‹ Le Pragmatisme Américain et AnglaisChapitre 19 sur 70 · LE PROS · texte numérisé non relu

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de notre intelligence qui ne trahisse quelque spontanéité naturelle. Mais comment ces expressions de notre activité peuvent-elles nous fournir une connaissance des choses ? C’est peut-être ici que se manifeste surtout l'originalité de James. Considérons, en particulier, le cas de la croyance. Si elle peut et doit intervenir dans tout ordre de savoir, c’est d’abord à titre de simple hypothèse, pour diriger en un sens défini nos actions croyance n'implique point exclusion du doute, comme le supposait encore Renouvier, mais simple fixation de notre conduite ou de nos recherches autour d’une idée jaillie dans notre esprit. La croyance ne reçoit pas d’emblée une valeur de connaissance ; elle acquiert cette valeur peu à peu, grâce aux confirmations que lui apporte le cours de l’expérience. Ainsi en est-il également des hypothèses scientifiques, et des principes mêmes. Tout paradoxe s’évanouit, parce que James a conçu la vie intellectuelle comme un développement véritable, et qu’il a résolument séparé la question d’origine et la question de valeur : l'initiative individuelle ne produit ni ne complète instantanément la connaissance, elle pose des façons originales d'agir ou de penser auxquelles la suite de l’expérience pourra, conférer une valeur de vérité. Ainsi la conception jamesienne des fonctions intellectuelles, dont dérive la théorie de la croyance, se rattache à une riche tradition d'analyses, la complète,-la synthétise, et parfois.la rectifie. En particulier, elle implique nettement cette notion de vérification expérimentale que le pur fidéisme bannirait. Est-ce à dire qué cette conception demeure entièrement pure d’équivoque ? Non, car il s’agit encore de savoir comment on caractérisera cette vérification même. Dans la période que nous avons envisagée jusqu'ici, James ne s’est pas spécialement attaché à élucider ce problème. Maïs il nous semble qu’il en a suggéré au passage jusqu’à trois solutions

assez distinctes, D’après sa définition de la connaissance conceptuelle, une idée se trouve vérifiée s1 elle nous conduit à une certaine perception. Considère-t-on la théorie darwinienne des principes ? Pour qu’une affirmation soit promue au rang de vérité, 1l suffit qu'elle subisse victorieusement l'épreuve du milieu. Suivonsnous enfin l’analyse du sentiment de rationalité ? Toute satisfaction apportée par la mise en pratique d’une croyance à l’une quelconque de nos tendances essentielles paraît bien devenir un élément de vérification. Sans doute ces trois solutions ne sont pas absolument hétérogènes. D’une part, elles impliquent toutes une conception à la fois téléologique et expérimentale de la pensée : ce sont variations sur un thème identique. D’autre part, James les a présentées À propos de catégories de vérités assez différentes les unes des autres : les nuances propres à chaque solution pourraient, à la rigueur, s’exphquer par là, chacune d’elles correspondant à un étage différent de l'esprit. Il n’en reste pas moins que ces différentes théories simultanées n’ont pas été expressément confrontées par James. Or, selon que l’une ou que l’autre d’entre elles aura été choisie pour centre, la nature de la vérification pourra être conçue d’une façon plus stricte. Après les Principes de Psychologie et la Volonté de croire, une assez grave indétermination subsiste encore de ce côté-là.

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