DU POT VOIR TRMPOBEL
ses successeurs pendant toute la durée du vne siècle. Les circonstances qui l'avaient obligé de prendre une part active aux affaires politiques n'étaient pas changées : le rôle du pape demeura aussi le môme.
Le siècle qui suivit la mort de S. Grégoire n'a pas vu moins de vingt-quatre papes, depuis Sabinien, élevé sur le trône de S. Pierre en 604, jusqu'à Constantin, mort en 715. Jamais la succession des papes ne fut si rapide; jamais leur politique chrétienne ne fut mieux suivie, jamais la nécessité du pouvoir temporel ne se fît plus sentir.
D'abord, rien de plus assuré que la soumission des papes aux empereurs. L'exercice de l'autorité, qui croissait tous les jours dans les mains des premiers, semblait n'avoir d'autre but que de retenir dans les mains des seconds un sceptre qui s'affaiblissait tous les jours. Dans le temps même où ils avaient contre les empereurs les plus grands sujets de plainte, les papes employaient généreusement leur crédit et leurs trésors à la défense de l'empire, pour entretenir les murs et les fortifications de Rome, pour réparer ses aqueducs et ses établissements publics, et surtout pour garantir l'Italie de la fureur des Lombards.
Cette fidélité était d'autant plus méritoire qu'elle était plus éprouvée. Dans une époque où Constantinople devait le plus ménager Rome, une sorte de fatalité les séparait avec plus d'éclat. Ainsi, les empereurs envoient en Italie des exarques et des patrices qui se rendent ridicules par leurs prétentions ou odieux par leurs violences. En temps de guerre les papes sont lâchement abandonnés, en temps de paix on les persécute plus lâchement encore. Si l'ennemi est aux portes, c'est aux papes d'organiser les secours, de fortifier les villes, de recruter et de payer les soldats; si le calme revient, les exarques et les patrices semblent avoir pour mission de traverser l'administration des papes, de leur susciter mille querelles, d'entraver la liberté de leur élection, de s'assurer de leur personne ou de conspirer contre leur vie,
DEPUIS S. GRÉGOIRE LE (iKA.NU JUSQU'A GREGOIRE II. 61
Ces luttes recommençaient presque à l'élection de chaque nouveau pontife. Malgré le soin que prenait le clergé de n'élire que des sujets agréables* aux empereurs, il s'écoulait souvent plusieurs mois avant que le choix du pape n'eût été ratifié par la cour de Byzance. Après la mort de S. Grégoire, cette gène devint plus sensible encore, parce que la plupart des papes du vne siècle ne firent que passer sur la chaire de S. Pierre. En attendant le bon plaisir de l'empereur, le pouvoir demeurait incertain, la liberté si chère à l'Eglise se trouvait en péril, et Rome, dépourvue de gouvernement, devenait la proie des factions.
Ce n'était rien encore au prix des tribulations que les hérésies orientales suscitaient aux papes. Ariens, nestoriens, cutychéens, monothélites, tous les sectaires avaient trouvé dans les empereurs des patrons dévoués, dans les papes d'intraitables adversaires. Les Césars de Byzance n'avaient plus du génie grec que la subtilité et la fourberie. Ils n'étaient empereurs, ce semble, que pour dogmatiser et tyranniser impunément. Le Saint-Siège avait payé dans chaque âge un sanglant tribut à cette odieuse manie. Il suffit de rappeler S. Libère, victime de l'arianisme dans le ive siècle, les Agapit, les Sylvère et les Vigile tourmentés en haine de la foi par des princes favorables aux eutychéens. Le monothélisme eut aussi ses martyrs. L'empereur Constant entreprit de le venger sur le pape S. Martin. Il fit enlever le saint pontife de son palais et l'amena chargé de chaînes dans la ville impériale, le 17 septembre 654. Jugé après trois mois de détention, condamné comme traître parce qu'il refusait de trahir sa foi, on le traîna demi-nu et le carcan au cou dans les rues de Constantinople, en compagnie de voleurs et d'assassins, auxquels il parlait de la miséricorde de Dieu. Au mois de mai 655, une trirème partie du Bosphore le déposa dans la Chersonèse, où il eut une cabane pour asile et les flots pour tombeau. S. Martin était le deuxième pape immolé aux passions des Césars byzantins. Justinien II cher*
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eha aussi ses victimes sur le siège de S. Pierre. Après avoir tenu sous le dôme du palais impérial un conciliabule que l'Église ne pouvait accepter, parce qu'il était contraire à l'orthodoxie, il voulut en faire souscrire les actes par le pape Sergius. Sur le refus du pontife, l'exarque de Ravenne reçut Tordre d'enlever ce rebelle et de le conduire à Constantinople. Mais cette fois le peuple de Rome s'indigna de ce barbare traitement. Il arracha le pontife des mains de l'exarque, et l'officier ne dut lui-même son salut qu'au pape, qui lui donna un asile dans son palais ,6921. Jean VI succède à Sergius, et Justinien II renouvelle ses tentatives. Même refus de la part du pape, mêmes ordres donnés à l'exarque, même attachement des Romains à leur pontife, même gloire pour le pape, même honte pour l'empereur (701'. Cette gloire couronnait bien quatre siècles de bienfaits ; cette honte était le digne prix de quatre siècles de persécutions.
C'en était donc fait du pouvoir des empereurs sur l'Italie : on ne l'y connaissait plus que par les vexations , la tyrannie, la violence et le meurtre. Les Romains, au contraire, s'affectionnaient au pape comme à leur légitime souverain et le défendaient comme un père et comme un roi. Rome dut à Jean VI le salut et la vie. Quand le lombard Gisulphe vient menacer Rome, que les armées impériales ne défendent plus, c'est le pape qui obtient à force d'argent la retraite des barbares. Jean VII, son successeur, fut plus heureux encore. 11 reçut d'Aribert, roi des Lombards, un acte écrit en lettres d'or par lequel ce prince restituait au Siège apostolique le patrimoine des Alpes Cottiennes, qui s'étendent depuis le mont Viso jusqu'au mont Cenis. Pendant qu'un roi presque sauvage reconnaissait ainsi les droits de la justice, l'empereur Philippe persistait à fouler aux pieds les intérêts sacrés de la conscience et de la foi. Ce prince, qui s'était déclaré ouvertement en faveur de l'hérésie des monothélites , envoya à Rome le duc Pierre pour prendre possession du gouvernement de cette ville. Mais le peuple refusa de le reconnaître et en-