‹ Le Pragmatisme Américain et AnglaisChapitre 60 sur 70 · SEAT · texte numérisé non relu

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férerions-nous le squelette à l'organisme vivant ? (1)

Etrange simplification du problème ! Le monde extérieur ne m'est directement connu que par mes sensations actuelles. Dirai-je pourtant qu’il s’y ramène ? ou n’accorderai-je pas plutôt à cette « possibilité permanente » autant et plus de réalité qu’à cette présence fu- "gitive ? De même, il est clair que d’une vérité quelconque nous ne saisissons rien de positif que nos vérifications actuelles. Cependant, dans l’immense majorité des cas, cette vérité, telle que nous la concevons, déborde ces vérifications. Ces deux notions ne coïncideraient strictement que pour un jugement portant sur un détail particulier de mon expérience future : si je prédis que demain je serai malade, le fait qui confirmera ma prévision en constituera la vérité même. Mais quelle intelligence humaine voudrait restreindre son activité à cette misérable catégorie de jugements ? Je m'évade déjà hors d’une pareille sphère si je prononce, par exemple, qu'il pleuvra ce soir. Sans doute ma propre perception de l’eau qui tombe établira pour moi

sans conteste la vérité de ma prédiction. Cependant

cette humble vérité dépasse déjà dans mon esprit mon expérience individuelle : car j'ai prétendu atinoncer un fait observable par d’autres hommes, et moi-même je ne saisirai jamais directement ces observations contempora‘nes de la mienne. Ainsi, même la vérité d’un jugement qui porte sur un fait « particulier » implique un élément de généralité qui manque à la simple vérification qu'un individu en peut faire. Mais, er outre, des affirmations de ce genre se rattachent toujours à la conception da certaines lois : si j’ai déclaré qu’il pleuvrait ce soir, c’est que je crois connaître les signes d’une

(1) 1b., p. 202-206; cf. p. 142-155.

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