‹ Le pré aux clercs; opéra comique en trois actes. Paroles de E. de Planard, musique de HéroldChapitre 15 sur 67 · ACTE PREMIER IR · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER IR

vous ne réussirez pas dans votre ambassade. La reinemère garde autour d'elle les jolies femmes, comme un oiseleur les fauvettes en cage; et sa fille Marguerite ne quittera pas plus la cour de France que sa comi)agiie inséparable, son amie de cœur et sa rivale en grâce et gentillesse, comme dit toujours ce bon M. Brantôme.

MEUGY, avec iutérèt.

Et quelle est donc cette compagne de la reine de Na- A'arre 1

CANTARELLI

La connaissez-vous point? Elle est votre payse. C'est la charmante comtesse Isabelle de Montai.

MERGY, avec émotion.

Oui... nous connaissons tous cette noble famille du Béarn.

Isabelle en est l'unique et dernier rejeton. Le roi s'est déclaré son tuteur et son maître. En revenant de son voyage en Gascogne, Marguerite nous amena la timide orpheline. La pauvre enfant s'est trouvée transplantée comme une fleur des bois dans le parterre du Louvre .. Et c'est un terrain où les boutons de roses épanouissent avec une grande facilité, mon bon ami!

MERGY, se contraignant.

Entendez-vous par là que la jeune comtesse soit enivrée par les hommages et les séductions de la cour?

CANTARELLI

Oh! je ne dis pas précisément encore !... Mais Marguerite la conduit aux fêtes du roi, elle y fait tourner toutes les tètes, et il faudra bien qu'elle adopte nos manières galantes. D'ailleurs on m'a chargé de son éducation; c'est tout dire. Et je suis là pour lui insinuer les bons principes.

Il se lève de table.

MERGY, se levant, et à part.

Ah! maudit serpent d'Italie!

CANTARELLI

Oh ! nous la formerons ! soyez tranquille. Elle fera honneur à la Navarre.

MERGY

Ainsi donc, une foule d'adorateurs se disputent un regard d'Isabelle?

CANTARELLI

Des adorateurs? Oh! pour le moment, elle n'en a qu'un seul qui l'a débarrassée de tous les autres. Ah! diable! quand le marquis de Comminge se déclare serviteur d'une belle, arrière tous les parpaillots! Ils n'ont plus envie de se venir brûler à la chandelle.

MERGY

Comment?... Et quel est donc ce Comminge?

CANTARELLI

Ce qu'il est?... colonel dans les gardes et de la compagnie où je suis cornette: et, de plus, un gaillard qui tira la rapière trois ou quatre fois par semaine, et autant de cavaliers sur le carreau! Oh! il n'y a pas de parade avec lui! et quand il vous regarde de travers, bonsoir... on peut commencer l'office des agonisants. Mais d'ailleurs il expédie son monde avec une grâce, une aisance, une noblesse!... Les femmes en sont folles.

MERGY, avec humeur.

Oh! vive Dieu! Tous ces spadassins mignons n'intimident guère un homme de cœur !

CANTARELLI, effrayé.

Qu'est-ce que vous dites?... Ah! si vous parliez ainsi devant lui, votre ambassade il ne serait pas longue... (Oa

eutend les cors dans le lointain.) Ah ! ail! eutcndcz-VOUS? la

chasse revient, (ouvrant une porte vitrée à gauche.) Eh! tenez, tenez, voyez la cavalcade.

MERGY, à part et vivement.

Ah! peut-être Isabelle!...

CANTARELLI

Sans adieu. Je commande l'escorte du retour à Paris.

MERGY, sur le seuil de la porte vitrée.

Au revoir.

Allez, allez au bout de la terrasse. Regardez bien, amusez-vous; oh! c'est un beau coup d'oeil!

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