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CHAPITRE VIII

os PERCÉS ET SCULPTÉS.

§ i. Mastodonte de Piénont. — Bartolomeo Gastaldi, qui peut être considéré comme rinitiateur de la paléoeth- Dologie en Italie, dans un mémoire publié peu de temps avant sa mort, a décrit et figuré (1) une omoplate du Mastodon Atwernensù, grand proboscidien pliocène. Cet os, recueilli dans Tastien supérieur de Piémont, présente, sur sa partie plate, un large et profond trou irrégulièrement elliptique, entouré d'un bourrelet formé par une ostéite. C'est évidemment le résultat d'une profonde blessure qui s'est cicatrisée. Doit-on en conclure qu'elle a été faite par l'homme? Certainement non, car elle est trop forte. Comment l'homme, et surtout l'homme primitif, aurait-il pu percer l'os, les chairs et surtout la peau épaisse et dure du mastodonte? Les mastodontes étaient armés de puissantes défenses, terminées en pointe. La blessure doit être, comme le pense Gastaldi, le résultat d'un combat entre ces animaux.

§ 2. Craiif ronge de Snlfolk. — Dans la séance du 8 avril 1872, de l'Institut anthropologique de Grande-Bretagne et d'Irlande (2), M. Edouard Charlesworth a présenté des dents d'un squaloïde du genre carcharodon provenant du crag rouge de Suffolk, étage astien. Elles sont percées à la base. M. Charlesworth croit que ce trou est le produit d'un travail humain, analogue à celui pratiqué par les insulaires de la mer du Sud sur les dents de poisson qu'ils fixent sur leurs armes pour les rendre plus meur-

(1) Gastaldi, Fragmenti di paleoetnologia italiane, 1877. (a) OusTALET, Revue scientifique, 25 octobre 1873, p. 407.

trières. C'est aussi, dit-il, Topinion de M. Oiiven, qui a soumis les trous à un examen attentif. Ces trous ne ressemblent pas aux perforations produites par certains mollusques, tels que les pholades et les saxicayes ; par des éponges, telles que les cliones, et par des annélides, tels que les térédines. Pourtant, ils sont bien de Tépoque du crag, plusieurs contenant à Tintérieur des matières calcaires déposées par la mer de cette époque.

Cette manière de voir a été appuyée -par M. Collyer, les perforations étant irrégulières et en biseau sur les bords. En outre, elles occupent le centre de la partie basilaire de la dent, c'est-à-dire une position telle, que les dents percées ont pu se fixer facilement à des armes ou s'enfiler régulièrement en collier. Les habitants des iles Sandwich et de la Nouvelle-Zélande emploient pour les mêmes usages des dents de requin percées de la même manière. Au contraire, on ne peut citer aucun exemple d'entozoaires vivant dans la substance dentaire. Et il n'a jamais entendu dire que, chez les squales, les dents fussent sujettes à la carie.

Malgré ces affirmations, M. Gobbold croit que les perforations présentées sont Tœuvre d'un en tozoaire voisin du Nematobothrium filarina, qui vit dans les cavités branchiales d'une espèce de Sciosna, M. Whitaker se fondant sur les dimensions variables des perforations et sur leur situation particulière, est porté à les attribuer à la décomposition de la racine de la dent. MM. Carter Blake et Whitaker croient aussi que la carie peut avoir percé l'ostéodentine.

M.T.-M. Hughes (i), résumant toute la discussion, montre que les ouvertures des deux côtés de la dent ne sont pas toujours rigoureusement correspondantes, et que, sur

(1) Hughes, Geological Magazine^ vol. IX, juin 1872.

quelques spécimens, la perforation est incomplète. Fait capital, il rappelle que Ton trouve des perforations semblables dans les os non seulement du crag, tertiaire supérieur, étage astien, mais de quelques autres dépôts plus anciens, tels que le grès vert, terrain secondaire, auquel il est impossible de faire remonter l'homme. Il en conclut que les perforations des dents du crag de Sufifolk doivent être attribuées à des lithodomes, des gastéropodes ou des spongiaires peut-être aidés par des actions de décomposition. M. Busk (1) a confirmé cette démonstration au congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Bruxelles.

Il est vraiment curieux de voir combien de bons esprits et d'hommes éclairés se sont obstinés à aller chercher la preuve de l'homme tertiaire dans des dépôts et des produits marins.

§ 3. Miocène des Dardanelles. — Au commencement de 1873, un autre Anglais, M. Franck Galvert, qui réside en Turquie, lança dans le monde scientifique une nouvelle à sensation. S'occupant de géologie et étudiant les côtes des Dardanelles, il prétendit y avoir trouvé les preuves de l'existence de l'homme miocène, dans des couches appartenant à l'étage helvétien. C'étaient non seulement un éclat dd silex taillé et plusieursos brisés comme pour en extraire la moelle, mais encore et surtout un fragn^ent d'os de dinothérium ou de mastodonte, animaux caractéristiques de l'étage, sur la partie convexe duquel était gravée une âgure de quadrupède à cornes, dont le cou était arqué, le corps long, les jambes de devant droites et les pieds larges.

Cette nouvelle fut accueillie très favorablement. La démonstration paraissait complète : silex taillés, os cassés in-

(1) BusK^ Compte rendu du congrès de Bruxelles, 1872, p. 109.

'^Z HOMME TERTIAIRE. f* ' ''^ 69 ''' «^-^

teDtionnellement, os gravés. Elle était même trop complète pour ne pas soulever quelques doutes. Bientôt des discussions personnelles et violentes entre M. Calvert et M. Schliemann, qui venait de faire ses fouilles d'Hissarlick^ éclairèrent le public en discréditant les deux adversaires. Du reste, les observations sérieuses et les pièces à Tappuî ne sont jamais venues confirmer les faits énoncés. 11 n'j a donc pas lieu d'en tenir compte.

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