‹ Le pouvoir temporel des papesChapitre 37 sur 93 · DES EMPEREURS D'ALLEMAGNE ET DES COMTES DE TUSCULUM · texte numérisé non relu

DES EMPEREURS D'ALLEMAGNE ET DES COMTES DE TUSCULUM

hommes : à ce titre, il leur est aussi permis de se repentir qu'il leur est facile de pécher.

Quand on écoute la raison, on tire de cette histoire une conclusion toute différente de celle qu'en tirent les ennemis •de l'Église. Ils reprochent à la religion les fautes de ses ministres, comme si elle ne les condamnait pas elle-même. Ils refusent de reconnaître et de bénir l'autorité spirituelle des papes, comme si les écarts de leurs mœurs avaient laissé une tache sur la foi dont ils sont les gardiens. Ils accusent leur pouvoir temporel d'avoir excité l'envie des factions et la convoitise du siècle (1), comme si les envahissements, les usurpations, les vols, devaient être imputés à ceux qui en sont les victimes et non à ceux qui en sont les auteurs. Une raison plus saine nous dit, au contraire, que le spectacle du monde au xe siècle est un argument sans réplique en faveur du pouvoir temporel. La majesté de la religion est déchirée à Rome en même temps que la majesté du trône. C'est quand le pape n'est plus qu'un roi avili sous la main des factions qu'il semble être devenu l'indigne vicaire de Jésus-Christ. Il y a donc une relation intime entre la souveraineté et le sacerdoce, et l'une ne saurait perdre quelque chose de son indépendance sans que l'autre ne perde en même temps quelque chose de sa dignité et de sa grandeur. Des élections imposées par la force ou suspectes de simonie ; l'indignité, la faiblesse ou la jeunesse extrême de quelques papes ; la turbulence des factions rivales et l'intervention quelquefois tyrannique du pouvoir impérial ; la création des antipapes avec les violences qui accompagnent leur intrusion et les guerres civiles qui la suivent; la vie de plusieurs pontifes précipitée par le poison, •achevée dans l'exil ou livrée au fond d'un cachot aux horreurs de la faim ; la mort plus tragique et plus odieuse encore des Etienne VI, des Sergius, des JeanX et des Jean XI étranglés au château Saint-Ange ; cent cinquante ans de troubles dans

{!) M, Bonjean, du Pouvoir temporel des papes, p. 31.

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