‹ Le pré aux clercs; opéra comique en trois actes. Paroles de E. de Planard, musique de HéroldChapitre 14 sur 67 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

CANTARELLI

Perdio ! puis-je oublier votre courtoisie quand le sort me fit votre prisonnier après la terrible arquebusade de Bergerac, à laquelle mon bienheureux patron me fit la grâce d'échapper !

MERGY

Que risquiez-vous ? Nous vous trouvâmes derrière un mur, et disant votre chapelet sous le ventre de votre cheval.

CANTARELLI

Oui, c'est unique! Je ne conçois pas comment ça se lit; la commotion de la poudre m'avait sans doute porté jusque-là. Mais je fus traité par vous comme un brave que je suis, et renvoyé sans rançon; aussi, disposez de moi. J'ai du crédit auprès de la reine-mère. Elle me fit venir de Florence pour organiser les concerts et les divertissements de la cour; j'ai fait mon chemin en amusant les Altesses et les Majestés ; et un soir, la reine Catherine, enchantée de mes talents, m'appela gracieusement le marquis Cantarelli!... ce sobriquet fut couvert de bravos par les courtisans, parce que les reine? ont toujours beaucoup d'esprit; et moi, je criais plus que les autres, parce que le marquisat m'amenait à de nouvelles faveurs; et en effet je suis cornette dans les chevau-léger^, prêt à vous servir de tout mon cœur, à pied ou à cheval, à la pointe ou à la taille, à la dague ou à la rapière, et suivant votre bon plaisir.

MERGY

Grand merci! je suis aujourd'hui un envoyé pacifique. J'apporte un message amical du roi de Navarre à son beau-frère Henri III.

CANTARELLI

Ah! tant mieux. Les batailles sont une belle chose, mais ça ne vaut rien pour un chanteur. Cette diable de musique guerrière me casse la voix tout de suite. Mais, baron, mon ami, voilà des œufs frais que vous laissez durcir, et, sans façon, je vous dirai que sur la route de Paris j'ai gagné un appétit qui me tiraille l'estomac.

14 LE PRÉ-ÂUX-GLERCS

MERGY

Asseyons-nous.

GANTAHELÎ.!.

C'est bien dit : on cause mieux: à table.

MERGY, à part.

Je ne sais comment mener les questions que je jjrûle de lui faire.

CANTARELLl, assis.

On est supérieurement ici.

MERGY, «'asseyant.

Mais ce déjeuner sera bien léger pour vos tiraillements ?

CANTARELLI

Comment !

WERGY.

Oui! des œufs frais seulement...

CANTARELLI

Et ce poulet dodu, vous le comptez pour rien?

MERGY

Bon pour moi, mais non pour vous. Vqî soldats me disçiient tout à l'heure qu'un vendredi- •.

CANTARELII.

Mes soldats, c'est très bien, parce qu'ils sont Français; mais moi, voyez-vous, je suis natif au pays d'où viennent en droite ligne toutes les dispenses possibles. Oh! je suis en règle, tranquillisez-vous; et je n'ai pas peur de me mettre sur la conscience ce petit aileron que vous m'allez octroyer.

MERGY

Volontiers.

CANTARELLI, mangeant.

Et votre bon vivant de roi de Navarre, que nous demande-t-il dans le message que vous apportez?

MERGY

Mais... sa femme, je crois.

CANTARELLI

Ah! son aimaljle Margot, comme il l'appelle. Oh bien !

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