speraverit in illa , porta cœli reserabitur ei. r» En sorte que, selon St. ' tëphrcm , la dévotion

a la bienheureuse "Vierge peut s appeler la clef du Paradis , reseramentum cœlestis Jérusalem Prions donc sans cesse Marie , et disons-lui : « Ouvrez-nous le ciel dont vous avez les clefs ; » que dis-je ? dont vous êtes la porte, comme nous l'enseigne la sainte Eglise , janua cœli.

Et cette même Eglise appelle Marie l'Etoile de la mer ; car , ainsi que les nautonniers se dirigent vers le port par l'inspection des astres , de même c'est en regardant Marie que les chrétiens peuvent arriver au royaume de la gloire.

Enfin , c'est encore par la même raison que saint Pierre Damien appelle la bienheureuse Vierge l'échelle du ciel , car Dieu est descendu du ciel sur la lerre par Marie, afin que par elle encore les hommes puissent mériter de s'élever de la terre au ciel. « Vous avez été remplie de grâces , Reine de l'univers , lui dit saint Athanase , afin de devenir la voie de notre salut et le chemin par lequel on monte à la patrie céleste. » Saint Bernard appelle la Vierge vehiculum ad cœlum ; et un autre saint lui dit : Salut , noble char sur lequel vos serviteurs sont conduits jusqu'au bout de la carrière : Salve , clarissime cunus. « Heureux ceux qui vous connoissent, ô mère de Dieu î s'écrie saint Bonaventure ; car vous connoître , c'est le chemin de la vie éternelle, et célébrer vos louanges, c'est la voie du salut. »

Nous lisons dans les chroniques des Franciscains, que frère Léon eut une fois cette vision : il vit deux échelles , une rouge, au haut de laquelle étoit Jésus-Christ, et une blanche,

au haut de laquelle se trouvoit sa sainte Mère. Plusieurs s'efïbrçoient de monter par la première échelle ; ils montaient quelques échelons , puis ils tomboient ; ils revenoient à la charge, mais sans être plus heureux ; aucun n'arrivoit jusqu'au sommet. Alors une voix leur cria de se tourner du côté de l'échelle blanche ; et l'ayant fait , ils montèrent heureusement, car la bienheureuse Vierge leur tendoit la main pour les aider. « Quel est celui qui pourra se sauver , quel est celui qui pourra régner dans le ciel , se demande saint Denis le Chartreux ? C'est , répond-il , celui pour lequel la Reine de miséricorde aura prié. Pe me reges< régnant ; C'est par moi , dit-elle , que les chrétiens régnent , premièrement dans la vie mortelle , en dominant leurs passions ; puis d'un règne éternel dans la Jérusalem céleste , dont tous les citoyens sont rois. » Enfin , selon l'expression de Richard de Saint-Laurent, Marie est la maîtresse du paradis, elle y commande, elle y fait entrer qui lui plaît : In Jérusalem poteslas mea ; imperando scilicet quod volo , et quos volo introducendo. Et n'est-il pas juste quelle commande dans le ciel et y exerce sa puissance, puisqu'elle est la Mère du Seigneur du ciel ?

Disons-le avec l'abbé Guerric, celui qui sert Marie , et pour qui Marie intercède , est aussi sûr du paradis que s'il y était déjà. Etre de sa cour , ajoute saint Jean Dainascène, c'est l'honneur le plus insigne auquel nous puissions aspirer , et c'est régner que de vivre sous ses lois. Mais , au contraire , ceux qui la négligent, ceu

qui ne l'honorent point, périront ; et prives du puissant secours de la Mère de Dieu , ils seront abandonnés de son Fils et de toute la cour céleste. Ecoutez , ô vous qui désirez le ciel : servez et honorez Marie , et vous arriverez à la vie éternelle ; car elle est comme un pont de salut que Dieu nous a préparé pour traverser sûrement les eaux orageuses de ce monde.

Ceux mêmes qui ont mérité l'enfer ne doivent point désespérer de recouvrer le royaume éternel , pourvu qu'ils entrent au service de la Reine du ciel. Les pécheurs, dit saint Germain , ont cherché Dieu par vous , et ils se sont sauvés. Richard de Saint— Laurent remarque que la bienheureuse Vierge qui, dans l'Apocalypse, nous est représentée couronnée d'étoiles, nous est montrée dans les Cantiques couronnée de bêtes féroces : Veni de Libano , veni , coronaberis de cubilibus leomim , de montibus par doru m. Comment cela peut-il s'expliquer ? « C'est répond Richard , que ces bêtes féroces sont les pécheurs qui , par la grâce et l'intercession de Marie , sont changés en étoiles du ciel , et couronnent son front bien mieux que ne le feroit un diadème d'étoiles matérielles. « Une grande servante de Dieu , la sœur Seraphine de Cap ri, priant la Vierge , dans la neuvaine de son Assomption , de lui accorder la conversion d'un millier de pécheurs , mais craignant ensuite d'avoir trop demande , Notre-Dame lui apparut, et la reprenant de cette vaine crainte : Crois-tu 9 lui dit-elle, que je n aie pas assez d& crédit auprès de mon Fils pour obienv'hi conoer-

sion Sun millier de pêcheurs ? je te les accorde sur l'heure. Ensuite elle la conduisit eii esprit dans le ciel , où elle lui montra une multitude innombrable d'âmes de pécheurs ayant mérité l'enfer, dont ils avoient été délivrés par son intercession , et qui étoient actuellement en possession tle la gloire éternelle.

Sans doute dans cette vie aucun homme ne peut être certain de son salut : ISescit homo , utrum odio vel amore dignus sit ; sed omnia in fuiunim seroantur incerta. Mais sur cette question que David adresse à Dieu : Seigneur, qui habitera dans votre tabernacle P saint Bonaventure répond : « Ce sera celui qui s attachera aux pas de Marie , et ne la quittera point qu'il n'ait obtenu sa bénédiction ; car si elle veut notre salut , il est assuré. »

C'est avec raison , dit saint Ildephonse, que la Vierge avoit prédit que toutes les générations l'appelleroient bienheureuse, puisque c'est par elle que tous les élus obtiennent la béatitude éternelle. O Mère de notre Dieu, lui dit saint Méthode , vous êtes le principe , le milieu et la fin de notre félicité. Le principe , en nous obtenant le pardon de nos péchés ; le milieu, en nous obtenant la persévérance dans la grâce ; la fin , en nous obtenant le paradis. C'est peu vous , lui dit saint Bernard , que le ciel a èit ouvert , que F enfer a rendu ses victimes , que la Jérusalem céleste a été édifiée ; enfin c'est par vous que la vie éternelle est donnée à tant de malheureux qui aooient mérité la damnation.

Mais voulons nous avoir un plus sur garant

encore de l'efficacité de celle de vo lion envers la Mère de Dieu , pour nous obtenir le para • dis ? Nous le trouvons dans les paroles que Marie adresse aux fidèles qui l'honorent , et spécialement quand ils s'efforcent d'étendre son culte

« Ceux qui agissent avec moi, dit- elle , ne pécheront point; et ceux qui me glorifient auront la vie éternelle : Qui operabunt In me , non peccabunt ; qui élucidant me, vitam œternam habebunt. » « Heureux donc, s'écrie ici saint Bonaventure, heureux ceux qui auront ses bonnes grâces ! les bienheureux du ciel les regardent déjà comme leurs compagnons, et quiconque portera la livrée de Marie, aura son nom inscrit dans le livre de vie. » A quoi bon nous inquiéter des vaines disputes qui retentissent dans les écoles ? que nous importe de savoir si ia prédestination précède ou suit la prévision des mérites , et si nous sommes écrits ou non dans le livre de vie ? Soyons les serviteurs de Marie, et nous serons infailliblement du nombre des élus. Ecoutez la promesse que nous en fai* ie Seigneur dans l'Apocalypse : « j'écrirai, ditil , sur le front du vainqueur, deux noms : le nom de mon Dieu , et le nom de la cité sainte. Qui vicerii... scribarn super eum nomen Deimei, et nomen civitatis Dei mei. » Et cette cité de Dieu dont il est dit de grandes choses n'est autre que la très-pure Marie , selon saint Grégoire.

On peut bien dire ici avec saint Paul : Ceux qui auront ce signe , Dieu les veconnoîtra pour

siens. ( i ) Non-seulement les serviteurs de Marie auront été les plus favorisés et privilégiés sur la terre , mais ils seront encore les plus élevés en gloire ; et , selon le père Niéremberg , ils porteront des marques distinctives qui les feront reconnaître pour avoir été dans la familiarité de leur Reine, et pour âlre des gens de sa cour.

Sainte Magdeleine de Pazzi vit au milieu de la mer une barque qui scrvoit de refuge a tous les dévots de Marie , et la Reine du ciel leur servant de pilote, les conduisoit sans accident au port. Par là il fut donné à comprendre à la sainte que ceux qui vivent sous la protection de la Mer.e de Dieu nront point à redouter le double naufrage du péché et de la damnation éternelle. Faisons en sorte d'entrer dans cette barque heureuse de la dévotion envers Marie , et restons-y comme dans un lieu de sûreté , puisque l'Eglise chante à la Vierge : Tous ceux qui auront leur habitation en vous seront dans la joie , ô sainte Mère de Dieu ! Sicut lœtantium omnium hahitatiq in îe, sancta Dei genitrix.

Exemple.

Césaire raconte qu'un moine de Tordre de Citeaux , fort dévot à la sainte Vierge avait un

(i) Saint Bernard assure que la dévotion à Marie est un signe infaillible de salut étemel. « Certissimurn est signum saiutis geternse consequendae. » Le B. Alain parlant de V-Ave Maria, dit que « c'est un grand signe de prédestination que d'honorer souvent la sainte Vierge par la salutation angélique. » Ce qu'il dit encore du pieux usage do réciter le chapelet tous les Jours.

extrême désir de jouir de sa vue, et ne cessoii de la prier quelle daignât se montrer à lui. Un soir qu'il se trouvoit dans le jardin , redoublant de prières et d'affections pour obtenir cette grâce signalée, il vit descendre du ciel une vierge parfaitement belle et resplendissante de lumière , qui , s'approchant , lui dit : Thomas, serois-tu bien aise de rn entendre chanter P — Sans doute , répondit-il ; alors la vierge se mita chanter d'une voix si mélodieuse qu'il sembloit au bon religieux d" être en paradis. Le chant fini , elle disparut , le laissant dans un grand désir de savoir qui elle étoit : mais , tout d'un coup , il voit devant lui une autre vierge tout aussi belle que la première , et qui lui fit entendre une voix non moins ravissante. A ce coup, il ne se tint pas de lui demander son nom *, et la vierge répondant à sa demande : Celle que tu viens de voir, dit-elle, étoit Catherine, et moi je suis Agnes, Vune et V autre martyres de Jésus-Christ. Notre Reine nous a envoyées vers toi pour te consoler; remercie-la , et prépare-toi à une grâce bien plus grande. Ayant dit cela, elle disparut, et le religieux demeura plein d'espérance que ses vœux ardens seroient enfin exaucés. Il ne se trompa point, car peu de temps après il voit une grande lumière et, au milieu de ces splendeurs, la Mère de Dieu environnée d'anges et infiniment plus àelle et plus resplendissante que les deux saintes qui lui étoient apparues précédemment. Mon ceroiteur et mon fils, dit Marie , / ai pour agréables les services que tu m'as rendus et V amour que tu me portes ; c est pourquoi f ai voulu exaucer tes

prières ; tu as désiré ma vue , me voici, et je veux même te faire la grâce de chanter. Alors Notre- Dame entonna un chant céleste ; mais la douceur de cette voix étoit si grande et tellement au-dessus de ce qu'on peut imaginer, que le religieux en perdit le sens et tomba par terre comme mort. La cloche sonna Matines, les moines se réunirent à l'église, et Thomas ne se trouvant point parmi eux, on fut le chercher dans sa cellule et partout ; enfin on le trouva dans le jardin, toujours la face contre terre et comme privé de sentiment. L'abbé lui ordonna de dire, en vertu de la sainte obéissance, ce qui lui étoit arrivé, et ie religieux revenant à lui , raconta toutes les faveurs dont Marie Tavoit comblé, ( Ces. lib. 7 ; dialog., cap. 3.)

Prière .

Tirez-moi après vous, ô Vierge Marie, afin que je cours à l'odeur de vos parfums. Tirezmoi , usez de violence , car je suis retenu par le poids de mes péchés et par la malice de mes ennemis. Comme personne ne peut aller à votre Fils si le père céleste ne l'attire , de même j'ose dire en quelque façon que personne ne peut aller au Père si vous ne l'attirez par vos saintes prières. C'est vous qui enseignez la vraie sagesse , c'est vous qui obtenez la grâce aux pécheurs , parce que vous êtes leur avocate, et c'est vous encore qui promettez la gloire à ceux qui vous honorent, parce que vous êtes la trésorière des grâces.

Vous avez trouvé &râce auprès de Dieu, en

Ci7i)

sorte que vous avez été preserve'e de la tache dn péché originel, remplie du Saint-Esprit; et que vous avez conçu le Fils de Dieu dans vos chastes flancs. Toutes ces grâces, vous les avez reçues > ô très-humble Marie : non-seulement pour vous y mais encore pour nous-mêmes, et afin de pouvoir nous assister dans tous nos besoins. Par votre intercession , vous conservez les bons dans la grâce , et vous disposez les méchants à recevoir la divine miséricorde. Enfin , vous aidez les mourants en les protégeant à leur dernière heure contre les embûches du démon , et même après leur mort, en recevant leurs âmes , que vous conduisez au royaume éternel.

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