CHAPITRE XV
Le critère pragmatique de la vérification
Tous les pragmatistes semblent bien être d’accord pour soutenir que la vérité d’une assertion est établie par'la valeur de ses conséquences pratiques. C’est la thèse que nous allons avoir à examiner. Mais elle peut être prise, on l’a déjà vu, en des sens assez différents, qu’il nous faut à présent classer.
L'on peut d’abord interpréter d’une façon étroite le caractère pratique des conséquences et ramener la vérité à l’utilité strictement biologique : seraient seules tenues pour vraies les idées qui entraînent des changements favorables aux besoins de notre organisme. Conception parfaitement nette, mais barbare; de ce point de vue, combien de connaissances faudra-t-il condamner? Les spéculations d'ordre métaphysique ne seront pas seules excommuniées par cette log‘que rudimentaire. Quelle place, par exemple, pourrait-on faire à l’histoire ? Il faudra enfin refuser aux propositions mathématiques elles-mêmes toute vérité, tant qu’elles n’auront pas conduit à quelque application d'ordre industriel. Rien de
plus contraire aux croyances "éprouvées de l'humanité pensante; rien de plus manifestement arbitraire.
S'il fallait l'entendre ainsi, le pragmatisme ne serait vraiment que la protestation de l’animal humain contre les inquiétudes de l'esprit. Mais peut-on attribuer à ses défenseurs une conception aussi grossière? Ce qui est incontestable, c’est qu’ils ont tous expressément soutenu une théorie biologique de la connaissance (1). Certains d’entre eux n’ont même pas hésité à affirmer la dépendance de notre pensée à l'égard de notre organisme (2). Mais ils n'en ont pas moins tous répudié l'interprétation étroitement matérialiste du critérium utilitaire. Nous avons vu James reconnaître l’existence même d’une « curiosité théorique ». Ses disciples maïutiennent sans doute plus strictement la thèse du lien de la pensée à la pratique. Mais l’on se rappelle combien large est l’acception que M. Schiller donne à ce dernier terme. Ne s'est-il pas fait railler du reste par l’un des néo-réalistes américains pour avoir posé le problème de la valeur de la vie et méconnu l’ « invincible indifférence de l’homme normal » qui ne permet pas à la métaphysique de venir « aigrir notre soupe du matin et para-
(1) Ainsi Schiller écrit : « Pragimatisim... is quite specifically the philosophie corollary of Darwinism » (Mind, 1913, p. 281). Cf. le titre même du recueil de Dewey : The Influence of Darwinism upon philosophy. Ce point de vue biologique est encore plus fortement marqué dans l’article de Simmel Ueber eine Beziehung der Selectionslehre zur Erkenntnistheorie (Arch. für syst. Ph., 1895).
(2) Ainsi Schiller est allé jusqu’à écrire : « There is not the slightest antecedent reason for supposing that it [se. the mind] functions satisfactorily except with reférence to the practical needs of the organism « (C. r. de Wäüll to Believe, Mind, 1807). Cf. encore Persanal Idealism, p. 85 : « The brain which has become an instrument of intellectual contemplation must be regarded as the subtlest, latest and most potent organ for effecting adaptations to the needs of life ». Et Dewey : « The a priori element in human experience is activities made possible by means of established connections of neurones 5. (Creative Intelligence, po 19).
lyser les nerfs qui nous, donnent du bon temps? (1) » Quant à M. Dewey, il faut avouer qu’il tend davantage à restreindre le champ de la spéculation, mais sa confiance exaltée dans le pouvoir de l’intelligence s’expliquerait mal s’il n’attendait de cette force que des bénéfices d'ordre matériel. Ainsi, nul pragmatiste n’a voulu ramener la valeur vérificatrice à des satisfactions d'ordre inférieur. Le caractère biologique de la théorie aurait-il dû entraîner la conséquence ainsi repoussée? Nullement, car lorsqu'ils parlent de la vie — et bien qu'ils n'aient pas suffisamment éclairci cette notion, — nos auteurs n’ont manifestement en vue ni une force purement individuelle ni une simple puissance de conservation. M. Schiller voit la cause du processus évolutif dans la recherche d’une forme supérieure d’existence (2). M. Dewey adopte sans doute un langage plus proche du naturalisme et se plaît à considérer la pensée comme un instrument d'adaptation. Mais le milieu auquel l’homme doit s'adapter d’après lui, c’est un milieu social, en voie de changement, laissant place à la nouveauté et à l’action d’un idéal (3). Ainsi, nulle raison ne subsiste d’interpréter dans un sens étroit la valeur pratique des conséquences.
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On peut interpréter avec beaucoup plus de vraisemblance le critérium pragmatiste en un sens très large.
(1) Compte rendu dés Riddles of the Sphinx, par W. B. Pitkin, Journë&l of: Philosophy, vol. VIII, n° 11 (25 maï TOTr).
(2) Humanism, ch. VIII, p. 143. Cf. encore la facon dont J. E, Miller caractérise le « poînt de vue biologique » : « Jäfe is ñoôt thought of as reduced to its lowest physical terms, but as inclusive of everything that makes life worth Hving ». (The Psychology Ôf Thinking, p. VI).
(3) V. son article Evolution and Ethics (Monist, VOLANT IAE, avril 1808).
La thèse consisterait à soutenir que toute satisfaction issue d’une idée constitue une marque de sa vérité. C’est bien la pensée que l’on attribue le plus communément au pragmatisme, surtout en France. Or, l’on a vu que cette interprétation paraît justifiée par l'attitude ordinaire de M. Schillér, et par certains passages de James (1). Elle vant la peine d’être examinée sérieusement. |
Il n’est pas. niable qu’il ne soit généralement utile de posséder des idées vraies. Maïs cette remarque ne saurait conduire loin, tant que-l’on n’a pas montré dans cette utilité un caractère uuiversel et distinctif de ces idées-là; tout au moins il faudrait avoir établi que, parmi les idées relatives à un même objet, la vraie l’emporte toujours sur toutes les autres quant à la somme dès effets avantageux. Comment peut-on essayer de prouver une pareille proposition? Simplement, nous semble-t-il, en invoquant le témoignage des opinions les plus communément reçues : en gros, l’on peut dire qu'une ‘dée a chance d’être admise et conservée par la majorité des hommes dans la mesure même où elle leur promet ou leur apporte une satisfaction de leurs désirs fondamentaux. L'utilité d’une croyance est sans doute son meilleur gage de durée et d'expansion. Estelle, ipso facto, marque de sa vérité? Nombre d’arguments pragmatistes paraissent impliquer cette conclusion. Maïs elle ne serait légitime que s1 la recherche du vrai ne se distinguait par aucun caractère de l’ensemble des mobiles qui conduisent les hommes à affirmer: Or, en apparence, une pareille distinction existe, et peut aller jusqu’au contraste. Ne parle-t-on pas d'illusions
(1) Voir supra, D. 203-204, 220, 238.
bienfaisantes et de « mensonges vitaux (1) », ainsi que de vérités malencontreuses? Il ne s’agit pas seulement de l'intérêt qu’un individu ou un groupe peut trouver à maintenir chez d’autres une croyance dont lui-même connaît la fausseté. C'est À l’intérieur d’une même conscience que le vrai et l’utile peuvent entrer,en conflit. En révélant leur état à certains malades, on risque de l’aggraver; en découvrant à tel individu l’indignité d’un être qu’il chérissait, il se peut qu’on lui rende l'existence odieuse. Faut-il rappeler ces cas tragiques où le désir de la vérité ne triomphe en nous qu’au prix de cruels sacrifices? Il est arrivé plus d’une fois qu’un homme ait d’abord dirigé sa vie suivant une certaine croyance, puis que l'étude ou la réflexion lui ait découvert la fragilité des affirmations sur quoi sa conduite s’appuvait, et qu'enfin l’amour de la vérité ait douloureusement arraché de son âme cette foi où elle tenait par tant de liens. Il se peut même qu'après une de ces crises intérieures le désillusionné ne retrouve plus l’équilibre moral d'antan ou la flamme qui animait sa vie. . La perception d’une vérité aurait pu occasionner en lui uon seulement une souffrance, mais une diminution même. Niera-t-on de pareilles crises? Ou les interprétera-t-on de manière à jeter un discrédit sur les chercheurs sincères, au profit des ouailles serviles? C’est la manœuvre que certains esprits soupçonnent le pragmatisme de favoriser. En affirmant que l'utilité est le critère du vrai, ne cherche-t-on pas à maintenir descroyances qui ne résisteraient pas à l’examen logique ou historique, mais dont on ne veut pas perdre le bénéfice moral, affectif ou social?
: À vrai dire, il n’existe point de raison sérieuse d’at-
(1) Miss Vernon Lee a consacré à ce sujet un intéressant livre, qui vient d’être traduit en français.
tribuer à qui que ce soit des pragmatistes un pareil machiavélisme. Ils ont tous le goût des faits, et nul d’entre eux ne fait bon marché de la cohérence : M. Bradley n'a-t-il pas reproché à James de pousser trop loin la répugnance à se contredire (r)? et n’est-ce pas, en effet, une telle répugnance qui a conduit M. Schiller et son maître à éliminer de leur philosophie religieuse les notions traditionnelles d’infini et d’absolu? Mais
‘ une conséquence peut dériver logiquement d’une doc-
trine sans avoir été recherchée par ses promoteurs. Si la vérité se reconnaît à l’utilité en général, comment condamner l’individu, indifférent aux scrupules d'ordre intellectuel, qui choisirait simplement les opinions les plus conformes à ses habitudes de pensée ou à ses passions ? N’aurait-1l pas le droit, invoquant le critère pragmatiste, de proclamer vraies ces idées qui le satis-' font? —- Soit, répondraient sans doute James et M. Schiller; mais ce serait une vérité d'ordre inférieur, parce qu’elle dériverait d’une satisfaction très limitée. Une vérité pleinement digne de ce nom se reconnaît à une utilité durable et collective. Or, une utilité de ce genre ne saurait appartenir aux opinions qui se moquent de l’expérience et de la logique. Comment une idée pourrait-elle longtemps nous satisfaire si elle se heurte soit aux faits, soit au système des vérités acquises? Ainsi le critérium utilitaire, pleinement com pris, enveloppe ces exigences d’ordre proprement intellectuel, qu’on l’accuse à tort de négliger.
Il les enveloppe, soit ! mais il les déborde. L'on se rappelle l'apologie que James avait présentée de bonne heure en faveur des setisfactions ‘d'ordre sentimental ou d'ordre éthique. De pareilles satisfactions semblent bien garder rang de conséquences vérificatrices, au
(x) V. Mind, 1907, p. 178; 1908, p. 230.
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moins dans la conception de M. Schiller. N'est-ce pas dire qu’en l'absence d’incohérence et d’inexactitude formelle, mais en l’absence aussi de toute preuve positive, une affirmation recevra, par exemple, de sa seule bienfaisance morale une estampille de vérité? Aussi entendrons-nous un adepte du pragmatisme le célébrer en ces termes :'°« I//existence de Dieu, la Providence, l’immortalité s’y démontrent par leurs heureux effets sur la vie terrestre, et la démonstration a l’avantage d’être facile, compréhensible à quiconque possède les rudiments de l’histoire ». Et l’auteur de nous expliquer naïvement comment l’affirmation d’un châtiment réservé aux méchants dans une autre vie, déterminant une conduite meilleure que l'affirmation opposée, est, par là même, prouvée vraie (1). Etrange démonstration, mais, 1l faut l’avouer, bien conforme au critérium utilitaire !
Ne voit-on pas aisément l'insuffisance de ce critérium, et l’équivoque dont il tire parti? Sans doute, non seulement les avantages moraux d’une croyance peuvent contribuer, en fait, à la maintenir, mais encore, en droit, l’on est libre d'adopter une croyance parce que l’on en espère de pareils avantages. Cela est légitime, tant qu’il s’agit d’une foi non contraire aux exigences de la raison, et, d’autre part, d’une adhésion purement pratique. En pareil cas, je choisis de me conduire comme si cette croyance était vraie, mais cela ne me donne point le droit d’en affirmer catégoriquement la
(1) rticle de Dessoulavy, dans la Revue de Philosophie, 1° juillet 1905. Il est à noter que ce critère vague prête aux applications les plus variées. Ainsi H. Sturt s’en servira pour établir que Dieu change (The Idea of a free Church, ch. IV, 8 6), que sa bienveillance pour l’homine est Hiimitée (ib., $ 10. « It is not salutary to believe that God is infinitely benevolent to man », p. 117). Ft il trace tout un programme de religion nouvelle, suivant lui mieux adaptée aux besoins de notre temps que le christianisme.
vérité. Supposons maintenant que la croyance, à l’épreuve, se soit révélée en effet bienfaisante. Elle aura manifesté, à coup sûr, sa valeur comme règle de vie. A-t-on le droit d’en conclure qu’elle soit vraie? Si l’on entend par là qu’elle répond certainement à une réalité en dehors de notre propre vie présente, cette conclusion paraît insuffisamment justifiée, [efficacité morale d’une foi religieuse peut s'expliquer autrement que par l’existence d’un objet correspondant. La chose est bien claire pour les sanctions de la vie future : le fait de croire à leur existence peut nous incliner vers un certain type de conduite; mais, pour que cet effet se produise, il n’est nullement nécessaire que cette croyance doive être un jour vérifiée. De même, il est tout naturel que la foi en un Dieu conçu comme une Puissance d'ordre éthique stimule notre volonté du bien; mais l'existence de cette réalité ne semble pas être la seule hypothèse qui permette d'expliquer les effets toniques de cette croyance. Ainsi, le critérium utilitaire nous apparaît beaucoup trop large. Si l’on peut dire que la vérité d’une idée se reconnaît à son utilité ou à la valeur de ses conséquences, 1l ne s’agit pas d’une utilité quelconque et de n'importe quelle sorte de valeur; l’utilité vérificatrice est une certaine espèce d'utilité, distincte de toute autre. Le pragmatisme se ramène à un paradoxe insoutenable s’il méconnaît, au lieu de le définir, le caractère spécifique de la « satisfaction » probante.
À vrai dire, il n'est aucun pragmatiste qui n’ait reconnu par moments cette spécificité. Nous avons entendu M. Schiller lui-même parler de valeur « logique » et d'utilité « cognitive ». Seulement, tant que ces épithètes ne sont point définies, le pragmatisme paraît se dérober à sa tâche, et pécher en imprécision plus gravement peut-être que les théories traditionnelles auxquelles il entend se substituer. Mais nous
avons trouvé chez James et chez M. Dewey un effort pour caractériser en termes pragmatiques la connaissance elle-même. Examinons donc les critères de vérification que l’on peut extraire de leurs œuvres...
L'on se rappelle que James a fréquemment mis en relief, dans son analyse de la connaissance conceptuelle, un caractère beaucoup plus précis que celui d’une utilité quelconque. Pour que nous accordions à uné idée un caractère de vérité, il faut, d’après lui, qu’elle nous ait conduits à une expérience que nous tenions pour l’expression immédiate ou toute proche de quelque réalité. Sans doute, cette conduite doit être elle-même accompagnée de satisfactions ; mais le sens de cette dernière notion semble heureusement restreint grâce à l'introduction de la première.
Toutefois, que faut-il entendre au juste par ce leading? James nous décrit sous ce terme une suite de pensées et d’actions que l’idée considérée suscite naturellement et qui aboutissent à l’expérience d’un objet. Mais quel lien unit cette chaîne d’effets au.terme initial ? C’est ce qu’il n’explique pas très nettement. A vrai dire, ce lien paraît souvent imaginé sous la forme la plus lâche. Nous avons vu James insister sur le caractère extrinsèque de la relation cognitive (x) : certains phénomènes subséquents viennent conférer, après coup, à l’idée une fonction de connaissance qu’elle ne possédait absolument pas à l’origine, n'étant alors qu'un morceau d'expérience quelconque et sans épaisseur (2). Cependant, quand James s'exprime de la sorte,
(1) V., en particulier, Meaning of Truth, p. 104, 46, (2) 1b., 107 : « a flat piece of substantive experience like any other »,
il paraît oublier lui-même tout un aspect de sa pensée, et des exigences du sujet. Car enfin, pour que l’on soit en droit d'attribuer à l’idée le pouvoir de conduire, 1l faut bien qu’elle exerce elle-même une certaine influence sur ces suites d’effets qui la rendent vraie rétroactivement. De fait, pour remplir ce rôle, celles-ci doivent répondre, d’après James, à ce qu’il nomme la direction propre à l’idée; et l’on se rappelle qu’il enterid par là une certaine tendance à se compléter dont nous avons, dans la frange du oenn le sentiment obscur (1). Mais pourquoi donc s’en tenir à cette caractéristique ‘encore assez vague? Pourquoi invoquer ici seulement des impulsions à peine conscientes? Ne sommesnous pas capables de conférer à nos idées une signifiation réfléchie? Et n’est-ce pas seulement par rapport un pareil sens que les conséquences d’un concept peuvent avoir une pleine valeur vérificatrice? James aurait pu sans contradiction développer sa thèse dans ce sens-là (2). Il ne l’a pas fait, et c’est peut-être parce qu'il a trop complètement réduit le problème de la connaissance à celui de la vérité (3). [1 s’est appliqué à décrire le processus de la vérification achevée ;.1l a singulièrement négligé, dans ses dernières œuvres, de caractériser la nature de l’activité cognitive à l’état naissant. En d’autres termes, il a presque complètement laissé dans l'ombre ce claim to truth que M. Schiller, sans l’analyser assez, avait désigné du moins d’une
(x) Voir Supra, p. 40 et st.
(2) Noter la tentative intéressante dé Evander Bradley Mc Gilvary, pour tirer de la psychologie jamesienne une conception différente de la vérité : The fringe of W. James’s psychology the basis of logic (Philosophical Review, mars 1011).
(3) Nous sommes d’accord sur ce point avec Ethel Ernestine Sabin (Wäilliam James and Pragmatisim, p. 0), dont la thèse contient par ailleurs certaines sévérités injustes.
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expression heureuse. ]1 a établi une séparation artificielle entre le sens originel de l’idée et les conséquences vérificatrices, au point d'admettre qu’il n’existe aucun rapport nécessaire entre ces dernières et l’objet de la croyance. corespondante (1). Dès lors, il ne lui restait nul principe défini pour discerner, parmi les avantages multiples qu’une idée peut procurer à son possesseur, ceux qui méritent réellement le titre de critère. La notion du leading, qui semble quelquefois seulement juxtaposée à celle des effets satisfaisants, demeure trop vague chez James pour remédier vraiment à la fâcheuse indétermination du critérium utilitaire.
Le remède semblait pourtant facile à trouver, et la ‘ thèse si fortement énoncée naguère par James lui-même sur le caractère téléologique de la pensée pouvait en fournir les éléments. Ne suffisait-il pas de se rappeler que ce caractère devait qual‘fier la pensée à son origine non moins qu'à son terme, et de marquer, par suite, l’existence d’un certain rapport entre la nature des conséquences vérificatrices et celle du dessein qui avait engendré l’idée mise à l’épreuve? James lui-même n’a pas complètement ignoré ce rapport; quelques passages de ses derniers articles en font foi (2); mais, d’ordinaire, il paraît l’oublier. Il n’en va pas de même de ses disciples. M. Schiller a insisté plus que personne sur la finalité immanente à toute pensée, et souvent il met au premier plan des satisfactions probantes celle
(x) Meaning of Tr., ch. XIV, bp. 273, 250-280,
(2) Ainsi, il lui arrive de parler de « fulfilled intention » (1b., p. 105; il est vrai qu’il la ramène encore à Ia tendance : v. p. 172). Il signale même une fois la relation de 1a satisfaction au purpose Gbép: 240. CF ENCOrE, pi
qui se rapporte au dessein initiateur de la recherche. Mais il n’écarte pas les autres sortes de satisfactions; et nous avons vainement cherché dans son œuvre des explications sur la nature du dessein cognitif (1). Seule, l’école de Chicago a franchement adopté le thème d’une connexion étroite entre l’origine et les eme de toute pensée, et mis en plein relief le caractère à la fois actif et réfléchi de la fonction cognitive. Elle n’a cessé de caractériser l’idée comme un plan ou un programme d'action déterminé. Dès lors, séules pourront avoir valeur de critère les effets de l’idée qui répondront à ce programme : l’idée est vraie si elle réussit à accomplir la transformation demandée ; tous les autres avantages que nous pourrions tirer d’elle ne comptent ici pour rien. Grâce à l'effort qu'ont fait ces logiciens pour rattacher le problème de la valeur au problème de lPorigine, ils semblent avoir exclu de leur critère la considération des utilités extrinsèques.
Mais cette description est-elle suffisamment spécifique? Son trait le plus saillant, c’est de présenter le processus intellectuel comme la forme prise par notre activité en présence d’un conflit, comme un effort pour passer d’une « situation » troublée à une « situation » harmonieuse. Par là, sans doute, la pensée se trouve settement distinguée des formes automatiques de l’expérience. Mais l’est-elle des autres variétés de l’effort mental, ou, pour employer le terme cher aux instrumentalistes, de l'attention? Les caractères mis en relief s’appliquent-ils seulement à l'effort du savant qui découvre une vérité, ou ne conviendraient-ils pas tout
(x) Il a d’ailleurs expressément déclaré : « The origin proper of truth is not strictly a scientific question : Ït is conceivable as an « accidental variation ». (Mind, 1908, p. 38 n.). Comme exemple de flottement entre l'appel à une satisfaction déterminée et l’appel à une satisfaction quelconque, voit St. in H., p. 5:
aussi bien à celui de l'artiste qui parvient à donner forme à son rêve, ou surtout à celui de l’homme qui, après une lutte intérieure, atteint par une victoire de sa volonté un état de paix morale ? Lui aussi, cet effort implique crise, trouble momentané de l’activité, choix d’un certain programme de conduite, transformations inspirées de ce plan, établissement d'un nouvel équilibre. Cependant, la pensée commune distingue l'effort moral de l’effort intellectuel. V aurait-il donc lieu de repousser cette distinction? :
Le problème se pose d’autant plus impérieusement que M. Dewey s’est attaché lui-même par ailleurs à caractériser « la situation morale ». Or, quand il en veut dégager le trait spécifique, il nous dépeint un conflit senti entre des fins incompatibles, aboutissant à un jugement sur la valeur prépondérante de l’une d’entre elles, et à une option en sa faveur (1). L'expérience cogmtive se distingue-t-elle essentiellement de celle-là? Elle s’en distinguerait, si, par exemple, M. Dewey la caractérisait comme portant exclusivement sur les moyens ou sur les conditions de notre action. Maïs c’est ce qu’il paraît le plus souvent répu-
gner à faire : son pragmatisme ramène tout jugement
au type du jugement pratique (2); et ce dernier porte à la fois, d’après lui, sur les fins et sur les moyens (3). N'est-ce pas dire qu'il se refuse à établir parmi les modes de l’activité réfléchie les distinctions qui perméttraient de caractériser vraiment la variété cognitive? Cependant M. Dewey donne aussi parfois des indications qui pourraient conduire à cette détermination spécifique. Tes matériaux propres sur lesquels opère
(x) Ethics, p. 207-210; cf. p5 307.
(2) Essays in Experimental Logic, p. 347; Cf. p. 387, 380. (3) Kb., p. 340.
la pensée, c’est ce qu'il appelle tantôt meanings et tatitôt inferences. Reste à savoir comment il caractérise ces éléments eux-mêmes. Or, le plus souvent, son analyse demeure ici encore trop vague : le meaning ést « un contenu idéal » qui tend à se réaliser (1), l’ihférence, une sorte de réaction à l'égard d’une chose absente (2). Comment M. Dewey ne sent-il pas l’ambiguité de pareilles expressions? [effort pour réaliser un idéal ne s’identirie pas à çelru par léquel on vérifie une idée : les deux cas impliquent, sans doute, une transformation active du. réel; mais cette transformation est recherchée, dans le premier cas, comme désirable pour elle-même; dans le second, elle n’est prise que comme un moyen pour apprécier la valeur de l’idée. De même, il est certain que c’est une prérogative de l’homime de réagir à l’égard des objets absents. Mais, dans l’attitude complexe qu'il prend en pareil cas, 1l est nécessaire de démêler deux éléments fort différents : lès sentiments ou les tendances qui le portent à désirer un certain résuitat, et ses opinions relatives aux conditions dans lesquelles ce résultat pourra être obtenu. Seul, ce second élément porte en lui les caractères propres à l’activité cognitive. Or, il arrive à M. Dewey d'indiquer au passage ces caractères, de signaler, par exemple, la part d'anticipation incluse dans tout concept (3), ou d'observer que l’idée porte sur la possibilité d’un certain changement (4), Mais ce sont là des
(x) The Influence of Darwin, p. 80.
(2) Essays in Exp: Logic, p. 422-3, (3) 10., p. 200. How we think, D. 128 (cf. p. 15). Reconstruction
in Philosophy, p. 143.
(4) The Infl., p. 135. Cf. E. in E. L:, p. 4o1. De même, on trouverait un effort pour distinguer (tout en les rapprochant) le « jugement intellectuel » et le « jugement moral » dans Logical conditions of a scientific treatment of morality (Decennial Publications
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| en ne ; indications fugitives, et qui demeurent à l’arrièreplan (1). 11 semble que M. Dewev tienne-si fort à mar-
quer le caractère efficace de l’intelligence qu’il veuille
attribuér à cette seule force tous les progrès réels de l’homme. Cependant l’on se condamne à une inextricable confusion tant que l’on répugne à reconnaître ouvertement que l’effort humain a plusieurs formes et à marquer les caractères propres qui distinguent l’effort vers la connaissance ainsi que le succès de cet effort.
Il n’était pourtant pas difficile d’aiguiller l’analyse pragmatiste vers une énonciation formelle de ces caractères. La maxime même de Peirce suggère tout naturellement un critérium très simple de la vérité. Si toute idée doit se définir par la prédiction de certains changements déterminés, il semble naturel de conclure qu’une idée est vérifiée dans la mesure exacte où la prédiction qu’elle implique se trouve réalisée. Le critérium de la vérité, ce doit donc être la confirmation expérimentale d’une prévision. Il y a là le principe d’une thèse fort nette, qu'aucun des pragmatistes anglais ou américains n’a formulée résolument, bien que certains d’entre eux paraissent souvent tout près de l’adopter. Peirce lui-même a négligé de la dégager faute d’avoir envisagé directement la question du critérium. James ne semble pas avoir aperçu cette consé-
of the University of Chicago, 1'° série, vol: I), en partic., p. 14, 10, 23. :
(1) Denton I, Gexer nous paraît donc ajouter aux vues de Dewey un éclaircissement qui leur manque quand il résume sa théorie en disant : « Truth, then, is simply a matter of confirmation of prediction or of fulfilment of expectation ». (The Pragimatic Theory of Truth, p. 38).
quence logique d’une méthode qu’il prône si fort et qui lui aurait permis d’y rattacher beaucoup plus étroitement une théorie de la vérité pure de toute équivoque. M. Schiller signale bien par moments l’élément anticipateur de la connaissance (1), mais il ne le place pas résolument au premier plan. M. Dewey l’y place, si lon veut, mais sous une forme encore trop confuse. M. Boodin se rapproche peut-être plus que tout autre du critère de la prévision confirmée (2), mais il ne 1e dégage pas encore d’une façon pleinement nette et systématique. [on dirait que le langage anglaïs favorise sur ce point une certaine ambiguité, grâce à l’existence de termes comme meaning, qui exprime également l’intention de faire et celle de signifier(3). Les langues latines sont privées de ces ressources séduisantes et périlleuses. Cette particularité explique peut-être le fait que seuls d’entre Îles pragmatistes deux Italiens aient défendu avec une parfaite netteté le critérium de la prévision confirmée. Leur thèse apporte au pragmatisme une contribution assez importante pour mériter d’être rappelée ici.
Vailati et Calderoni semblent avoir été acheminés à leurs conceptions logiques par un travail de pensée assez analogue à celui que nous avons signalé chez Peirce réflexion portant d’une part sur la connaissance scientifique, en particulier sur les conceptions mathématiques de Peano (4), d’aûtre part sur les théories de cer-
SJ
(x) P. ex., Formai Logic, p. 295 (« Postulates always refer to the future, they all anticipate further confirmation »), p. 326 (« The « law » is meant as a device for predicting the behaviour of « cases »).- CE
(2) 11 dira, p. ex., : « The ideaiis true only as it terminates consistently in its intended result » (Truth and Reality, p. 187).
(3) Même remarque, à propos du verbe intend.
(4) V. l’article de Vaïlati Pragmatismo e logica matematica (reproduit dans ses Scritti, p 680-604).
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täins philosophes, surtout de Platon et de Berkeley (1), désir enfin d’introduire dans l'étude des problèmes philosophiques la méthode même de la Science. Mais du jour où ils ont connu le pragmatisme, ils se sont rangés sous sa bannière et se sont donnés modestement pour les disciples du logicien d’outre-mer. Le principe de Peirce a sans doute apporté à leurs pensées encore un peu vagues une formule d’une netteté saisissante. Les deux Italiens ont adopté du premier coup ce principe, et ils en ont fait le point de départ: d’une théorie beaucoup plus précise et plus compréhensive que celle de leur initiateur. '
Ils respectent le sens originel de la maxime, mais la dépouillent aussitôt. de toute équivoque en sacrifiant franchement le terme d’action à celui d'expérience. S’1ls adoptent la formule qu’une théorie se définit par les conséquences pratiques, c’est à condition d’ajouter aussitôt qu’il s’agit Ià de conséquences logiques, et non psychologiques, bref de conclusions déduites de la théorie en question, et qu’en les appelant pratiques, on veut dire qu’elles doivent « se rapporter à quelque fait particulier (rséyus) et à notre attente que ce fait aura lieu, ou aurait lieu, dans des circonstances particulières données (2) ». Ils donneront une expression plus claire encore à la règle de Peirce en disant : « Le seul moyen de déterminer et d’éclaireir le sens d’une assertion consiste à indiquer de quelles expériences particulières on entend par elle affirmer qu’elles se produiront ou qu'elles produiraient dans certaines circonstances
(1) V., inter alia, l’art. de Caîderoni, sur La prévision dans la théorie de la conn. (Revue de Métaphysique, septembre 1967, t1rage à part, D. 4-8).
(2) Vaïlati : De quelques caractères du mouvement philosophique contemporain en Italie (Revue du Mois, février 1907, p. 166).
données (1)». En d’autres termes, tout jugement véritable se ramène à une prévision, et par suite aussi tout jugement trouve le critère de sa vérité dans la conformité de l'expérience aux prévisions qu’il implique (2). Telle est la thèse que Vailati et Calderoni ont appuyée sur des analyses vraiment lumineuses. Ils ne soutiennent pas sans doute que tous nos actes de pensée soient des prévisions. Une sensation pure ne prévoit rien. D'une façon générale; notre conscience peut toujours se borner à saisir ce qui se passe présentement en elle. Mais, dans la mesure où elle s’en tient là, elle demeure en deçà de la connaissance; dans ce domaine, l’apparence se confond avec la réalité. La possibilité de la science, comme l'avait déjà vu Platon discutant Protagoras, ne commence qu'à partir du moment où nous dépassons le présent pour énoncer un jugement sur quelque expérience à venir. En effet, c’est avec la prévision seulement que la question de la vérité ou de l'erreur peut se poser : l’accord de l’expérience avec mon attente est un fait qui ne dépend pas de mon jugement présent et qui nous fournit par suite un critère objectif de ce jugement même. Le domaine de la connaissance coïncide exactement avec celui de la prévision contrôlable. |
Pour justifier leur thèse, nos logiciens s’ingénient à démasquer les éléments prévisifs qui échappent à une observation superficielle (3). Il ne faut pas se laisser égarer ici par la forme extérieure de nos jugements. A coup sûr, nous formulons au présent et au passé nom-
(x) Vaïlati et Calderoni : Le origini e l’idea fondamentale del Pragmatismo (reproduit dans les Scritti, p. 920). Cf. aussi La prévision... D. 3. |
(2) La prévision, p. 8; et Le origini….
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bre d’affirmations qui nous paraissent cependant susceptibles d’être contrôlées. Mais le théoricien de la connaissance doit analyser ces faits complexes de manière à y démêler l'élément qui permet ce contrôle. Ainsi, nous portons bien des jugements sur l’existence et sur les propriétés des objets extérieurs; mais Berkeley a clairement montré que ces jugements, loin de réfléter une réalité immédiatement présente, enferment des anticipations d'expérience (1). Il. convient seulement de distinguer, à côté des prévisions simples, les prévisions conditionnelles : nous affirmons tantôt qu'un fait se produira de toute façon, tantôt qu’il se produira si tel autre est donné. La condition ainsi impliquée dans nos jugements consiste d’ailleurs le plus souvent dans l’accomplissement d’une opération volontaire
affirmer qu’un objet existe, par exemple, c’est dire que nous pouvons, par un certain acte, nous procurer certaines expériences. [élément pratique indiqué par Peirce reparaît ici, à un rang subordonné. Il faut encore signaler une complication remarquable : l’acte qui produirait l’expériénce visée par mon affirmation. peut dépendre à son tour d’une condition qu’il n’est pas en mon pouvoir de réaliser. Ainsi, je puis affirmer l’existence de Constantinople sans être en état d’aller contrôler mon idée de cette ville. Dans ce cas, il ne s’agit encore que d’une impossibilité en quelque sorte momentanée et accidentelle ; d’autres jugements portent sur des expériences que je ne pourrai jamais, en aucun cas, me procurer. C’est ce qui arrive si je forme une hypothèse portant sur une structure de la matière inaccessible à nos+procédés d’observation. Le cas extrême est fourni par les jugements qui portent, soit sur des
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évènements passés, soit sur les expériences vécues par d’autres consciences : ici, la nature même des faits envisagés rend impossible une vérification directe. La même conception de la connaissance s’étend-elle encore à ces cas? Nos logiciens s’ingénient à le montrer, et parviennent à résoudre ce délicat problème esquissé par Peirce. Sans doute une affirmation historique, pour prendre cet exemple, n’est pas une prévision au sens strict de ce mot. Cependant, elle a ceci de commun avec les jugements relatifs au futur, qu’elle porte sur des expériences différentes de notre simple état présent ce caractère essentiel permet de ranger ces deux sortes d'opérations dans la même catégorie, à laquelle on pourrait donner le nom de prévision en élargissant le sens de ce mot. En outre et surtout, une affirmation historique ne saurait prétendre à la vérité que dans la mesure où l’on peut en déduire des prévisions directement vérifiables : si j'affirme, par exemple, que tel fait passé a été la cause de tel autre, c’est en vertu de ma croyance à l'existence d’une certaine loi causale dont seule l'expérience à venir peut contrôler la valeur. Aïnsi l’élément prévisif peut être caché, il peut être lointain, mais c’est toujours lui, et lui seul, qui nous permet de préciser le sens de nos affirmations et de discerner la vérité de l’erreur (1).
Jusqu'à ce point de leurs théories, Vaïlati et Calderoni n’ont encore fait, si l’on veut, que donner un harmonieux développement à la: pensée dont.ils avaient rencontré le germe chez Peirce. On peut même dire, en un sens, qu’ils se bornent à justifier logiquement ‘le vieux critérium empiriste. Bain n’avait-il pas déjà
(6) 1b., p. 15. Articles de Vaïilati et Calderoni sur L’ « Arbitrario » nel funzionamento della «vita psichica, en partic. le 1° et le 32 (p. 17-18 du tirage à part).
écrit : « Une affirmation est vraie quand, mise à l’épreuve, elle correspond aux faits (1) » ? Nos logiciens ont d’ailleurs conscience de cette filiation, et, à l'occasion, se font gloire de perpétuer la saine tradition de l’école anglaise (2). Ces pragmatistes de la stricte observance opposent, à la façon d’un Hume ou d’un Müll, l'exigence du contrôle expérimental à ces débauches de spéculation subjective que semblait favoriser l’exégèse de leurs homonymes anglais. et plus encore italiens (3). Ainsi que leurs prédécesseurs, c’est. la méthode même de la science qu’ils entendent introduire dans la philosophie, égarée par le verbalisme ou par les préjugés sentimentaux (4). Seulement le culte de l’expérience se détache chez eux de cette psychologie mécaniste qui sans doute ne s’y était trouvée si longtemps jointe que par un accident de l’histoire. Pareille dissociation avait d’ailleurs commencé de s’opérer chez Peirce. Mais la réforme de ce logicien était demeurée fort incomplète. Nous n’avons pu trouver dans son pragmaticisme une solution un peu précise du problème relatif à la nature de la connaissance rationnelle. Or, l'étendue et l’importance croissantes des sciences mathématiques dans les temps modernes imposent au logicien l’obligation impérieuse d’élucider ce problème, insuffisamment résolu par l’empirisme classique. Les protagonistes du pragmatisme l’ont traité à leur tour un peu hâtivement.
(x) « An affirmation is true when, on actual trial, it corresponds to the fact » (Logio, I, 22).
(2) V. l’article de Calderoni : Le varietà del pragmatismo (Leonardo, novembre 1004).
(3) Nous voulons parler de Prezzolini et de Papini. Nous ne trouvons aucune pensée vraiment originale à tirer des articles que ce dernier a réunis dans son livre Sul Pragmatismo : ce sont des manifestes aussi vagues que naïvement ambitieux.
(4) Cf. l’article de Vaïlati : Dal Monismo al Pragmatismo (Scritti, p. 787-700.)