Le préhistorique Américain [microforme]
le M“ de NADAILLAC Extrait de la Revue des questions scientifiques, octobre 1893.
0] EL BRUXELLES ê IMPRIMERIE POLLEUNIS ET CEUTERICK ni 37, RUE DES URSULINES, 37
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Le professeur Virchow disait au dernier congrès de Moscou (1) : « Les documents que possède l'anthropologie préhistorique sont trop peu nombreux, l'anthropologie générale est trop peu avancée, pour que l'on puisse arriver prochainement à des conclusions sérieuses sur l'origine et la filiation des races primitives.» Ce sont là de sages paroles, que ne sauraient trop méditer ceux qui se préoccupent des études préhistoriques. Sans doute, il est permis de dire d'une manière générale que les recherches scientifiques, qui sont et qui resteront l'honneur de notre temps, ont reculé les bornes de nos horizons ; elles ont permis d'attribuer à l’homme une antiquité plus grande que celle établie par les générations qui nous ont précédé et acceptée par nous-mêmes, il y a bien peu d’années encore. Sans nous permettre, a-t-on dit avec raison (2), d'atteindre par la science les origines qui se déroberont probablement toujours à nos études, ni de dresser un compte exact des siècles oubliés, nous pou-
(1) XI° Session des congrès internationaux d'anthropologie et d'urchéologie préhistorique, Août 1892. Discours d'ouverture. (2) Perrot. La Civilisation mycénienne. Rev. Des Deux-Monpes, 15 fév. 1893.
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vons nous faire une conception de la longue série de pensées et d'efforts par lesquels l'homme s’est dégagé lentement dé la barbarie primitive, pour s'élever par degrés à la civilisation, pour arriver aux progrès dont nous sommes les témoins.
J'accepte volontiers cette conclusion ; mais à la condition qu'on évitera toute exagération, qu'on n'avancera aucun fait, aucune hypothèse sans preuve, sans fondement tout au moins plausible à l'appui. Les leçons données à de trop orgueilleuses espérances ont, été nombreuses et les déceptions parfois amères. Qui ne se souvient de l'homme tertiaire, du proanthropos, de l'anthropopithèque qui, dans la lente évolution des êtres, devaient, au cours de siècles incalculables, marquer le passage de l’animal à l’homme ? è
Écoutons encore l'éminent Recteur de l’Université de Berlin : « Je dois déclarer, ajoutait-il à Moscou, que quand même les crânes de Canstadt, et de Neanderthal (1) eussent été tels qu'on les a décrits. et que leur position géologique eût été très régulièrement définie, ils ne pourraient pas constituer la preuve de l'existence d’une race inférieure primitive qui, pôt, être considérée comme le terme de passage entre les. animaux et l'homme actuel.
C'est en vain que l’on cherche le chaînon, the missing.
link, qui aurait uni l'homme au singe ou à quelque autre espèce animale. »
Ces sages paroles d'un savant très éloigné assurément des doctrines qui sont les nôtres, devraient être constamment présentes à la pensée en discutant ces difficiles questions soutenues avec non moins d'ardeur en Amérique qu'en Europe.
(1) Dans un congrès d'anthropologistes allemands tenu à Ulm,. peu avant celui de Moscou, il avait été établi que le crâne de Canstadt n’appartient pas à l'époque quaternaire, et que celui de Neanderthal est loin de présenter une forme typique. Les arguments mis en avant, dit le D” Brinton (Science, New-
York, 10 fév. 1893),ne peuvent laisser un doute sur le, peu d'importange,
scientifique de ces crânes. — Peut-être, ajouterons-nous, cette conclusion est-elle trop absolue.
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Le crâne de Calaveras est rapidement devenu célèbre. Il avait été trouvé dans un dépôt &. graviers aurifères, sur le versant occidental de la Sierra Nevada, sous des couches soit de lave, soit de dépôts volcaniques succédant à des couches de gravier et de cailloux entraînés par les eaux tumultueuses. La stratigraphie montre de longues périodes agitées où de puissants courants ont alterné avec des éruptions répétées, et M. Skertchley constate avec raison la grande antiquité des graviers qui peuvent dater du pliocène ou même du miocène. Mais il fallait aussi montrer que le crâne était contemporain de ces graviers, et c’est ici que toute preuve fait défaut. Par sa conformation, il ressemble étrangement à celui des Indiens actuels, les Diggers, si je ne me trompe, qui habitent la
. région, et le D’ Leidy décrit des dents d'Equus, trouvées
dans ces mêmes sables auriières, semblables à celles du cheval moderne. Leur état est tel que le savant zoologiste n'hésite pas à les dire comparativement récents. La même conclusion s'applique au crâne, et avec d'autant plus de force que son introduction en fraude par les ouvriers employés à l'exploitation des sables paraît aujourd’hui à peu près certaine.
Si nous revenons ici sur une question qui paraissait absolument prescrite, c'est parce qu’à notre grande sur-
prise M. Laing, dans un ouvrage récent (1) qui obtient
une vogue inconcevable en Angleterre, sans apporter un argument nouveau, donne le crâne de Calaveras — on voit avec quelle sûreté de jugement — comme une preuve de l'existence de l’homme dès l’époque tertiaire!
Nous ferons des objections plus fortes encore, s'il était |
possible, à une figurine en terre cuite assez artistique comme facture, trouvée récemment à Nampa (Comté d'Ada, État d’Idaho),-dans un bassin formé par la rivière Snake, un des affluents de la Colombia. Elle gisait sous un
(1) Human Origins, London 1892.
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