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porte donc de considérer tout d’abord les doctrines, et . DEN , . À à e particulièrement les théories de la connaissance qui ont, à partir de 1870 environ, occupé la scène philosophique en Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis. Des influences intellectuelles assez analogues se sont mani-
festées dans l’un et l’autre pays pour que l’on puisse, du développement pris par la pensée anglo-américaine à cette époque, tenter une esquisse unique (1).
(1) À y regarder de près, l’on discernerait cependant des nuances assez différentes. Nous avons indiqué nous-même les conditions particulières à l'Amérique dans un article sur le Développement de la Pensée philosophique aux Etats-Unis, publié dans la Revue de Synthèse Historique (1919, t XXIX).
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La vieille école empirique est d’abord florissante. John Stuart Mill vient de donner aux tendances caractéristiques de cette philosophie nationale leur expression la plus systématique (1). Ces tendances, d’ailleurs, sont depuis longtemps bien claires, et il nous suffira de les rappeler ici brièvement.
C’est un mérite de cette école d’avoir mis le problème de la connaissance au premier plan. Locke et Hume, sur ce point, sont des précurseurs avérés de Kant. Mais leur méthode ne ressemble pas à celle que prétend employer l’auteur des trois Critiques : très expressément,
les empiristes font appel à l'observation de la cons-
cience. Locke déjà recommande et pratique cette « méthode franchement hystorique » qui consiste À étudier nos connaissances dans l’ordre de leur développement
concret. Berkeley, quand il nous ramène des mots à:
l'observation des « idées », Hume, quand il nous recommande de remonter jusqu'à nos « impressions », suivent une méthode substantiellement identique à celle de l’Essai sur l’'Entendement humain. Bentham et J. S. Mill font en morale une application remarquable de la même méthode. En somme, pour les empiristes, la philosophie elle-même, dans la mesure où elle existe, est une science portant sur des faits, particulièrement sur ceux que nous révèle l'observation du -développement mental : la philosophie ‘est essentiellement psychologique.
Mais cette psychologie, en observant, prétend aussi expliquer ; et, chez la plupart des empiristes, on rencontre le même genre d'explication. Expliquer une réa-
(1) Son Æxanunation of sir William Hamailton's Philosophy parut en 1865. Le System of Logic, publié pour la première fois en 1843, atteignait, en 1875, sa 9° édition.
lité, c’est la décomposer en ses éléments simples. La psychologie doit opérer sur l’esprit une analyse analogue à celle que la physique opère sur la nature. Ce que l’on trouve dans l'esprit, c’est une multitude « d'idées ». Or ces idées, telles que l’observation nous les présente, ne sont point autant d’entités irréductibles et mystérieuses. Nous les voyons se former par degrés. La notion d’une genèse de toutes nos connaissances est présente à la pensée de tous les empiristes. Mais, en outre, ils tendent presque toujours à concevoir
cette genèse comme une combinaison plus ou moins mé-
canique d’éléments simples. L'esprit reçoit passivement, au cours de son expérience, ces représentations élémentaires que sont les sensations ; et, par le jeu de certains rapports naturels qui unissent ces représentations, tout l’édifice de nos connaissances s’élève peu à peu. La philosophie de Locke, et surtout celle de Hume, conduisent à cette psychologie associationniste qui s’affirme clairement chez les deux Mill ou chez Bain, et transporte au domaine de l’esprit un, type d'explication plus ou moins emprunté à la physique de Newton. Les éléments supérieurs de la pensée ne sont qu’une certaine résultante des éléments simples, composés entre eux d’une certaine façon, et régis par certaines lois naturelles. Le concept (si encore il existe) ne diffère point essentiellement de la sensation, ni le jugement ou le raisonnement de l’association spontanée des idées, ni les vérités rationnelles des affirmations empiriques, ni d’ailleurs les sentiments moraux de la recherche ins-
. tinctive du plaisir. L'esprit n’est que le théâtre où des
sensations apparaissent, se conservent et se combinent.
Cette psychologie réduisant, autant qu’il est possible, l’activité originale de l’esprit se trouvait acceptée également par le philosophe qui venait de renouveler et d'élargir considérablement l’empirisme en le pénétrant