‹ Le pouvoir de MarieChapitre 8 sur 23 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

AT> TÉ CLAMAMUS EXULES FILII EVJE.

§ I. Avec ijuel empressement Marie vient au secours de ceux qui V invoquent.

Malheureux enfants d'une mère infortunée, coupables de sa faute et condamnés à la môme peine, nous errons dans cette vallée de larmes, exilés de notre patrie , accablés sous le joug pesant des afflictions d'esprit et des maux <!o l'âme et du corps : mais heureux celui qui, au milieu de ces misères déplorables, tourne souvent les yeux vers le t efuge des malheureux et la consolatrice du monde, vers Marie, la véritable mère de tous les vivants! L'Eglise enseigne assez à ses enfants ce qu'ils doivent à leur tendre protectrice ; elle lui a décerné un culte particulier qui a un nom propre ; elle a établi dans le cours de l'année un grand nombre de fêics en son honneur, et lui a consacré un jour de la semaine ; elle veut encore que tous les jours, dans l'office divin ; les ecclésiastiques et tous les religieux l'invoquent au nom de tout le peuple chrétien, et que trois fois le jour les fidèles la saluent au son de la cloche. Dans toutes les calamités publiques nous voyons la sainte Eglise recourir à la Mère de Dieu , par

desneuvaines,des prières, des processions , des visites à ses oratoires et à ses images. C'est ce que veut Marie ; elle demande de nous un culte assidu : non qu'elle mendie des honneurs et des hommages bien au-dessous de ses mérites, mais parce que l'accroissement de notre dévotion et de notre confiance lui permet de faire davantage pour nous. Saint Bonaventure veut que l\uth soit la figure de Marie, car ce nom de Ruth signifie videns et jestinans, qui voit et qui se hâte; parce que la bienheureuse Vierge voyant nos misères, se hâte de les secourir : son désir de nous faire du bien ne souffre aucun retard ; et cette mère de miséricorde, qui n'est point avare de ses dons, les répand avec profusion dans le sein de ses serviteurs. Duouheratuasicut duo hinnuli capreœ. Richard de Saint-Laurent commentant ce texte, dit que les mamelles de la sainte Vierge sont prêtes à donner le lait de la miséricorde à celui qui la demande. Le même auteur nous assure que la compassion de Marie s'étend à tous ceux qui la sollicitent, quand ce ne seroit que par un simple Ave Maria : aussi Novarin affirme que la Vierge ne court pas seulement pour nous secourir, mais qu'elle vole, à l'imitation du Seigneur. Ceci nous fait comprendre qu'elle est cette femme de l'Apocalypse à qui l'on donna deux grandes ailes, comme des ailes d'aigle, pour s'envoler dans le désert. Ribera dit que ces ailes signifient l'amour ardent par lequel Marie s'éleva vers Dieu : Pennas hahet aj]uilœ, quia amore Del volât. Mais le bienheureux Amédée donnant une explication con-

forme à notre sujet , dit que les ailes d'aigle signifient le vol rapide, et plus rapide encore que celui des Séraphins , qui porte Marie au secours de ses enfants.

C'est pourquoi nous lisons dans l'Evangile de saint Luc, que lorsque Marie alla visker sa cousine Elisabeth, portant avec elle toutes les bénédictions du ciel dans cette sainte famille, elle fit ce voyage promptement : Exurgens Maria, abiit in montana cum jestinatione. Ce qui n'est point dit du retour. Saint Bonaventure a donc raison de l'appeler le salut de ceux qui l'invoquent : 0 salus te itwocantium ; voulant dire par là que pour êire sauvé il suffit de l'invoquer.

Je le répète encore : la multitude de nos péchés ne doit pas diminuer notre confiance et» Marie ; car de même qu'une tendre mère n'a point horreur de soigner un fils infecté de ia lèpre, ainsi Marie, quel que soit l'état de notre âme, entreprend de la guérir, sans se^ laisser rebuter par l'infection des plaies. La bienheureuse Vierge le fit entendre à sainte Gertrude, lorsqu'elle lui apparut étendant son manteau sur tous ceux qui venoient à elle; et il fut dit à la sainte que les anges préservent les serviteurs de Marie du souffle pestilentiel de l'enfer.

Bien plus, la compassion de cette tendre mère est si grande, sa tendresse pour nous si vive, qu elle n'attend pas même nos prières pour nous secourir. Prœoccupat qui se concupiscunt , ut mis se priiis ostendat ; paroles de la Sagesse, que saint Anselme applique à la Vierge, qui

prévient ceux qui désirent sa protection, et leur obtient des grâces avant que leur bouche se soit ouverte pour les demander. Nous en avons une preuve dans ce qui arriva au festin des noces de Cana : la Vierge ne se fut pas plus tôt aperçue que le vin alloit manquer, que, touchée de la confusion de ces deux époux et de leur embarras, elle s'adresse à son Fils sans en ^êire priée, et lui expose leur besoin par ces pa- Iroles : Ils n'ont point de vin; et Jésus- Christ, ipour consoler les deux époux, mais bien plus en considération de sa Mère, fit le miracle de changer l'eau en vin.

Ainsi donc , et c'est la conclusion que tire Novarin , si Marie est si prompte à nous secourir dans nos besoins , même quand on ne l'invoque pas, combien plus le sera ~t- elle, quand on l'appelle à son aide !

Chrétiens, quelqu'un de vous douteroit-il de cette vérité consolante ? qu'il entende saint Bernard parler à la Mère de Dieu : « O Marie ! disoit ce grand saint , je consens que l'on se taise sur votre miséricorde, et que jamais aucune langue ne la célèbre, si dans le monde aucun homme peut se présenter et dire que vous ayant invoquée , vous êtes demeurée sourde à ses prières. »

Vierge sainte, qui jamais a recouru en vain à votre puissante protection ? Le ciel et la terre seront détruits plutôt que vous manquiez de secourir celui qui vous invoque avec humilité de cœur. Saint Anselme , pour accroître noire confiance, assure que lorsque les hommes s'a-

dressent à la divine Mère, non-seulement ils peuvent compter sur son assistance , mais que souvent leurs prières seront plus vite exaucées en invoquant le nom de Marie qu'en invoquant le nom de Jésus ; et la raison, c'est, dit-il, que J.-C. notre sauveur est aussi notre juge, et doit par conséquent venger ses injures ; au lieu que la Vierge, en sa qualité d'avocate, n'est tenue qu'à avoir pitié de nous. Ce n'est pas, entendons-le bien, que Marie soit plus puissante que son Fils ; Jésus-Christ est notre unique Rédempteur : lui seul par ses mérites a pu obtenir notre salut : mais en recourant à celui que nous devons nécessairement considérer comme un juge qui devra punir les ingrats, il est possible qu'un sentiment de crainte nous empêche d'avoir la confiance nécessaire pour être exaucés ; au lieu qu'en recourant a Marie , qui n'a qu'un , office de miséricorde à remplir, il semble que notre confiance soit plus grande, n'étant mêlée d'aucune crainte.

On demande beaucoup de choses à Dieu sans les obtenir ; on les demande par Marie , et on les obtient : comment cela se fait-il? Ce n'est pas, répond Nicéphore", que Marie soit plus puissante que Dieu, mais c'est que le Seigneur a décrété d'honorer ainsi sa Mère.

Ace propos, nous lisons dans les Révélations de sainte Brigitte , que la sainte entendit un jour l'enfant Jésus promettre à la Vierge que tous ceux qui bii demanderoient grâce par elle seroient exaucés, Elle même Seigneur, parlant en présence de sainte CWtrude, dit a sa mère :

Sachez qu'en vertu de ma toute-puissance je vous ai accordé défaire miséricorde , de la manière que vous le trouverez bon, à tous les pécheurs qui vous invoqueront.

Ainsi donc, que chacun de nous, plein de confiance en cette Mère de miséricorde , lui dise avec un saint Père : « Souvenez-vous , ô très-clémente Reine , qu'il n'a jamais été dit , depuis que le monde existe, que nul homme ait recouru en vain à votre protection; et permettez-moi d'espérer que je ne serai pas le premier qui, vous ayant invoquée, ait été abandonné de vous. »

Exemple.

Saint François de Sales fit une heureuse expérience de l'efficacité de cette prière. Nous lisons dans sa vie , qu'à l'âge de dix-sept ans, se trouvant à Paris, où il achevoit ses études, il fut affligé d'une horrible tentation de désespoir. Le Seigneur, pour l'éprouver et le rendre de plus en plus digne de son amour et de ses faveurs, permit au démon de persuader le saint jeune homme que tout ce qu'il faisoit pour Dieu étoit inutile, puisque sa réprobation étoit écrite dans les décrets éternels. Dans ce même temps Dieu, se cachant à lui , le laissa dans un état d'obscurité et de sécheresse qui le rendoit insensible aux pensées les plus consolantes sur la bonté divine ; en sorte qu'au milieu de ses désolations intérieures , et tourmenté par la crainte de l'enfer, François-de-Sales perdit l'appétit, le sommeil 3 la santé; et il n'étoit

plus qu'un objet de compassion pour tous ceux qui le voy oient.

Durant cette horrible tempête , le saint n'avoit d'autres pensées que des pense'es de désespoir, et ne pouvoit proférer que des paroles de découragement: « Ainsi donc, disoit-il, comme nous le lisons dans sa vie, je serai éternellement privé de la grâce démon Dieu , qui par le passé s'étoit montré si aimable et si doux envers moi! O amour! ô beauté, à laquelle j'aurois consacré toutes mes affections ! je ne dois donc m'at- ?endre qu'à vos rigueurs ! O Vierge, mère de Dieu, la plus belle des filles de la Jérusalem céleste, je ne vous verrai donc point en Paradis! Ah! s'il ne m'est pas donné de contempler la beauté de votre visage, ne permettez pas du moins que je sois condamné avons blasphémer et à vous maudire dans l'enfer! » Tels étoient •alors les tendres sentimens dç ce cœur affligé et brûlant d'amour pour Dieu et pour sa sainte Mère. La tentation dura un mois; mais enfin il plut au Seigneur de l'en délivrer, et ce fut par le moyen de Marie, à laquelle le saint avoit déjà voué sa virginité. Un soir, venant chez lui, il entra dans une église et vit pendue à la muraille une tablette sur laquelle étoit écrite l'oraison célèbre , Memorare , 6 piissima Virgo Maria, etc. Se prosternant devant l'autel de la M ère de Dieu, il récita avec ferveur cette oraison, renouvela son vœu de chasteté, et promit à la Vierge de réciter tous les jours le chapelet en son honneur. « O ma souveraine, lui dit-il encore, soyez mon avocate auprès de votre Fils,

auquel je n'ose recourir ; si je dois être assez malheureux dans l'autre monde pour ne pas aimer mon Seigneur, obtenez-moi du inoins de l'aimer de tout mon pouvoir dans celui-ci. » Après quoi il se jela dans les bras de la miséricorde divine , entièrement résigné à la volonté de Dieu. Mais le fruit de sa prière ne se fit pas attendre long-temps : Marie le délivra de sa tentation ; la paix rentra dans son cœur, et avec elle la santé et la joie. Depuis lors , il eut toujours la plus grande dévotion pour la sainte Vierge, et il ne cessa de la recommander dans ses sermons et dans ses écrits.

Prière.

O Mère de Dieu, espérance des hommes ! une de ces brebis égarées que le Verbe éternel est venu chercher du ciel en terre , vous demande de la ramener au bercail de votre Fils. Le prix de mon salut est déjà acquitté ; mon Sauveur a donné tout son sang, dont une seule goutte suffiroit pour racheter des milliers de mondes. Il ne reste plus qu'à m'appliquer les mérites de ce sang; c'est à vous, Vierge sainte, qu'il appartient de le faire : dispensatrice des grâces divines , rous sauvez qui vous voulez ; c'est donc à vous que je confie mon âme, afin que l'ennemi ne me la ravisse point.

§ Il Puissance de Marie pour défendre ceux qui l'invoquent dans les tentations,

Marie, reine du ciel et des saints, est aussi la reine de l'enfer et des démons, car elle a vaincu l'enfer et triomphé des esprits rebelles ; empire et triomphe que Dieu avoit prédits au serpent dès le commencement du monde: « Je mettrai, lui dit-il, une inimitié mortelle entre toi et la femme; elle écrasera ta tête. » Et quelle étoit cette femme, son ennemie, cette femme promise si long-temps d'avance? Nulle autre que la mère de notre Seigneur Jésus-Christ, qui, par sa profonde humilité et son incomparable pureté, terrassa Lucifer et brisa sa force. Aussi, observe saint Cyprien, Dieu, dans la Genèse, ne parle point au présent, mais au futur : il ne dit pas : Je mets, mais je mettrai; et cela, pour inarquer qu'il ne s'agissoit point d'Eve, alors vivante, mais d'une autre femme de sa race, qui devoit procurer au genre humain un plus grand bien que n' étoit celui que nos premiers parents avoient perdu par leur péché. Marie est cette femme forte qui a écrasé la tête du serpent en abattant son orgueil : Ipsa conteret caput tuum. Il y en a qui doutent si cette parole de la Genèse se rapporte à la sainte Vierge ou à Jésus-Christ; car les Septante traduisent ipse, au lieu de ipsa : mais dans notre Vulgate, qui est la seule traduction approuvée par le concile de Trente, on

i l ipsa, et non ipse. Ainsi l'ont entendu saint Ambroise, saint Jérôme , saint Augustin, saint Jean Chrysostôme et plusieurs autres. Quoi qu'il en soit; et de quelque manière qu'on veuille expliquer ce texte, soit que le Fils ait vaincu par sa mère, ou la Mère par la vertu de son Fils, il n'en est pas moins certain que Marie a dompte' et foule' aux pieds l'esprit superbe, et que depuis sa défaite, cet esclave pris a la guerre souffre une dure servitude. Eve nous apporta les ténèbres et la mort, Marie la lumière et la vie ; Tune s'est laissé vaincre par le démon, l'autre l'a vaincu et lié de telle sorte qu'il ne peut plus nuire aux serviteurs de cette grande reine.

Il est dit de la femme forte, dans les Proverbes : Confidit in ea cor viri suiy et spoliis non indigebit. Richard de Saint-Laurent donne une belle explication de ce texte, qu'il applique à la Vierge : « Le cœur de son mari, dit-il, c'est-àdire de l'Homme-Dieu, s'est confié en elle, il ne manquera point de butin , car Marie ravit à l'enfer sa proie, en lui arrachant les âmes qu'il tient en son pouvoir, pour enrichir de ces précieuses dépouilles notre Seigneur Jésus- Christ. »

On sait que la palme est le symbole de la victoire ; aussi est-il dit de notre grande Reine , qu'elfe a été exallée devant tous les princes du peuple, et que du faîte de sa grandeur elle do mine comme une belle palme, en signe de la victoire certaine que remportent ceux qui se placent sous sa protection. « Mes enfants, nous

dit Marie, quand l'ennemi vous attaque, regardez-moi et prenez courage, car en me regardant vous voyez la victoire. » Le recours à Marie est un moyen sûr de vaincre dans les tentations, puisque, dit saint Bernardin de Sienne, la Vierge est la maîtresse des démons. Elle est pour eux terrible comme une armée rangée en bataille, terrihilis ut castrorum acies ordinata. Celte armée rangée en bataille, ce sont toutes ses vertus, sa puissance, sa miséricorde, ses prières qu'elle dispose, comme un sage capitaine, pour la honte de ses ennemis et la défense de ses serviteurs.

Ego quasi vitis fructificaoi suaçiiatem odoris, mes fruits ont rendu une odeur douce comme celle de la vigne en fleurs, lui fait dire PEsprit- Saint ; et comme les serpens venimeux fuient les vignes qui sont en fleur, ainsi, ajoute saint Bernard, les démons sont contraints de s'éloigner de ces âmes heureuses qui répandent la bonne odeur de la dévotion à Marie. C'est encore par la me me rais on qu'elle est appelée Cèdre dans l'Ecriture : quasi cedms exaltata sum in JJbano; non-seulement parce que le cèdre, qui est un bois incorruptible, est le symbole de Marie exempte de la souillure du péché, mais aussi, comme ajoute le cardinal Hugues, parce que, de même que l'odeur du cèdre met en fuite les serpents, ainsi la sainteté de Marie est la terreur des démons.

Dans l'ancienne loi, les Juifs, quand ils al~ loient à la guerre, conduisoient avec eux l'Arche du Seigneur, etjatenoient élevée à la vue

de leurs ennemis pour remporter la victoire : ciim elevaretur arca dicebat Moyses : Surge, Domine, dissipentur inimici tui. Ainsi tombèrent les murs de Jéricho, ainsi les Philistins étoienl défaits. Or, l'arche, où Ton conservoit la manne signifîoit Marie , dont le sein très-pui devoit receler la manne du ciel, Jésus- Christ, vrai Dieu et vrai homme. C'est par elle que sous la loi de grâce le Seigneur nous fait triompher de nos ennemis spirituels : et quand cette arche glorieuse du nouveau Testament a été élevée dans le ciel, les puissants de l'abîme ont vu leur arc brisé et leurs forces dissipées.

Oh ! que Marie est redoutable au démon ! Pareil à cet ennemi dont parle Job, qui profile de l'obscurité de la nuit pour venir percer une maison, mais qui, si l'aurore le surprend , fuit plein de terreur comme devant la mort, ainsi, dit saint Bonaventure . le larron infernal fait son irruption dans une âme à la faveur des ténèbres de l'ignorance; mais si la grâce et la miséricorde de Marie viennent à luire pour cette pauvre âme, c'est l'aurore qui dissipe la nuit et chasse les esprits de l'abîme. Tel est l'empire que le Seigneur lui a donné sur eux, comme nous l'apprend sainte Brigitte dans ses Révélations, que toutes les fois qu'ils osent s'attaquer à un homme qui implore le secours de la Vierge, au moindre signe d'elle, ils fuient tremblants ; car les supplices de l'enfer mille fois redoublés leur sont moins insupportables que les effets du pouvoir de Marie.

Dans les Cantiaues, l'époux, comparant son

épouse au lys, lui dit : « Comme le lys entre les épines , telle est ma bien-aimée entre les vierges; » sur quoi Cornélius à Lapide observe que comme le lys est un antidote contre les poisons et la morsure des serpents, ainsi l'invocation de Marie est un spécifique excellent pour vaincre toutes les tentations, et en particulier celles de la chair, ce que peuvent attester les personnes qui en ont fait l'expérience.

Nul serviteur de celte grande Dame qui ne puisse dire avec saint Jean Damascène : « O Mère de Dieu, mon espérance en vous me rend invincible : fort de votre puissant secours, je poursuivrai mes ennemis en leur opposant votre protection comme un bouclier à toute épreuve. » Nous lisons dans l'Exode que le Seigneur conduisoit son peuple dans le désert par une colonne de nuée durant le jour, et par une colonne de feu pendant la nuit. Or, cette colonne merveilleuse, qui étoit tantôt flamme et tantôt nuée, figuroit Marie, et le double office quelle remplit sans cesse auprès de nous : nuée bienfaisante , elle intercepte les rayons trop ardents du soleil de justice; feu terrible, elle écarte les démons. « Comme la cire se fond devant le feu, ainsi, dit saint Bonaventure, ces esprits malins demeurent sans force contre les âmes qui ont une tendre dévotion pourMarie : » et Ton craint moins à la guerre les nombreux escadrons d'une armée ennemie, que les puissances de l'air n'appréhendent la protection de Marie.

O Vierge glorieuse ! ce n'est pas seulement

votre protection, c est votre nom seul qui fait trembler l'enfer ; ce nom redoutable est pour les démons comme un coup de tonnerre, comme Cédât de la foudre , qui renverse les mortels et leur été le sentiment.

Exemple.

à Reisberg, vivoit un chanoine régulier nommé Arnauld, extrêmement dévot à la sainte Vierge. Se voyant près de mourir, il reçut les sacremens, fit appeler ses religieux , et les pria de ne le point abandonner dans ses derniers moments. A peine leur avoit-il fait cette recommandation comme par un pressentiment secret de ce qui devoit lui arriver, qu'en leur présence il commença à trembler de tous ses membres. Une sueur froide, des yeux convulsifs, indiquoient assez l'état de son âme; mais il le manifesta bien davantage quand d'une voix altérée il leur dit : Ne voyez-vous pas ces démons qui m9 entourent et veulent emporter mon âme dans les enjers ? Mes frères, invoquez pour moi le secours de Marie, c'est en elle que f espère. Aussitôt les religieux commencèrent les litanies de la Vierge; et quand ils en vinrent à ces mots, sancta Maria, orapro eo , le moribond les interrompant : Répétez, leur dit- il, le nom de Marie, car je suis déjà au tribunal de Dieu ; et après une courte pause, il reprit, comme s'il répondoit à son accusateur : Oui, j1 ai fait cela, mais j'en ai fait pénitence ; puis s'adressant à la Vierge : 6 Marie! s'écria-t-il, je les vaincrai mes ennemis.

\si vous venez à mon aide. La miit se passa dans ces terribles assauts, auxquels il ne cessoit d'op- ( poser le crucifix et le saint nom de Marie : \ mais avec le jour le calme reparut, et Arnauld, d'un visage serein , fit éclater sa joie de ce que Marie, son refuge, lui avoit obtenu le salut ! éternel. Ensuite setournantducôtédela Vierge, ! qui l'invitoit à la suivre, Je viens, ma maîtresse, \ je viens, dit-il; et dans l'effort qu'il fit pour se soulever, il expira doucement ; mais au défaut de son corps, son âme, comme nous l'espérons, suivit Marie dans le royaume de la gloire éternelle.

Prière.

O Marie, mon refuge ! combien de fois ne me suis-je pas vu par ma faute l'esclave de l'enfer ! Vous avez brisé mes liens, vous m'avez arraché des mains des mes fiers ennemis ; mais je tremble d'y retomber, car je sais que leur rage n'a point de repos, et qu'ils se flattent que je deviendrai encore leur proie. Vierge sainte, soyez mon bouclier et ma défense ! avec voire secours, je suis sûr de vaincre ; mais faites que je n'oublie jamais de vous invoquer dans les combats, et principalement dans ce dernier, le plus terrible de tous , que le démon s'apprête à me livrer à mon heure extrême. Mettez vousmême alors votre nom sur mes lèvres et dans mon cœur, et que j'expire en prononçant ce nom, afin que je me trouve à vos pieds dans le ciel. Ainsi soit-il.

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