‹ Le préhistorique antiquité de l'hommeChapitre 15 sur 72 · OSSEMENTS HUMAINS · texte numérisé non relu

OSSEMENTS HUMAINS

§ 1. Grés de Fontainebleau. — • En 1823, on annonça qu'on avait trouvé, dans la forêt de Fontainebleau, près de Moret, un homme pétrifié renversé, sur un cheval également pétrifié. On ajoutait que le corps avait en partie conservé ses formes et des proportions parfaitement belles., et que le cheval, de son côté, présentait une tête admirable. Je n'aurais pas parlé de cette « masse informe de grès décorée du nom d'homme fossile », comme l'appelle Isidore Geoffroy Sain t-Hilaire(l), si elle n'avait fait couric tout Paris et si elle n'avait eu les honneurs d'un rapport à l'Académie des sciences ; rapport qui démontra sans peine que c'était un simple rognon de grès siliceux, affectant une forme bizarre. -^ *'

§2. Marnes bleues deSavone. — Vers i856, en construisant une église, au Colle del Vento, dans l'intérieur de l'enceinte de Savone (Ligurie), on découvrit, au fond d'une tranchée de 3 mètres, dit-on, de profondeur, un

(1) Isidore Geoffroy Saint- Hilaire, Histoire des anomalies de l'orgatiisatioUy j 832, p. 175.

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squelette humain. Les os étaient à peu près dans leur connexion naturelle, enchâssés dans une marne pliocène compacte des plus caractéristiques, qui contenait aussi un grand nombre d'huîtres fossiles. Ces huîtres sont identiques à Tespèce la plus commune du pliocène ligurien^ partie inférieure de Tétage astien. M. Arthur Issel (I), qui a communiqué ce fait au congrès international d'archéologie et d'anthropologie préhistoriques de Paris, en 1867, croit l'homme de Colle del Vento contemporain du gisement dans lequel on Ta trouvé, par conséquent pliocène. ((Pourtant, dit-il, malheureusement aucun naturaliste n'était présent pour constater par des observations précisés et rigoureuses que ce terrain n'était pas remanié et que les ossements avaient été enfouis en même temps que les huîtres. De plus, la majeure partie de ces précieuses dépouilles a été perdue pour la science. » Le peu d'os conservés montrent que l'individu était de petite taille, plus petite que celle des Liguriens actuels ; de plus, un fragment de maxillaire inférieur parut tout d'abord présenter un caractère spécial ; mais plus tard on reconnut que c'était plutôt un effet de cassure qu'un caractère réel, et Ton retrouva des analogues parmi les mâchoires actuelles. Les couches du pliocène de Savone sont parfaitement caractérisées par un grand nombre de coquilles marines fort bien conservées. Elles contiennent aussi par exception des fossiles terrestres, tels que des fruits et des tiges de conifères à moitié carbonisés, des hélices, des os de rhinocéros, etc. Mais ces os sont disséminés et épars, tandis que les os humains avaient conservé leur connexion naturelle. N'est-ce pas une preuve qu'au lieu d'avoir les restes d'un cadavre humain ballotté par les vagues de la mer pliocène, nous sommes tout simplement en présence d'un

(1) Issel, Compte rendu du congrès de Pam, 1807, p. 75.

ensevelissement postérieur, qui, dès lors, n'a plus de date V^ certaine? Très désireux d'éclairer autant que possible la • question, M. Issel, en J874, a entrepris des fouilles à

1 mètre de distance des fondations de Téglise, vers Tendroit où les ossements humains ont été trouvés. Il a constaté qu'en ce point les couches tertiaires étaient bien intactes, sans trace de remaniement. Malheureusement, les religieuses auxquelles appartient le terrain, quand il fut à

2 mètres de profondeur^ lui interdirent de continuer ses fouilles.

§ 3. Aripile verdâtre de Castenedolo. — Vers la fin -H de Tété de 1860, M. le professeur Ragazzoni, cherchant des coquilles et des polypiers fossiles dans les marnes verdâtres astiennes ou tortoniennes de la colline de Castenedolo, près de Brescia (Italie), y rencontra une calotte crânienne et quelques autres ossements humains. Il négligea tout d'abord ces débris, parce que, les ayant montrés à MM. Stoppani et Gurioni, les deux géologues lombards les déclarèrent récents. Pourtant désirant approfondir la question, M. Ragazzoni continua ses recherches. Elles lui firent découvrir de nouveaux ossements. Il les communiqua àTAteneo de Brescia, séance du 4 avril 1880 (1). Les ossements humains de Castenedolo appartiennent au moins àquatre individus différents. Le 2 janvier i 880, on recueillit des portions d'os représentant toutes les parties d'un corps, depuis la tête jusqu'aux pieds. Le 46 février, on découvrit un squelette complet. Cette réunion d'un certain nombre 'de corps au même point et surtout le groupement des os du squelette doivent faire présumer que ce sont des sépultures. M. Ragazzoni répond qu'il n'y a pas trace de remaniement des couches. Cette observation suffit-elle pour résoudre la question, surtout quand on sait que l'action de

(1) Sentinella Bresciana, avril 1830.

la mer consiste surtout à disséminer les corps d'animaux qui ont encore leurs chairs et à disperser ]es os des squelettes?

§ 4. Sidérolithique de Délémont. — Les hommes inhumant leurs morts, la détermination de Fâge des ossements humains devient beaucoup plus difficile que celle des os d'autres animaux. Il faut surtout être fort circonspect quand il s'agit de squelettes complets dont les diverses parties sont dans leur connexion naturelle.

C'est ainsi qu'un squelette humain signalé par M. Quiquerez, dans les argiles sidérolithiques de Délémont (Suisse) a été reconnu comme postérieur à cette formation, qui appartient à l'éocène supérieur, étage ligurien. (2i^, /C/riri r/^^t

§5. Mollasse du midi de la France. — Il en est deX.7 même d'un autre squelette trouvé dans le miocène du^ . , y midi de la France et décrit par M. Garrigou. é ^^ 'f^î^/i 5^ /. t " *', "* 8 "• ^"^•* ■*" Camp-des-Aiijçes. — Ces deux derniers ' gisements, appréciés de suite à leur juste valeur, même par les observateurs qui les ont mentionnés, n'ont pas fait grand bruit. Tout différent a été le sort d'une nouvelle arrivée d'Amérique. A la session de Bruxelles du congrès international, M. de Quatrefages a pu dire avec raison : « Les membres qui ont assisté au congrès de Paris se souviendront de l'émotion que nous avons éprouvée quand on est venu nous apprendre qu'on avait trouvé un crâne humain dans le terrain tertiaire de la Californie. Depuis lors, plusieurs personnes ont cherché à avoir des renseignements sur un fait aussi capital, mais ils n'ont pu en obtenir (1). »

Voici le fait. En creusant un puits au Camp -des- Anges, dans le comté de Galanines, les ouvriers, après avoir traversé diverses couches de tuf volcanique alternant avec

(1) De Quatrefages, Compte rendu du congrès de BruxelleSy 1872, p. 107.

des amas de graviers, auraient trouvé, à 153 pieds de profondeur (environ 51 mètres), un crâne humain. M. Whitney, directeur du Geological Survey du pays, a recueilli ce crâne avec empressement. Il a fait connaître la découverte à M. Desor, qui en a répandu le bruit en Europe. De 1867, où la nouvelle a été donnée pour la première fois au congrès international de Paris, jusqu'en 1874, interpellation de M. de Quatrefages, c'est-à-dire pendant six ans, on a vainement attendu des explications. Enfin on a appris que le fameux crâne humain, prétendu tertiaire, était tout simplement un crâne d'Indien plus ou moins moderne. Le savant géologue californien au rai tété victime d'une mystification intéressée de la part des puisatiers, qui, ne trouvant pas assez d'or au fond de leur puits, auraient voulu en extraire un peu de la poche de M. Whitncy.

La question en est restée là jusqu'à la fin de 1879, c'està-dire pendant près de douze ans, quand M. Desor (1), dans une brochure publiée à Nice en décembre i879, chercha à la raviver. «Le crâne californien, dit-il, est authentique et provient bien des alluvions aurifères pliocènes. n Mais pourquoi M. Whitney et son avocat ont-ils gardé un si long silence? Parce que, prétendent-ils, la découverte était vivement attaquée et contestée par le clergé. Mais c'était justement une raison majeure pour la défendre. Pourquoi aussi ce fameux crâne est-il devenu cpàne de Calaveras? Dans quel but a-t-on changé son nom sans en donner la raison? Il y a là bien des obscurités que n'éclaire pas assez la brochure de M. Desor. Justement, en même temps que cette brochure parvenait à Paris, revenait un naturaliste français qui a passé trois ans en Californie avec une mission du gouvernement, M. Gessac. Il a été à même de juger la prétendue découverte, et il

(1) Desor, VHomme pliocène en Californie ^ 1879.

n'y croit pas, pas plus que M. Simonin, qui également est ailé sur les lieux. Leur témoignage, il me semble, doit avoir plus de poids que celui du savant suisse, qui écrit à distance, sans avoir vu la pièce.

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