‹ Le Pragmatisme Américain et AnglaisChapitre 21 sur 70 · OI · texte numérisé non relu

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peut le produire. Du moins, il indiquera la direction où doit s'engager la philosophie de l’avenir. Le signe indicateur de cette voie, c’est le principe de ce qu’il appelle, pour la première fois, le pragmatisme ou la méthode pragmatique, principe qu’il a reçu de Peirce, sous la forme suivante : « Consider what effects, which might conceivably have practical bearings, we conceive the object of our conception to have : then, our conception of the effects is the whole of our conception of the object ». — « Considérez quels sont les effets pratiques que nous pensons pouvoir être produits par l’objet de notre conception : la conception de tous ces effets est la conception complète de l’objet ». — Quel est donc le sens profond, la portée surprenante, quels sont au juste les « effets pratiques » de cette maxime d'apparence si modeste ? Rappelons, d’abord, comment elle s’est présentée à l'esprit de Peirce (1). .

L'auteur du mot pragmatism et de la formule popularisée par James était, beaucoup plus complètement encore et plus exclusivement que ce dernier, un savant. Né en 1839, à Cambridge, Charles Santiago Sanders Peirce avait pour père Benjamin Peirce, l’un des plus grands mathématiciens d'Amérique (2) et l’un des premiers qui aient conçu la fusion-des Mathématiques avec la Logique (3). Le fils lui-même compta parmi les prin-

(x) Illustrations of the logic of science, in Popular Stience Monthly, nov. 1877 et janvier 1878; en français dans la Revug Philosophique, 1878, t. II, et 1870, t..I.

(2)- Ainsi le jugent J. Rovce et F. Kernan, dans leur article sur Ch. S. Peirce, cf. Journal of Ph., t. XIII, n° 26, p. 701.

(3) Cf. Couturat, Les Principes des Mathématiques, p. 214-215.

ns O2 de

cipaux imtiateurs de la logistique contemporaine (1). D'autre part, il avait, comme‘il se plaisait à le dire, « habité un laboratoire depuis l’âge de six ans » (2; ;1l ne tarda pas À faire d'importantes recherches expérimentales, principalement en matière de photométrie et de géodésie (3). Mais ce fertile esprit ne se borna pas à pratiquer la méthode scientifique en la perfectionnant : il voulut encore en démêler la logique. Il avait eu, d’ailleurs, la curiosité d'étudier de près les grands phiivsophes : en particulier, il lut et médita de bonne heure Spinoza, Kant, et surtout Berkeley (4). Ainsi en arrivat-il à dégager un principe qui lui parut conforme à la fois à la méthode suivie par ce dernier et à celle du laboratoire : « sorte d’évangile logique », suivant sa propre expression, qu'il prêcha,' dès 1871, sous le nom de Pragmatism devant un club métaphysique (5) et qu’il exposa, sans employer ce terme, dans les fameux articles,de 1878. . |

Il s’agit essentiellement pour Peirce de formuler un procédé nous permettant de « rendre nos idées claires » (6). La logique traditionnelle ne nous fournit à

(1) C’est le principal fondateur du calcul des relations : v. ib.,

p. 27, et surtout l’article de Schrôder, On Pasigraphy (ap. Monist, octobre 1898, t. X, n° 1, p. 44-62).

(2) Monist, 1005, p. 162. Cf. le témoignage de Rovce et Kernan, JON ENTER ILE n°265 D70r.

(3) L'on trouvera la liste de tous les travaux scientifiques de Peirce donnée par Morris R. Cohen, ib., p. 734-737.

(4) D’après ses propres déclarations : art. Pragmatism, dans Baldwin’s Dictionary, vol: Il; Momist, avril 1905, p. 162; Hibb. Journal, 1908, t. VII, p. 108-109, cf aussi sa Critical notice sur l'édition des œuvres de Berkeley par Fraser : North Ametican Review, 1871, V. 113, P. 449-472 : ony trouvera des considérations très intéressantes à la fois sur les origines médiévales et sur les répercussions de la philosophie berkeleyenne.

(5) Hibb. Journal, vol. VII, p. 100. Cf. aussi, pour plus de détails, la lettre à Mrs. Franklin, publiée par celle-ci ap. Jouwrn. of PRE EEE DAT;

(6) How to make our ideas clear : c’est 18 titre même du second et célèbre article, que nous résumons dans ée qui suit.

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