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CHAPITRE I LE « PRAGMATISME)) DE M. PIERGE

§ I. — Exposé de la Doctrine.

Il y a trente ans déjà que M. Pierce — sans employer encore le terme même de « pragmatisme » — a exposé sa doctrine dans une revue américaine. (1)

Il partait de ce fait psychologique : l'incertitude, le doute, produisent en nous un malaise, une irritation, bref un état désagréable. Pouvons-nous sortir de cet état pénible ? Oui, si nous parvenons à nous faire une conviction, une « croyance )>. La croyance apaise la souffrance du doute, voilà pourquoi on la recherche :

a On peut croire que ce n'est pas assez pour nous, et que nous cherchons, non pas seulement une opinion, mais une opinion vraie. Qu'on soumette cette illusion à l'examen, on verra qu'elle est sans fondement. Sitôt qu'on atteint une

(1) Popular Science Monthly, Janvier, 1878 : < How io make our ideas clear. •

ferme croyance, qu'elle soit vraie ou fausse, on est entièrement satisfait » (1).

Une fois que l'homme possède la croyance qui le calme et le rend heureux, il ne la veut plus abandonner ; il s'y enfonce, comme l'autruche enfonce la tête sous son aile, pensant se préserver du danger. C'est « la méthode de ténacité », procédé commode, mais qui serait déplorable dans ses résultats, entraverait tout progrès, consacrerait toute routine, si l'expérience n'en rendait impossible la pratique universelle. Dans un grand nombre de cas, en effet, l'homme aperçoit vite « que d'autres hommes pensent autrement que lui, et, dans un moment de bon sens, il lui viendra à l'esprit que les opinions d'autrui sont aussi valables que les siennes ; cela ébranlera la confiance en ce qu'il croit ». (2)

C'est de la sorte que s'opère le passage de la croyance individuelle à la croyance collective. Mais nous voilà tombés de Charybde en Scylla : les croyances collectives chercheront à se défendre, comme tout à l'heure les croyances individuelles ; elles s'organiseront, elles deviendront des dogmes : dogmes d'Etat, dogmes d'Eglise, et, avec le dogme apparaîtront les

(1) Revue philosophique. Décembre, 1878, article de Pierce * La logique de la Science, p. 559. — Dans le n® de Janvier 1879. se trouve l'article « manifeste » : Comment rendre nos idées claires.

(2) Revue philos.. Décembre 1878, p. 561.

persécutions, les inquisitions, fruits inévitables de la « méthode d'autorité ».

« Pour la grande masse des hommes, observe mélancoliquement l'auteur, il n'y a peut-être pas de méthode meilleure. Si leur plus haute capacité est de vivre dans l'esclavage intellectuel, qu'ils restent esclaves 1 » (1)

Mais un pareil système ne fournit pas de solution à tous les problèmes. Les questions non tranchées par la méthode d'autorité et devant l'être par d'autres procédés, éveilleront les esprits. Beaucoup, d'autre part, se rendront compte « que les hommes, en d'autres pays et dans d'autres temps ont professé des doctrines fort différentes de celles qu'ils ont eux-mêmes été élevés à croire ». Ils réclameront donc la liberté. Qu'on laisse agir sans obstacle les préférences naturelles, dans l'ordre intellectuel, comme dans l'ordre esthétique I

Dangereuse assimilation que celle de la vérité à celle de la beauté ! Si le vrai est une question de goât^ s'il est ce qui nous plaît à penser, c'est le pullulement des systèmes à l'infini.

« Pour mettre fin à nos doutes, il faut donc trouver une méthode grâce à laquelle nos croyances ne soient produites par rien d'humain, mais par quelque chose d'extérieur à nous et d'immuable, quelque chose sur quoi

notre pensée n'ait point d'effet.... Ce doit être quelque chose qui agisse ou puisse agir sur tous les hommes. . . Telle est la méthode scientifique... Son postulatum fondamental traduit en langage ordinaire est celui-ci : Il existe des réahtés dont les caractères sont absolument indépendants des idées que nous pouvons en avoir. Ces réalitéa affectent nos sens suivant certaines lois, et bien que nos relations soient aussi variées que nos relations avec les choses, en nous appuyant sur les lois de la perception, nous pouvons connaître avec certitude, en nous aidant du raisonnement, comment les choses sont réellement ; et tous les hommes, pourvu qu'ils aient une expérience suffisante et qu'ils raisonnent suffisamment sur ces données, seront conduits à une seule et véritable conclusion >ï (1).

Sauf la manière personnelle dont les choses ftont présentées, il n'y a rien de bien nouveau au fond, dans de pareilles affirmations. La doctrine se précise dans l'article suivant (2). Nous y retrouvons d'abord les assertions déjà connues :

a Produire la croyance est la seule fonction de la pensée*., La pensée en activité ne poursuit pas d'autre but que le repos de la pensée. Tout

(S) Revu€ philùi. Janvier 1879.

ce qui ne touche pas à la croyance, ne fait pas partie de la pensée proprement dite » (1).

Mais Tandyse psychologique est poussée plus loin :

« La marque essentielle de la croyance est rétablissement d'une habitude... Si les croyances mettent fin au même doute, en créant la même règle d'action, de simples différences dans la façon de les percevoir ne suffisent pas pour en faire des croyances différentes, pas plus que jouer un air avec différentes clés n'est jouer des airs différents... Pour développer le sens d'une pensée, il faut donc simplement déterminer quelles habitudes elle produit, car le sens d'une chose consiste simplement dans les habitudes qu'elle impUque. Le caractère d'une habitude dépend de la façon dont elle peut nous faire agir, non pas seulement dans telle circonstance probable, mais dans toute circonstance possible, si improbable qu'elle puisse être » (2).

« Le but de toute action est d'amener au résultat sensible. Nous atteignons ainsi le sensible et le pratique comme base de toute différence de pensée, si subtile qu'elle puisse être. Il n'y a pas de nuance de signification assez fine pour ne pouvoir produire une différence dans la pratique ». (3)

Un exemple : les discussions entre protestants et catholiques sur la transsubstantiation : le pain et le vin sont-ils, une fois consacrés, du pain et du vin, ou le corps réel et le sang réel {et non symbolique) du Christ î

Il n'y a qu'une manière d'être du pain et du vin, répond l'auteur ; parler d'un objet doué des propriétés matérielles du pain et du vin comme étant en réalité de la chair et du sang, ce n n'est qu'un jargon dépourvu de sens ».

D'où cette conclusion :

« L'idée d'une chose quelconque est l'idée de ses effets sensibles... C'est folie de la part des catholiques et des protestants de se croire en désaccord sur les éléments du sacrement, s'ils sont d'accord sur tous leurs effets sensibles présenta et avenir». (1)

Autres exemples :

Puis-je affirmer que le diamant est dur ?

Cela n'a aucun sens avant que je ne l'aie touché, avant que je n'aie expérimenté la relation entre mon toucher et sa résistance. De là, la grande règle : « Considérer quels sont les effets pratiques que nous pensons pouvoir être produits par Tobjet de notre conception. La conception de tous ces effets est la conception complète de l'objet». (2)

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Appliquons cette règle à un problème d'ordre moral : l'homme est-il libre ? Est-il soumis à la fatalité ?

L'auteur répond :

« Les discussions sur le libre arbitre touchent à un grand nombre de questions, et je suis loin de vouloir dire que les deux façons de résoudre le problème soient également justes. Je suis d'avis, au contraire, que l'une des solutions est en contradiction avec certains faits importants et que l'autre ne l'est pas ». (1)

Mais la question ainsi posée : liberté ou destin ? ne peut donner lieu qu'à des discussions interminables, à des difficultés insolubles, tandis que l'accord se ferait de suite, si l'on se plaçait au point de vue de la conduite, de la pratique, et que l'on se demandât : « Dois-je me reprocher d'avoir mal agi ? ».

Il en est de même pour la notion de force :

« Un livre récent et admiré sur la « Mécanique analytique » déclare qu'on saisit avec précision l'effet d'une force ; mais ce qu'est la force en elle-même, on ne le comprend pas. Ceci est simplement contradictoire ; l'idée que le mot force fait naître dans l'esprit ne peut faire autre chose que d'affecter nos actions, et ces actions ne peuvent avoir de rapports avec la force que par l'intermédiaire de ses effets. Par conséquent,

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connaissant les effets de la force, on connaît tous les faits impliqués dans l'affirmation de l'existence d'une force et il n'y a rien de plus à savoir » (1).

Demander si la force est ou si elle cause l'accélération du mouvement, c'est une question purement verbale comme si l'on attachait une importance à la différence entre les expressions : It is cold, et : Il fait froid.

Et de nouveau Pierce énonce sa règle :

« La réalité, comme toutes les autres qualités, consiste dans les effets perceptibles particuliers produits par les choses qui les possèdent » (2).

« Le seul effet des choses réelles est de produire la croyance, car toutes les sensations apparaissent dans la conscience sous forme de croyance. La question se ramène donc à savoir ce qui distingue la croyance vraie ou croyance au réel, de la croyance fausse ou croyance à la fiction ».

Or seule — et nous retrouvons la même conclusion que tout à l'heure — seule la méthode scientifique peut permettre d'étabUr solidement cette différence. Les esprits qui aiment l'àpriori sont, au fond, des sceptiques :

a Ils semblent penser que l'opinion qui convient à une nature d'homme, ne convient pas à

une autre, et que, par conséquent, la croyance ne sera jamais fixée. En se contentant de fixer leurs opinions par une méthode qui peut conduire un autre homme à un résultat différent, ils trahissent la faiblesse de leur conception de la vérité » (1).

L'homme de science, au contraire, sait que, quelles que soient les différences de point de départ et de méthode, l'accord sur certains points, se fera tôt ou tard. Le réel ne dépend point de l'idée qu'en peut avoir tel ou tel individu, tel ou tel groupe d'individus. C'est « l'opinion prédestinée à réunir finalement tous les chercheurs que nous appelons le vrai, et l'objet de cette opinion est le réel ».

§ 2. — Quelques remarques.

Le fait psychologique qui sert de point de départ à M. Pierce est incontestable : la croyance fait disparaître la souffrance du doute. Mais lorsque M. Pierce ajoute : « Sitôt que l'on atteint une ferme croyance vraie ou fausse, on est entièrement satisfait », impossible de le suivre. Que bien des gens, en effet, cherchent seulement une opinion qui les calme, les rassure, une « conviction », on ne le constate que trop souvent ; mais pourquoi l'homme ne demeure- Ci) P. 55,

t-il pas satisfait de la a méthode de ténacité », pourquoi cherche-t-il à en sortir et à parvenir à la « méthode scientifique », sinon parce que le doux sommeil de la certitude subjective ne lui suffit plus, et que s'est éveillé le besoin d'une certitude objective ?

Les exemples allégués par M. Pierce montrent, d'autre part, à quel degré de simpUfication il est amené à réduire les difficultés pour que son pragmatisme y puisse répondre. Il commence par déclarer que les théories sur l'Eucharistie sont un « jargon dépourvu de sens », après quoi il affirme que protestants et catholiques sont d'accord puisqu'ils admettent les mêmes effets pratiques du sacrement.

; Qui pourrait se contenter de pareils à peu près ? Pourtant, c'est à ces simplifications outrées que nous serons dès lors réduits, en toute matière. Et M. Pierce se fait bien illusion lorsqu'il prétend qu'ainsi « l'accord se fera de suite » ; par exemple, relativement à la question du hbre arbitre, du moment que l'on posera la question en ces termes : « Dois-je me reprocher d'avoir mal agi » ? — Non; le vrai fataUste, le vrai déterministe répondront : Je le regrette, mais je ne me le reproche pas.

M. Pierce admet que deux théories qui ont les mêmes effets pratiques sont, au fond, identiques. — Elles renferment quelque élément commun ; ce qui n'est pas la même chose.

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D'ailleurs, pour appliquer la règle, non-seulement il faudrait que les gens fussent parfaitement logiques, il faudrait surtout qu'ils n'agissent point sous l'influence de sentiments, de tendances inconscientes, de poussées héréditaires qui ne sont pas tout, certes, dans nos déterminations, mais y jouent un grand rôle et dont nous justifions souvent l'influence par l'attribution de cette influence à telle théorie, à telle idée qui en est bien innocente.

Un exemple. Je me rappelé avoir ouï un discours franchement matérialiste, mais qui se terminait par une vibrante exhortation à la vie noble, désintéressée — une sorte de consécration à l'Idéal. La péroraison découlait-elle logiquement du discours lui-même ? Je ne le croirai jamais — à moins qu'on n'accepte comme définition de la matière la définition même de Vesprit. Triomphe du pragmatisme, dira-t-on, qui n'a cure des définitions et ne considère que les conclusions. — Non, triomphe de l'équivoque et des jeux de mots. Les pragmatistes ne feront jamais qu'une intelligence claire ne réclame des explications, n'analyse les diverses hypothèses au sujet de la matière, ne les compare aux données psychologiques pour se rendre compte si, oui ou non, elles se concilient, ou si l'on ne dissimule pas la contradiction sous les mots — toutes choses qui sont de l'ordre de la connaissance proprement dite. Ce qui n'empê-

chera pas, d'ailleurs, bien des personnes, d'un tempérament plus spécialement pratique, de se contenter de la réponse pragmatique de Socrate à Simmias : l'âme résiste au corps et le gouverne, donc n'est pas identique. — Mais ceci ne tue pas cela.

Autre à peu près de M. Pierce : La réalité des choses, dit-il, consiste dans les effets perceptibles produits par les choses.

Leur réalité par rapport à nous^ évidemment, mais ne peut^on rien en induire sur leur réalité en eux-mêmes ? C'est là qu'est la difficulté. Nous y reviendrons. Constatons déjà que pour se contenter de la méthode pragmatique, il faut considérablement diminuer, amputer choses et pensée. Je ne m'étonne donc point que l'on ait combattu le pragmatisme en affirmant qu'il cache, qu'il voile le scepticisme sous de simples expédients pratiques.

« La pensée en action, dit-on encore, ne cherche pas d'autre but que le repos de la pensée ». Comme toutes les assertions de M. Pierce, c'est partiellement vrai. La pensée en action ne cherche un repos provisoire et momentané que pour augmenter encore son activité, et ne résout une question que pour créer dix questions nouvelles. C'est que l'homme ne cherche pas à connaître seulement pour faire cesser en lui une gêne, un malaise, ou pour l'utilité pratique qu'il en tire. Il cherche pour tous ces motifs, c'est incontes-

table, mais il cherche aussi parce que la connaissance lui paraît avoir une valeur par ellemême.

Disons-le hautement et nettement : connaître pour connaître ; oui, le vrai pour le vrai, comme le beau pour le beau et le bien pour le bien. Si banale, si déclamatoire que paraisse cette devise elle n'en est pas moins l'expression d'un aspect de notre vie psychologique : jugement de valeur, estime. Or il serait absurde de prétendre qu'on estime un être à cause des émotions ou profits que l'on en tire. Non ; on l'estime et on le respecte, pour ce que l'on sait ou imagine qu'il est objectivement. L'estime ne saurait être confondue avec l'appréciation d'utilité. Jugement d'estime — jugement d'utihté correspondent à : élément objectif désintéressé — élément subjectif intéressé de la connaissance.

Le pragmatisme de M. Pierce, en ne tenant compte que de l'appréciation d'utilité, modifie donc, diminue, altère les données du problème tel qu'il se pose dans la complexe réalité. Il est vrai que M. Pierce se plaçait à un point de vue spécial et restreint : déterminer le contenu clair de nos idées (1) afin de s'y tenir et d'éviter

(1) Gonsidep what effects that might conceivably hâve practical bearings you conçoive the object of your conception to hâve : then your conception of those effects is the whole of your conception of the object. » — M. Pierce, ne l'oublions pas, après avoir parlé de la conviction personnelle, parle de conviction collective unanime ; il n'envisage pas seulement Tin-

20 LE PRAGBfATISME

' désormais les discussions oiseuses, purement verbales.

Il semble que ce soit surtout ce point de vue méthodique de Pierce qui ait séduit les jeunes « pragmatistes » italiens du « Leonardo » (1). L'essentiel pour M. Papini, dans ces formes multiples, que revêt le pragmatisme, c'est de « déraidir » les croyances et théories, de reconnaître qu'elles n'ont qu'une valeur «instrumentale », qu'elles ne sont que des moyens relativement à telle ou telle fin, toujours susceptibles donc d'être modifiés et transformés quand le besoin s'en fera sentir.

C'est précisément parce que la pensée est ainsi complètement subordonnée à l'action et n'est plus qu'un moyen pour cette fin, que le résultat des méthodes pragmatistes dépend du ,but poursuivi par chaque volonté. De là cette comparaison du pragmatisme à un « corridor »

dans un grand hôtel ; cent portes s'ouvrent siu* ledit corridor : celles d'un oratoire où prie un homme qui veut reconquérir la foi, d'un bureau

dividu, mais l'évolution de la « reasonableness », donc une réalité douée de généralité et de continuité. (Gfr. son article Pragmatism dans Dictionary of philos, and psychol. de Baldwin). Mais ne peut-il y avoir unanimité dans Terreur et cette identification de l'unanimité des pensées avec V objectivité n'est-elle pas toute berkeleyenne ; n'est-elle pas (sauf pour les idéalistes) la confusion de l'effet avec la cause ?

(1) Cette revue paraît à Florence, 14, Borgo Albizzi. L'article de M. Papini est dans le numéro d'Avril 1905.Ces Messieurs ont fondé un « club pragmatiste » .

OÙ écrit un philosophe qui veut détruire toute métaphysique, d'un laboratoire où un savant poursuit ses recherches... Et grâce au corridor, toutes ces chambres communiquent et leurs habitants peuvent échanger leurs opinions.

L'allégorie est ingénieuse ; mais la question n'est pas d'inventer un moyen d'échanger des idées ; la difficulté serait de trouver un critérium pour les apprécier. Ou bien admettrait-on que toutes les volontés se valent ? Ce serait le pire scepticisme. «On ne dispute pas des goûts» est une maxime pratique de civilité, rien de plus. L'hommo n'est homme que parce qu'il peut porter sur ses goûts et désirs des jugements de valeur. Les appréciera-t-il seulement au point de vue utilitaire strict ? Qu'il essaie et bien vite il aura dépassé la limite qu'il s'était prescrite et établira, entre les utilités, une hiérarchie qualitative, reconnaissant que celle-ci est (Tordre supérieur à celle-là, doit être préférée à celle-là, est plus noble^ plus digne de l'homme. On ne juge donc pas uniquement d'après les utilités, puisqu'on juge les utilités elles-mêmes.

C'est Và'priori qui reparait, dira-t-on. — Que l'on n'emploie pas ce mot, s'il épouvante, mais que l'on constate le fait et que l'on se rende compte que l'utilitarisme pragmatiste le néglige.

Il resterait à voir si l'intelligence nous procure une connaissance réelle bien qu'impar-

faite, des êtres, qui permette à Tappréciation des valeurs de passer de la phase instinctive à la phase réfléchie ; cette question de l'objectivité de la connaissance intellectuelle sera posée et discutée dans les chapitres suivants.

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