APR
Lorsque f étudiai^ dans un essai sur le Divin, les formes diverses (émotives^ intellectuelles^ actives) du sentiment religieux^ je fis une simple allusion au pragmatisme (1). Je m^imaginais alors que les expressions pragmatiques n^étaient qu'une sorte dHdiome américain^ des formules d'usage pratique destinées à mettre les vérités à la portée d'hommes d'affaires et d'hommes d'action peu exigeants au point de vue de la logique et de la critique. Les livres de MM. James et Schiller et l'intérêt avec lequel Us ont été accueillis en pays latins m'ont détrompé. Il y a, me semble-t-il^ tant de choses bonnes et aussi tant de paradoxes dans ces systèmes^ qu'il est utile de les exposer dans leurs grandes lignes.
L'adjectif pragmatique est emprunté du latin pragmaticus (grec 7rpaYtxaTix(5ç) relatif aux affaU res, aux faits. De là : « pragmatique » sanction (ordonnance)^ acte solennel réglant les intérêts de la famille d'un monarque^ ou ceux de l'Etat.
(1) X< Diptn, p. 285.
Edouard Reuss appelait pragmatiques des récits qui ont moins pour but de nous renseigner sur la réalité historique (but théorique)^ que de nous inculquer {but pratique) telle ou telle i^ériiéii).
C^est à M. Ch, S. Pierce (dont nous résumerons les idées au Chapitre I) qu^est dû V emploi du mot pragmatism dans le sens de méthode qui consiste à juger de la valeur d^une affirmation par ses conséquences dans la pratique. Il exposa le système dès 1878, et ce ne fut qu^après s^être longtemps servi du mot pragmatism dans la conversation^ quHl Vimprima en 1902 dans un article du dictionnaire de Baidmn. M. William James a beaucoup contribué à le répandre (2).
(1) Traduction de la Bible : Chroniq. Introd., p. 41 ; Livre dea Juges, p. 93, etc. — Il est bon d'ailleurs de maintenir la différence verbale entre pragmatique et pragmatiate.
i2) Au commencement du Ghap. IV, nous aurons à distinguer entre Pragmatisme pitr, P. mitigé et P. partiel.