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nous a semblé plus honnête que la méthode, plus « natu-
relle » pourtant, qui eût consisté à étudier tour à tour :
jusqu’au bout chacun de nos penseurs : comment celle-ci eût-elle pu nous montrer James subissant, après 1903, l'influence de ses propres disciples ?
Cependant l’histoire la plus fidèle du mouvement pragmatiste nous semblerait bien vaine si elle ne nous
préparait à apprécier la valeur de ce mouvement. Nous
n’avons donc pas cherché seulement à le connaître, mais, à le juger. À vrai dire, ces deux tâches ne nous paraissent pas absolument séparées. L'on ne peut approfondir une théorie philosophique sans examiner, par exemple, si elle présente bien la cohérence et la précision que l’on est en droit d'attendre d’elle. L/exposé conduit donc souvent de lui-même à une sorte de critique interne, comme on l’apercevra en plusieurs chapitres de ce livre. Mais un examen d'ensemble plus complet et plus systématique restait nécessaire : on le trouvera esquissé dans notre troisième partie.
Nous tenons à ajouter que nous avons le sentiment le ‘plus vif du caractère imparfait, et même, à certains égards, incomplet de notre ouvrage. Tout d’abord, il a fallu fixer un terme à notre mouvante matière nous ne pouvions mener indéfiniment de front le travail de documentation et le travail d’élaboration. Nous avons choisi l’année 1911, où fut publié le dernier ouvrage inédit de James, comme la limite de la période que nous avons le plus complètement explorée. Bien entendu, nous ne nous sommes pas fäit faute de recourir aux écrits publiés plus récemment ; seulement nous ne nous sommes pas imposé l’obligation d’en entreprendre une étude intégrale.
Cette lacune nettement définie est encore la moins pénible à accepter. Dans tout le cours de notre travail,
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il nous a fallu élaguer des matériaux, et souvent les parties sacrifiées ne nous semblaient pas les moins dignes d'intérêt. Mais la loi de la sélection s'impose à tout ce qui veut garder l’unité d’un être vivant, et les choix humains s’accompagnent normalement d’incertitude. Pour caractériser en peu de mots celui que nous avons fait, nous dirons que nous avons volontairement restreint notre champ d’exploration plutôt que de le travailler en surface.
Nous devons encore mettre en garde contre le sentiment peut-être trop défavorable au pragmatisme que notre discussion pourrait laisser dans l’esprit du lecteur. Nous y avons examiné les thèses nouvelles relatives à la-vérité, ete" était justice, puisque la plupart de nos auteurs les avaient mises au premier plan. Mais l’esprit même du pragmatisme est sans doute supérieur à ces thèses dans lesquelles les plus célèbres de ses défenseurs l’ont momentanément enfermé.
Nous ne voulons pas terminer cette préface sans exprimer nôtre reconnaissance envers les maîtres qui ont bien voulu s'intéresser à notre travail et nous éclairer de leurs conseils. Nous nous faisons:un plaisir de remercier tout particulièrement à cet égard M. André Lalande, et ce nous est une grande peine qu’'Emile Boutroux et Victor Delbos ne soient plus là pour recevoir le témoignage publie d’une égale gratitude. Nous devons beaucoup également à l’obligeahce extrême de M. F. C. S. Schiller, dont les entretiens, les lettres et les livres nous ont fourni des renseignements précieux. Enfin, nous saluons ici avec tristesse la mémoire d’un jeune philosophe arraché prématurément, il y a près de huit ans, à ses amis et à ses admirateurs : le charmant Mario Calderoni, en qui le pragmatisme a perdu son logicien le plus lumineux.
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N.B.— Ilest certains ouvrages récents dont nous ne pouvions tenir compte, sous peine d’avoir à refondre notre travail et d’en retarder la publication à l’excès. Telles les Lettres de W. James. Telle encore, l’intéressante étude de M. Jean Wahl sur Les philosophies pluralistes d'Angleterre et d'Amérique (Alcan, 1920). Tel enfin, le livre curieux de M. Sorel sur l'Utilité du Pragmalisme.