‹ Le prédicateur de l'amour de DieuChapitre 50 sur 54 · VINGT-SIXIÈME JOUR · texte numérisé non relu

VINGT-SIXIÈME JOUR

Pour aimer Dieu , vojez-le continuellement en vous.

Dieu est partout , vous pouvez le trouver paf^ tout : ses perfections brillent dans toutes les créatures : toutes vous invitent à vous unir à lui par l'amour. Mais Dieu habite d'une manière particulière dans l'âme de ceux qui l'aiment , il fait de cette demeure le séjour de ses délices ; il s'imprime en eux d'une manière admirable.

Le royaume de Dieu est en vous , vous êtes le temple de Dieu , c'est donc au dedans de vous surtout que vous devez le chercher , et que vous le trouverez ; c'est \h qu'il veut se manifester à vous , et que vous l'admirerez. Entrez dans ce sanctuaire sacré , voyez-y votre Dieu et rendez-lui toutes sortes d'hommages. Son séjour est dans la paix ; quelle sera celle dont il inondera votre âme , lorsque sentant sa divine présence , vous userez d'une sainte familiarité en conversant avec lui ; et quels précieux avantages ne retirerez-vous pas de la vie continuelle d'un Dieu résidant en vous pour votre sanctification !

Heureux celui qui sent son Dieu présent en soi ! Ce sentiment de la présence de Dieu , cette vue de Dieu , par la foi , inspire à l'âme une

aSo DEGRÉS POl'R s'iLEVER

grande crainte de l'oflenser : elle ne voudroit pas , pour tous les biens de l'univers , faire la moindre chose qui pût lui déplaire ; elle veille sans cesse sur elle-même , pour ne point manquer de respect au grand Dieu dont la majesté iiffiniela lient dans un perpétuel anéantissement.

Laconsidération de Dieu présenten vous , vous détachera de tout , vous dégoûtera de tout : le monde entier ne sera digne à vos yeux que d'un souverain mépris. Vous n'y verrez que vanité et mensonge ; vous reconnoîtrez qu'il n'y a de véritable grandeur et de vraie gloire qu'à servir le Seigneur votre Dieu; que les seuls biens, dignes de votre estime et de votre ambition , sont les biens de la grâce , et qu'on ne goûte ici-bas de plaisir réel , qu'en accomplissant la volonté de Dieu , et qu'en faisant tout pour lui plaire.

La considération de Dieu présent en vous réglera dans votre cœur la charité. Non-seulement vous n'aimerez le prochain , et vous ne vous aimerez vous-même que pour Dieu ; non-seulement vous aimerez Dieu par-dessus tout , mais encore vous aimerez votre Dieu d'un amour qui sera tel, que vous ne produirez d'affections que pour lui , que vous lui parlerez comme au père le plus tendre , et que vous n'agirez que pour sa gloire.

Cette vue continuelle de Dieu en vous , vous mettra successivement dans un état de jouissance

A UN GRAND AMOUR. 23l

el de souffrances. L'altention à la présence du Dieu que vous sentirez en vous , vous fera participer aux délices des Saints , qui ne sont si heureux que parce qu'ils possèdent Dieu pleinement. Mais que ne souffrirez-vous pas en pensant que vous pouvez cesser d'aimer un Dieu , que la Foi vous montrera si aimable; que mourir dans son amour est une grâce que vous pouvez ne pas mériter; et que si vous mourez dans sa disgrâce, vous perdrez pour toujours votre Dieu ! Que ne souffrirez-vous pas , en pensant que, malgré le désir de ne vivre que pour Dieu , vous tombez tous les jours dans de nouvelles fautes , et que , malgré les bons sentimens que vous éprouvez , vous ne pouvez être assuré d'être digne de l'amour de votre Dieu!

Cette peine de n'aimer Dieu que si imparfaitement, cette crainte de cesser de l'aimer, font soupirer celui qui le considère présent en soi. Il prie son Dieu avec instance de venir à son secours ; il brûle du dâsir de mourir dans son amour, afin de l'aimer éternellement d'un amour parfait. Quelle douce ivresse procurent à l'âme ces désirs ardens de s'unir inséparablement à Dieu ! Que de grâces , que de douceurs ces désirs attirent sur celui qui les forme ! Qu'il se félicitera , pendant l'éternité , d'avoir été fidèle h la pratique salutaire de considérer Dieu présent en soi !

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Saintes Affections.

0 mon Dieu , l'unique nécessaire est de se donner à vous , de vivre pour vous , et c'est ce que je veux faire sans cesse. Ah ! comment mon âme est-elle si occupée des choses de la terre qui ne sont rien , et comment l'est-elle si peu de vous , qui êtes seul digne d'être admiré , adoré, aimé et glorifié ! Mes délices seront de vous considérer en moi-même des yeux de la foi. 0 Être infini en perfections , qui m'êtes présent , que je m'estimerois heureux de perdre le souvenir de toutes les créatures , pour ne penser toujours qu'à vous ! Lorsque désormais je traiterai avec elles , ce sera pour vous obéir , et je ne chercherai en cela qu'à vous contenter : Ah ! Seigneur , établissez dans mon âme le règne de votre pur amour ; soyez-y seul , soyez-y mon unique Tout.

V I N G T-S EPTIÈME JOUR.

Pour aimer Dieu, abandonnez ' vous parfaitement à lui.

Ne différez pas de vous consacrer à Dieu , par un abandon général, à son adorable et aimable Providence : enfoncez-vous avec joie dans cet abîme sacré, et n'en sortez jamais.

La divine Providence est une Lonne et tendre mère : soumettez-vous à elle de manière à ne vouloir rien de ce qu'elle ne voudra pas , et à vouloir tout ce qu'elle voudra. Tout ira toujours bien pour vous , si vous jetant dans ses bras , vous prenez en elle un doux repos.

Que votre occupation continuelle soit de la bénir , de l'adorer , de l'aimer , de la remercier, de la glorifier. C'est elle qui fait tout , qui dispose de tout ; voyez-là dans tous les événemens. Recevez tout d'elle avec respect et amour; ce qui est amer comme ce qui est doux , ses rigueurs comme ses faveurs. Dieu est votre père : ne vous suffit-il pas qu'il connoisse vos besoins? Il désire plus votre bonheur que vous-même ne pouvez le désirer.

0 qu'il est bon , qu'il est avantageux de s'abandonner à la divine Providence , et de renouveler continuellement cet abandon ! Où peut-on se mieux placer que dans le cœur d'un Dieu qui est la bonté même ! Tout ce qui arrive à celui qui adore la Pi^ovidence , qui s'y soumet , qui s'y confie , tourne à son propre bien : c'est une semence de bénédictions et de mérites. Quel est l'homme qui , s'abandonnant à la Providence , a été trompé dans la confiance qu'il a mise en elle ?

Le grand point , c'est le renoncement à notre volonté propre: remettez votre volonté entre les mains de Dieu ; nourrissez-vous de la sienne ,

Sô/i DEGRÉS POUR s'élever

désirez de l'accomplir sur la terre comme elle s'accomplit dans le Ciel; trouvez toujours votre plaisir dans son bon plaisir ; désirez de mourir à tous vos désirs , de vivre sans désirs.

L'union au bon plaisir de Dieu, est la disposition par excellence : cette sublime disposition est préférable à toutes les autres : qu'elle soit continuelle et permanente en vous; qu'il n'y ait plus dans votre cœur que Dieu et l'amour de son bon plaisir.

La perfection à laquelle le Seigneur vous appelle , consiste dans une grande fidélité à l'entier abandon de tout vous-même à sa Providence et à son bon plaisir.

Celui en qui règne cet abandon absolu , n'est point tenté de murmurer et de se plaindre dans les événemens les plus fâcheux : il adore , il aime les jugemens de Dieu , sans en vouloir pénétrer les raisons ; il baise avec amour la main paternelle qui le frappe , bien convaincu que son Dieu n'a jamais sur lui que des vues de miséricorde. Il dit souvent à son Dieu : mon Dieu , je suis prêt h tout perdre , à tout faire et à tout souflVir , parce que je ne veux que vous et votre volonté. Il le supplie de le placer dans le lieu , dans l'état , dans les circonstances où il sait qu'il l'offensera moins, qu'il l'aimera et le servira mieux, qu'il procurera davantage sa gloire , qu'il accomplira sa volonté plus parfaitement et avec plus d'à-

mour ; il désire la mort pour entier dans un abandon plus parfait , et posséder pour toujours son Dieu , qu'il cherche uniquement.

Saintes Affections.

0 Dieu , qui êtes mon Dieu ! 0 mon tendre Père ! je mets ma confiance en vous : vous ne me délaisserez pas , parce que je ne m'appuie que sur vous. Que tous vos desseins surmoi s'accomplissent malgré les efforts des créatures. Je m'abandonne sans réserve h votre divine Providence, je suis dans une entière indifférence pour toutes sortes d'événemens ; je ne m'appuie que sur vous , je vous remets tous mes soins et toutes mes pensées. Accordez-moi la grâce de ne jamais oublier que je ne suis sur la terre que pour accomplir votre volonté. Que sans cesse je m'applique h faire, avec la plus grande exactitude , dans l'union avec mon aimable Sauveur , tout ce que vous voulez de moi. Disposez de moi selon votre bon plaisir : que votre bon plaisir s'accomplisse sur moi en toutes choses. Seigneur , je ne veux que vous et votre bon plaisir , parce que vous êtes le centre de mon âme , et mon unique amour.

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