SPES NOSTRA, SALVE
§ I. Marie est l'espérance de tous les enfants
a Adam .
Les hérétiques de nos jours ne peuvent souffrir que nous appelions Marie notre espérance, car ils préiendent que Dieu seul doit être notre espérance, s'appuyant de ce texte de l'Ecriture*. Maudit T homme qui met son appui dans l'homme; Maledictus homo qui confidit in homine. Marie, disent-ils, est une créature, et comment une créature peut-elle être notre espérance ? Ainsi raisonnent les hérétiques ; mais en dépit de leur blâme , l'Eglise veut que chaque jour les pré- Ires et les personnes religieuses de l'un et de l'autre sexe élèvent la voix au nom de tous les fidèles, et invoquent Marie sous le nom si doux $ espérance des chrétiens.
L'ange de l'école, saint Thomas, nous enseigne que nous pouvons mettre notre espérance dans une personne, de deux manières : ou comme cause principale, ou comme cause médiate. Quand on sollicite une grâce, on l'attend du roi, qui en est l'unique dispensateur , et on l'attend de son ministre ou de son favori comme intercesseur. Sans doute que c'est le roi qui fait la. grâce ; mais il la fait à la prière de son favori, et le suppliant a j aison de dire qu'il met son es
pérance dans le favori qui sollicile pour lui. Le roi du ciel, bonté infinie qui ne désire rien tant que de répandre sur nous ses faveurs, afin d'accroître notre confiance en lui , nous a donnt pour mère sa propre Mère , entre les mains de iaquelle il s'est pour ainsi dire démis de sa toutepuissance dans la sphère des grâces , voulant que nous mettions en elle l'espérance de notre salut et de tous les autres biens. Ceux-là sont maudits du Seigneur qui n'espèrent que dans h créature, sans retour à Dieu, comme font certains pécheurs qui, pour gagner l'amitié d'un homme mortel, se metlentpeuen peine de perdu celle du Maître des hommes; mais quant à ceux qui espèrent en Marie, à cause de sa qua~ iilé de mère de Dieu, ils sont bénis du Seigneur, lequel prend plaisir à voir honorer celle sublime créature, dont ii a reçu lui -même plus de gloire que de tous ies anges et de tous les hommes ensemble.
Oui, Marie est notre espérance, puisque, comme dit le cardinal Bellarmin, nous espérons obtenir, par son intercession, ce que nous ne pourrions nous flatter d'obtenir par nos seules prières : en sorte, conclut saint Anselme, que recourir à la Vierge dans cette espérance , ce n'est point se défier de la miséricorde de Dieu, mais craindre sa propre indignité.
L'Eglise a donc raison d'appliquer à Marie les paroles de l'Ecclésiastique, en rappelant Mère de la sainte espérance ; ce nom convient admirablement à la bienheureuse Vierge, qui fait naître en nous, non la vaine espérance des
biens périssables et passagers de cette vie, maïs la sainte espérance des biens élernels et infinis. Je vous salue, espérance de mon âme, disoit saint Ephrem à la Mère de Dieu, /a vous salue, vous, la protectrice des pécheurs, le rempart des chrétiens et le salut du monde. Le même saint considérant que, par une disposition admirable de sa providence, Dieu a voulu que tous ceux qui se sauvent soient sauvés par le moyen de Marie, lui adresse ces paroles : Reine du ciel, ne cessez jamais de nous protéger, car après Dieu vous êtes notre seule espérance.
Dieu ordonna à Moïse de faire le propitiatoire d'un or très pur , parce que c'étoit de là qu'il vouloit lui parler. Un savant auteur dit que Marie est ce propitiatoire d'où le Seigneur parlant au peuple chrétien lui donne des réponses de clémence et de pardon, lui dispense ses grâces et ses bienfaits. Pourquoi, demande saint Irénée, le mystère de l'Incarnation ne s'est-il accompli qu'avec le consentement de la Vierge ? c'est que Dieu veut qu'elle soit le principe de tout bien dans la loi de grâce. « O Marie ! s'écrie le dévot Blosius, qui pourroit ne pas vous aimer ? vous êtes notre lumière dans les ténèbres du doute, notre consolation dans la tristesse, et notre secours dans les dangers. Salut, espérance de ceux qui n'ont plus d'espoir! Salut, protectrice de ceux qui n'ont point d'appui ; salut, vous à qui le Fils de Dieu a donné tant de puissance que ce que vous voulez s'exécute sur-le-champ ! »
Le savant Idiot dit de même : Tout le bien
qui vient aux hommes c'est par la Ste. Vierge quils le reçoivent et le recevront jusqu'à la fin du monde.
Saint Germain reconnoît pareillement que Marie est pour nous la source de tout bien, la délivrance de tout mal. O ma Souveraine , lui dit-il , vous êtes la consolation que Dieu même ma donnée ; vous êtes mon guide dans le pèlerinage de ce monde, la force de ma faiblesse, la richesse de ma misère, le baume de mes blessures , le soulagement de mes douleurs , celle qui fait tomber mes fers. Exaucez les humbles prières de votre serviteur, laissez- vous toucher par ses larmes, vous ma patronne, mon refuge, ma vie , mon espérance, mon salut et mon appui.
Saint Antonin applique à la sainte Vierge ce que Salomon dit de la sagesse : Venerunt autem mihi omnia bona pariter cum Ma. Tous les biens nous viennent avec Marie ; celui qui la trouve a trouvé toutes les grâces , toutes les vertus, puisqu'il n'y arien qu'il n'obtienne par son intercession 1 . Elle même nous avertit que tous les trésors de la divinité sont dans ses mains : Mecum sunt divitiœ et opes superbœ, ut diiem diligentes me. C'est pourquoi saint Bonaventure veut que nous ayons toujours les yeux attachés sur les mains de Marie, afin de recevoir ce qui nous est nécessaire.
Oh ! combien d'orgueilleux ont trouvé l'humilité par leur dévotion à la mère de Dieu !
1 L'abbé de Celtes dit : Inventa Maria, inveniVur omnc bennm.
combien de colères la douceur ! combien d'aveugles la lumière ! combien de désespérés leur salut ! Le dévot Lanspergius fait parler Jésus- Christ, qui dit à tous les hommes : Enfants d'Adam, qui vivez au milieu de tant d'ennemis, et sujets à tant de misères, honorez avec une dévotion particulière ma mère et la vôtre : je l'ai donnée au monde pour exemple , pour forteresse inexpugnable , afin que vous appreniez d'elle toules les vertus, et quelle soit votre asile dans toutes les tribulations .
O Dieu ! quels tendres sentiments de confiance faisoit éclater saint Bon aventure pour notre rédempteur Jésus-Christ et notre avocate Marie! « Quand le Seigneur m'auroit réprouvé, disoit-il, je sais qu'il ne peut se refuser à celui qui le cherche : je le chercherai donc ; et lorsque je l'aurai trouvé, je le tiendrai embrassé, et ne le laisserai point aller qu'il ne m'ait donné sa bénédiction. J'entrerai dans les cavernes de ses plaies, c'est là que je me déroberai à sa fureur. Enfin , ajouloit-il , si mon rédempteur me chasse loin de lui, à cause de mes péchés, j'irai me jeter aux pieds de sa Mère, et je ne me relèverai pas qu'elle ne m'ait obtenu mon pardon, car elle ne sait point ne pas compatir aux misères , et sa pitié fléchira à l'indulgence le cœur de son Fils. »
Regardez-nous donc avec vos yeux pleins de compassion, ô très-miséricordieuse Marie ! car nous sommes vos serviteurs, et nous mettons toute notre espérance en vous.
Exemple.
Dans le livre intitulé : Trésor du Rosaire , ; '4me partie, miracle 85me), on trouve le fait suivant. Un jeune seigneur , fort dévot à Marie, Véloit arrangé dans son hôtel un petit oratoire, et là, prosterné devant une très-belle image de la sainte Vierge, il passoit en prières plusieurs heures du jour et même de la nuit. Sa femme, car il étoit marié, personne au reste de beaucoup jde vertus, voyant que son mari sabsentoit toutes les nuits et qui! ne laissoit pas de rester assez long-temps, conçut d'étranges soupçons sur sa fidélité. Voulant s'ôter cette épine du cœur, elle se hasarda de demander un jour a son mari, comme par manière de conversation, s'il n'avoit jamais aimé d'autre femme quelle. Oui vraiment, répondit celui-ci, j'aime une dame qui n'a pas sa pareille en amabilité ; je lui ai donné mon cœur , et je mourrai plutôt que de cesser de l'aimer. 11 entendoit parler de la sainte Vierge , pour laquelle il avoit un amour si tendre ; mais sa femme, préoccupée par la jalousie, n'eut pas d'autre idée que celle d une intrigue coupable ; et pour mieux s'en éclaircir, dites-moi, ajoutat-elle, dissimulant sa peine, ne sortez-vous jamais la nuit pour aller voir cette dame? — Oui bien, répartit le gentilhomme, ce qu'il dit tout simplement ; sans se douîer de l'agitation de sa femme, et croyant être compris par elle Celleci , certaine de son malheur, en con nt un tel désespoir, qu'une nuit que son mars sel oit levé,
selon sa coutume, pour aller prier ; la pauvre malheureuse, dans un transport de jalousie, prit un couteau et se coupa la gorge. Le mari, ayant satisfait à sa de'votion , revient se coucher et trouve son lit tout mouillé; il appelle sa femme, elle ne répond pas ; il la secoue, elle ne se réveille point. Inquiet, il va prendre une lumière , et quel spectacle s'offre à lui ! Sa femme nageant dans son sang et déjà expirée. Alors , se rappelant les questions qu'elle lui avoit faites quelques jours auparavant, il comprit que la jalousie étoit seule cause de ce crime. Que fait le pieux gentilhomme? Il sort de la chambre, la ferme à clef, retourne à la chapelle ; et se prosternant devant le tableau de la Sainte-Vierge , il fait cette prière avec beaucoup de larmes : Ma Mère, voyez quelle douleur est la mienne , c est pour être venu veiller avec vous que fai le malheur affreux de voir mourir ma femme, et de la voir mourir damnée. Vous pouvez réparer ce malheur, faites-le ; oh! faites- le , je vous en supplie. Ah ! ce n'est point en vain que Ton s'adresse a la Mère de miséricorde , quand on le fait avec mi véritable sentiment de confiance. Comme il Siiissoit cette prière, il s'entend appeler par une Servante qui lui dit : Monsieur, allez dans votre chambre, Madame vous demande. Le gentilhomme n'ose en croire sa joie. Retournez, dit- il à celte femme, assurez-vous si vraiment Madame me veut. Elle revint un instant après. Monsieur, allez donc vite , ma maîtresse vous attend. Il court, ouvre la porte, et trouve sa femme pleine de vie qui se jette à ses pieds et lui demande
pardon : Ah! mon ami, dit-elle, c'est grâce à tes prières que la Mère de Dieu m9 a sauvée de F enfer. Les deux époux, pleurant de joie, passèrent le reste de la nuit en prière, pour témoigner leur reconnoissance à Dieu et à sa trèssainte Mère. Le lendemain , le mari donna un repas à tous leurs parents, et il fit raconter par sa femme ce qui s'étoit passé : elle montra à tous les convives la cicatrice de sa blessure, quin'étoit restée, ce semble, que pour attester le miracle.
Prière.
O Mère du saint amour, vous savez que votre divin Fils, non content de s'être fait notre avocat ftuprès de son Père, vous a établie notre médiatrice auprès de lui, et qu'il a donné tant d'efficacité à vos prières que rien ne leur est refusé. C'est donc à vous que j'ai recours , espérance des misérables : ma confiance en vous est telle que si mon salut éternel étoit entre mes mains, je le meltrois dans les vôtres ; car je comple bien plus sur votre protection et sur votre miséricorde, que sur toutes mes œuvres. Celui qui est protégé par vous ne peut se perdre, le ciel et la terre le savent : ainsi que toutes les créatures m'oublient, que l'univers entier m'abandonne, pourvu que vous ne m'oubliiez pas, et que je ne sois point délaissé de vous , c'est tout ce qu'il me faut. O Marie ! je me confie en vous; c'est dans cette espérance que je vis, c'est dans cette espérance que je souhaite mourir
et en disant de cœur et de bouche, Unica spes mea Jésus, et post Jesum , virgo Maria ; « Jésus est mon unique espérance , et après lui , c'est vous, ô Vierge Marie ! »
§ IL Marie est V espérance du péckew.
Dieu ayant créé le ciel et la terre , créa deux grands luminaires ; un plus grand, le soleil, pour présider au jour ; l'autre moindre, la lune, pour présider à la nuit. Le soleil, dit le cardinal Hugues, étoit la figure de Jésus-Christ, dont la lumière éclaire les justes qui vivent dans le jour de ia grâce ; la lune étoit la figure de Marie, qui éclaire les pécheurs dans la nuit du péché. C'est vers cette lune si propice , nous dit Innocent III, que doit regarder celui qui est enseveli dans les ombres de l'iniquité.
Il a perdu la grâce divine, pour lui pins de soleil ; mais la lune luit encore ; qu'il s'adresse a Marie, car par son intercession une foule innombrable de pécheurs reviennent tous les jours à Dieu.
Parmi les titres sous lesquels la sainte Eglise veut que les fidèles honorent la Mère de Dieu, un des plus consolants pour nous est celui de Rejuge des pécheurs, qu'on lui donne dans les îilanies. Jadis il y avoit chez les Juifs des villes de refuge , où les criminels , une fois entrés; étoient a l'abri des poursuites de la justice ; maintenant, sous la loi de grâce il n'y a pas un si grand nombre de ces villes , mais une seule
cité de refuge, dont il a été dit de grandes choses? gloriosa dicta sunt de te, civitas Del : avec cette jlifFérence, que les autres cités n'étoient pas des lieux de refuge pour tous les criminels, ni pour toutes sortes de délits , tandis que la cité de Dieu est ouverte à tous les pécheurs, et que tous les crimes y trouvent leur pardon.
Celui qui aura le bonheur d'entrer dans cette rilé n'a plus besoin de parler pour être sauvé : Hâtez-vous , entrons dans la place , et là nous garderons le silence. Cette place forte, comme l'explique Albert-le-Grand , est la Vierge, établie dans la grâce et dans la gloire : et une fois introduits, taisons-nous , dit le glossaire, car U ne nous sied pas d'ouvrir la bouche devant le Seigneur, que nous avons tant offensé ; mais cesî Marie qui parlera et intercédera pour nous. C'est pourquoi un pieux auteur exhortant tous les pécheurs, leur crie : Enfants d'Adam, allez, courez vous cacher dans le sein de votre mère, la nouvelle Eve ; elle est pour vous la cité de refuge, et votre unique espérance. N'est-ce pas ï celte rite que David faisoit allusion, lorsqu'il dit dans 5es psaumes : Le Seigneurma protégé en m introduisant dans les secrets de son tabernacle ; ei quel est ce tabernacle du Seigneur, si ce n'est Marie, tabernacle vivant que les mains d'un Dieu ont fabriqué, et où nul n'est entré, excepté Dieu luimême, pour y accomplir les grands mystères du salut?
Nous entendons saint Ephrem dire à la Vierge : Salut , hospice des pécheurs, qui leur est ouvert à toute heure; et le grand saint Basile nous
représente Marie connue une de ces maisons que la charité élève à l'indigence souffrante, où sont accueillis tous les malades abandonnés et sans ressource. Or , dans les hôpitaux bâtis exprès pour les pauvres , quels sont ceux qui ont plus de droit d'être admis , sinon les plus pauvres et les plus infirmes? Ainsi, que celui qui se trouve le plus dénué des biens de la grâce, et le plus accablé par les maux de l'âme., qui sont les vices, que celui-là dise à Marie : Grande Reine, vous êtes le salut des pauvres infirmes , et à ce titre nul n a autant de droit que moi à votre assistance.
Dans les révélations de sainte Brigitte, Marie est appelée Astre précurseur du. soleil , sidus vadens ante solem ; ce qui nous donne à comprendre que lorsqu'une âme commence à sentir île la dévotion pour la sainte Vierge , c'est un signe assuré que Dieu viendra bientôt l'enrichir de ses grâces. Le glorieux saint Bonaventure, pour ranimer la confiance des fidèles en la protection de Marie , se figure une mer orageuse où les pécheurs, déjà tombés du vaisseau de la grâce divine , battus par les flots, qui sont les remords de leur conscience et les frayeurs de la justice divine, sans lumière et sans guide, éperdus et hors d'haleine, sont près d'être abîmés par le désespoir ; mais dans ce moment le Seigneur leur montre Marie, vulgairement appelée F Etoile de la mer, et il semble leur crier : Pécheurs infortunés, ne désespérez point ; levez les yeux vers cette étoile brillante , elle vous sauvera delà tempête, et vous conduira au port
du salut. Entrant dans la même pensée, Rio si us nous présente Marie comme Tunique refuge des mortels tombés dans la disgrâce de Dieu , et l'asile de tous ceux qu affligent la tentation ou la tribulation : fille bien-aimée du Très-Haut, que Dieu a faite si aimable et si douce que nul ne redoute son abord; Mère de miséricorde, débonnaire et suave non-seulement au juste , mais encore au pécheur ; qui ne méprise personne, qui ne se refuse à personne ; qui par son ineffable douceur est l'amorce des pécheurs et sait, quand elle les a pris, les façonner de ses mains pour les rendre propres au royaume des cieux.
Le prophète Isaïe, comme le remarque saint Bonaventure , se plaignoit de son temps de ce qu'aucune créature ne pouvoit apaiser la colère de Dieu. Seigneur , disoit-il, nous aoons péché , et personne ne se leoe pour retenir votre bras. C'est qu'alors Marie n'existoit point encore, et avant elle aucune créature n'avoit osé se mettre entre le pécheur et Dieu ; mais présentement Marie ne craint point de le faire, et nul, ajoute saint Bonaventure, n'est plus propre qu'elle à détourner le glaive delà justice divine, afin qu'il ne tombe pas sur la tête des coupables. Richard de Saint-Laurent observe encore a ce sujet que Dieu, dans l'ancienne loi, se plaignoit de ce que personne ne l'empêchoit de châtier les pécheurs ; mais depuis que la médiatrice de paix a paru dans le monde, elle retient le bras du Seigneur, jusqu'à ce qu'elle ail désarmé sa colère.
Saint Basile prend de là occasion d'encotir rager les pécheurs , el leur dit : Ne craignez point, mais dans toutes vos nécessités cherchez Marie , et l'appelez à votre aide ; invoquez sa puissance, car par la volonté de Dieu elle est le secours universel. La Mère de miséricorde a un tel désir de sauver ces infortunés , qu'ellemême va à leur recherche; quand ils sont dans ses mains, elle sait bien trouver le moyen de les rendre agréables à Dieu.
Isaac désirant de manger du gibier, promit à Esaii de lui donner sa bénédiction quand il lui auroit apporté de sa chasse ; mais Rebecca, qui vouloit que cette bénédiction tombât sur son autre fils Jacob, dit à celui-ci de lui aller quérir deux chevreaux, et qu'elle en fer oit des ragoûts comme les aimoit Isaac. Saint Anton in observe que Rebecca fut la figure de Marie, qui dit aux anges : Amenez-moi ici des pécheurs , signifiés par les chevreaux, afin que je les rende agréables à mon Seigneur, en leur obtenant la contrition et te bon propos. L'abbé Francon, suivant la même pensée , dit que Marie est si habile a accommoder ces chevreaux, que leur saveur est souvent plus exquise que celle des cerfs.
Nous lisons dans les Révélations de sainte Brigitte, que la sainte entendit un jour Jésus- Christ qui disoit à la Vierge : « Ma mère, vous seriez prête à demander pardon pour Lucifer même, s'il s'humilioit devant vous. » Jamais cet esprit superbe ne pourra s'abaisser jusqu'à implorer la protection de Marie ; mais supposez qu'il le fît, elle auroit as3ez de clémence pour
solliciter sa grâce, et assez crédit pour l'obtenir. Mais ce qui ne peut se réaliser à l'égard du démon, a lieu tous les jours par rapport aux pécheurs qui recourent à celte Mère de miséricorde.
Nous avons dit plus haut que l'arche de Noé fut la figure de Marie ; car ainsi que l'arche avoit été le refuge de tous les animaux de la terre, de même Marie reçoit sous son manteau tous les pécheurs , qui , par leurs vices et leur attache aux grossières voluptés, sont semblables aux brutes ; avec celte différence, dit un auteur, que l'arche rendil les animaux tels qu'elle les avoit reçus ; ainsi le loup et le tigre restèrent ce qu'ils étoient ; mais sous le manteau de Marie, le loup devient agneau, et le tigre se change en colombe.
On peut encore appliquer à Marie ce que l'Ecriture raconte de iîuth, à qui Booz permit de recueillir les épis tombés des mains des moissonneurs. « Comme la belle-fille de Noémi trouva grâce aux yeux de Booz , ainsi Marie a trouvé grâce devant le Seigneur, qui lui permet de recueillir les épis abandonnés des moissonneurs. » Ces moissonneurs sont les ouvriers évangéliques ,les missionnaires , lesprérH : : s , \es confesseurs, qui, parleurs fatigues, remplissent les greniers du père de famille .Mais il y a des a nés rebelles dont ils ne peuvent vaincre la dureté ; c'est à Marie qu'il est réservé de les sauver par sa puissante intercession : malheur ensuite aux épis qui voudront échapper aux mains de cette douce glaneuse ! le feu éternel sera leur partage
Les Saints et les Pères de l'Eglise semblent épuiser les expressions pour faire comprendre aux pécheurs ce qu'ils doivent à celle qui est leur refuge. Saint Laurent Justinien appelle Marie l'espérance des coupables, Spes delinquentiam; saint Jean Damascène, l'espérance des désespérés, Spes desperatorum ; saint Augustin, l'unique espérance des pécheurs , Uniea spes peccatorum ; saint Ephrem, le port très-sûr des naufragés, Naufragorum portus tutissimus, et la protectrice de ceux qui ont un pied dans l'abîme. protectrix damnatonim ; saint Bernard, l'échelle des pécheurs, Peccatorum scala; car c'est par elle qu'ils remontent vers Dieu ; et le saint veut que celui qui désespère espère en Marie. Enfin saint Jean Chrysostôme, parlant au nom des pécheurs, dit à la bienheureuse Vierge : Salut, Mère de Dieu et la nôtre, ciel ou Dieujait son séjour, trône d'oïi le Seigneur dispense ses grâces : intercédez Jésus pour nous, afin que par vos prières, nous puissions obtenir notre pardon au jour du jugement, et ensuite la gloire étemelle.
Exemple.
Le bienheureux Jean Héroîd , qui par humilité se fit appeler le disciple, raconte l'histoire d'un homme marié qui vivoit dans l'habitude du péché mortel. Sa femme , personne très-vertueuse, ne pouvant lui persuader d^ renoncer à ses désordres , obtint de lui , à force d'instances , que toutes les fois qu'il passeroit devant une image de la Sainte Vierge , il réci-
leroit un Ave Maria. Le mari, par complaisance, commença à pratiquer celte dévotion. Un soir que ce misérable alloit dans un mauvais lieu, il vit briller une lumière dans le lointain; il approche et trouve que c'étoit celle d'une lampe qui brûloit devant une image de Marie représentée avec l'enfant Jésus dans ses bras ; il dit Y Ave Maria, selon sa coutume, mais en finissant, il s'aperçoit que l'enfant Jésus est couvert de blessures, dont le sang découle de toutes parts. Hélas! pense-t-il en lui-même, ce sont mes péchés qui ont fait ces plaies à mon Rédempteur; et cette réflexion lui arrache des larmes; mais l'enfant lui tourne le dos. Alors le pécheur tout confus et s'adressant à la Vierge : Mere de miséricorde , lui dit-il, Votre Fils me rebute ; intercédez auprès de lui pour moi, carjs n'ai d'autre refuge que vous. Marie lui répondit : « Vous autres, pécheurs, vous m'appelez mère de miséricorde, mais vous faites de moi la plus misérable des mères , en renouvelant à mon Fils sa passion , et à moi les douleurs qu'elle m'a causées » Cependant , comme Marie ne renvoie personne sans consolation , elle se mit à prier son Fils pour ce pécheur, et le conjurer de lui pardonner. Jésus s'y montroit peu disposé, mais la Vierge posant l'enfant dans la niche et s' agenouillant devant lui : « Mon Fils, dit-elle , je ne me relèverai point que vous ne m'ayez accorde' son pardon. » Ma Mere, répondit Jésus, je ne puis rien vous refuser; nue ce que vous voulez se fasse, qu'il approche et vienne baiser mes plaies. Cet homme, fondant en larmes,
s'approcha, et les plaies, à mesure qu'il les bai-
soit, se cicatrisoient ; enfin, Jésus daigna l'embrasser eu signe de réconciliation Le pécheur dont nous parlons se convertit et mena toujours depuis une vie très-sainte , professant la plus tendre reconnoissance pour celle qui lui avilit obtenu de Dieu une faveur si grande.
Prière.
Je rends hommage, ô la plus pure des Vierges, à votre Cœur très-saint, qui fail les délices du Seigneur; Cœur plein d'humilité, de pureté et d'amour divin. Je me présente à vous avec un cœur de boue, où le péché a fait des blessures mortelles; guérissez ce cœur, purifiez- le de ses souillures. Mère de miséricorde, ne refusez point votre compassion à celui à qui Jésus- Christ n'a pas refusé son sang.