PRÉFACE IX
on le verra bien : nous flétrissons les agissements criminels des Piémontais à Rome et dans l'Italie, tout comme nous flétrissons les attentats des révolutionnaires français du xvme et du xixe siècle.
Entre la France et l'Italie, au reste, il y a surtout, nous semble-t-il, de graves malentendus, et la question de Rome y entre bien pour quelque chose. Leur antagonisme momentané provient de plusieurs causes ; il est lié à tout un ensemble de faits que nous avons à examiner dans le cours de ce travail. Mais si les Italiens étaient bien persuadés que, sauf la question du pouvoir temporel sur laquelle nous et tous les catholiques devons être intransigeants, les Français, pas plus que les autres peuples, n'ont rien à voir à ce que les Italiens font chez eux, et n'ont sur eux nulle prétention de domination, de supériorité... l'accord, il nous semble, deviendrait beaucoup plus facile.
Est-il besoin de dire que ces pages ont été inspirées par l'amour de la vérité ? Nous en donnons ici la preuve en déclarant formellement que si des erreurs de faits ou de doctrine se sont glissées dans notre travail, ce qui est possible, nous serons heureux qu'elles nous soient signalées, afin de pouvoir les corriger. C'est une œuvre de bonne foi, d'impartialité et de raison que nous avons voulu faire, et non une œuvre d'emportement et de passion.
Nous aurions aimé à rester dans la région sereine des principes ; la nature de ce travail ne le permettait
pas. Du moins avons-nous tâché de juger toujours les hommes et les événements comme le fera l'impartiale histoire.
Nous n'avons pas jeté la pierre au roi actuel de l'Italie que nous croyons surtout malheureux. L'héritage de la spoliation sacrilège est un fardeau lourd à porter. Paraître assumer la responsabilité de tout ce qui se trame contre la Papauté; sembler aux yeux de l'univers le bourreau de celui qu'au fond du cœur on est bien forcé d'admirer et de vénérer ; ne vouloir ou ne pouvoir ni abdiquer ni résister, quoi qu'on nous impose, est-ce un sort assez douloureux pour un roi? car, enfin, ce ne sont pas les phrases à effet que la révolution lui impose qui sauveront son âme devant Dieu, ni seulement sa mémoire devant les hommes. Les Roma intangibile, les andremo al fundo, ont plusieurs sens, et le plus naturel, comme le plus redoutable, est celui qui condamne ceux-là même qui ont prononcé ces paroles.
Le seul objet de notre colère, de notre haine profonde, c'est l'impiété révolutionnaire, c'est la révolution sans Dieu et sans patrie, capable de tous crimes. Nous voudrions que les Français comme les Italiens, les Anglais comme les Américains, les Allemands comme les Russes, comprissent partout combien elle les trompe, combien elle sème de ruines et de désolations dans les peuples, combien l'autorité est chose nécessaire et sacrée, combien peu il y a de vraie