CHELLÉEN. — FLORE
§ 1. Forest-bcd et fsrags. — M. S.-W* King a recueilli dans le forest-bed de Happisburg les végétaux suivants : Pinus abies ou Ptcea excelsa, sapin (cônes) ; Pinus sylvestrts, pin sylvestre (cônes) ; Taxus baccata, if (semences) ; Betula, bouleau (bois) ;
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• AlnuSy aune;
Quercus, chêne (glands) ;
Prunus spinosa, prunelier commun (noyaux) ;
Menyanthes trifoliata^ trèfle d'eau (graines) ;
Nymphxa alba, nénuphar blanc (id.);
Nymphœa lufea, nénuphar jaune (id.) ;
Ceratophyllum demersum (fruits) ;
Fotamogeton.
Pour compléter la flore du forest-bed, il faut ajouter :
Abies pectinata^ sapin argenté (cônes);
Pinus montana, pin des montagnes (cônes) ;
Corylus avellana ovata, noisetier (noisettes rondes) ;
Soit quinze espèces, qui toutes vivent encore de nos jours, maiç dont trois, le sapin ordinaire, le sapin argenté et le pin des montagnes, n'existent plus en Angleterre. Cette flore dénote un climat relativement froid et semble jurer avec la faune qui lui est associée, faune de climat chaud ou tout au moins de climat très tempéré. C'est, en effet, dans la douceur permanente de la température qu'est le nœud de la question. La plupart des végétaux du forestbed peuvent supporter des. températures très froides et craignent des températures chaudes. La plupart des animaux de la même assise peuvent supporter des températures très chaudes et craignent les températures froides. Puisque plantes et animaux vivaient ensemble, il n'y avait donc ni grandes chaleurs ni grands froids. Il régnait alors dans le Norfolk un climat très doux et très uniforme, sans grandes variations entre l'hiver et l'été.
Ce climat était pourtant relativement plus froid que celui de la France et du sud de l'Europe, par suite de la pénétration dans l'intérieur des terres de la grande mer du Nord qui amenait le froid. Ce froid est venu progressivement; pour s'en convaincre, il suffit d'étudier la faune malacologique des mers pliocènes de la région. Ces mers
ont laissé des dépôts désignés sous le nom de crag^ dépôts analogues aux faluns, mais plus récents. Le crag se subdivise en trois assises qui se superposent ainsi :
Crag de Norwich, le plus récent ;
Crag rouge, moyen ;
Grag corallien, le plus ancien.
Les deux derniers appartiennent à Tépoque astienne, le premier se rapporte à l'époque saintprestienne.
Le crag corallien a donné 327 espèces de coquilles, sur lesquelles 159 sont éteintes et 168 encore vivantes, soit 51 pour 100.
Le crag rouge, 225 espèces, dont 130 vivantes, soit 57 pour 100.
Le crag de Norwich, 81 espèces, dont 69 vivantes, ce qui fait 85 pour 100.
La plupart des espèces vivantes habitent encore les mers britanniques. Parmi les espèces du crag corallien, 2 seulement se rapportent à la faune du nord, et il y en a 27 de la faune du sud, soit 26 de la Méditerranée et 1 des Indes occidentales. Parmi les espèces vivantes du crag rouge, il y en a déjà 8 des mers du nord et plus que 16 méridionales. Enfin dans le crag de Norw^ich, il n'y a plus une seule espèce méridionale, et les espèces septentrionales atteignent le nombre de 12.
Ce résultat de statistique pure est confirmé par deux considérations accessoires :
1" Les mers chaudes ont une population malacologique bien plus considérable et bien plus variée que les mers froides. Or, nous voyons le crag corallien présenter un tiers de plus d'espèces que le crag rouge; et celui-ci en a fourni à peu près les deux tiers de plus que le crag de Norwich ;
2* Dans le crag corallien, ce sont les ^espèces méridionales qui sont les plus abondantes en individus, par con-
séqucnt les plus prospères, celles qui donnent la physionomie à la faune. Dans le crag de Norwich, au contraire, ce sont les espèces septentrionales.
Les laminated-beds qui recouvent le forest-bed sont une formation mixte d*eau douce et marine. On y a trouvé des ossements de morse, Trïckecus rosmaruSy et d'un narval, Monodon monoceros, mammifères marins qui habitent les mers du nord.
Enfm le tout est recouvert par le boulder-clay et le till, laissés par la mer glaciale ou glaciaire.
Il résulte de ces observations géologiques et paléontologiques que la mer qui baignait Test de l'Angleterre, pendant le pliocène et le quaternaire, s'est refroidie progressivement et a eu une grande influence sur le climat du pays pendant ces longues époques géologiques.
§ 2. Llsnites du nord-oaeat de la Salsse. — Les lignites des cantons de Zurich et de Saint-Gall^ qui contiennent YElephas antiquus et le Rhinocéros Merckiiy ont fourni aussi une flore étudiée par M. Ueer. Elle se compose de :
Pinus abî'es, sapin (côneaetbois).
Pinus sylvestrïs (bois, écorce, cônes).
Pinus montana (bois, feuilles, cônes).
Pî'nus lartx? (cônes).
Taxus baccata, if (semences).
Betula alba, bouleau (bois et écorce).
Quercus robur, chêne (gland avec cupule).
Acer pseudo'platanus, érable faux platane (feuilles).
Corylusavellanay noisetier (noisettes rondes et allongées).
Rubus îdœuSy framboisier (graines).
Vaccinium vitis idœa? myrtille ponctué (feuille).
Menyanthes trifoliaia^ trèfle d'eau (graines).
Phragmites commum's, roseau (feuilles et racines).
Sdrpus lacustris (graines).
Pohjgonum hydropiper? (graines).
Trapa natans ? (débris de fruit).
Galium palustre (graines).
Sphagnum cymbi'folium, mousse des marais.
Hypnum^ mousses, 3 espèces.
Equisetum limosum? (tiges).
Holopleura Victoria^ nymphéacée éteinte ; graines de la grosseur de celles du Nymphxa alba, se rapprochant du Victoria regia par leur opercule et la solidité de leur coque.
Ces vingt- trois espèces reproduisent assez exactement la physionomie de la flore actuelle des lieux humides et marécageux du pays. On peut faire sur elles des réflexions analogues à celles suggérées par le forest-bed. Seulement ici le climat, tout en se maintenant, par suite d'une grande humidité, très uniforme et assez doux, était refroidi par le voisinage des montagnes.
§ 3. Environs de Chambéry ; Biarritz. — Dans le bassin de Chambéry (Savoie), existent des alluvions anciennes, composées de couches de sable, de marne et d'argile, et contenant des couches de lignite. Ce combustible a même été exploité à Sonnaz et à Servolex. La position géologique et Tâge de ces alluvions sont parfaitement déterminés. Elles sontquaternairesetantérieuresàlagrande extension des glaciers dont les produits, argiles à cailloux striés et blocs erratiques, les recouvrent. Malheureusement on n'a pas trouvé d'ossements permettant de reconstituer la faune mammalogique. On a été plus heureux pour ce qui concerne la flore. On peut citer :
Pinus abies, sapin commun (cônes et bois).
Betula alba, bouleau (bois et écorce).
Salix cinerea^ saule cendré (feuilles).
Salix repens, saule rampant (feuilles).
Buxus sempervîrenSf buis commun (feuilles).
Le lignite du bassin de Chambéry est tout à fait analogue, comme constitution et aspect physique, à celui des cantons de Zurich et de Saint-Gall. Le gisement est semblable et tous les deux sont préglaciaires. Il est donc tout naturel d'y trouver la même flore. Il existe pourtant une différence, la présence du buis dans les lignites de Chambéry. Le buis est une plante qui demaqde pour prospérer un certain degré de température. Actuellement il ne dépasse pas la Bourgogne. Il existe à Chambéry; mais à peu de distance, à Annecy (Haute-Savoie) et à Genève (Suisse) ; on ne le trouve déjà plus. Le climat chelléen de Chambéry était donc plus élevé que celui de Zurich, sans pourtant dépasser la température actuelle, seulement cette température était certainement plus humide et plus uniforme.
Des lignites feuilletés de la même époque ont aussi été observés à Biarritz (Basses-Pyrénées) et ils ont donné des noisettes, des graines de trèfle d'eau et, fait intéressant, des semences de la nymphéacée éteinte de Suisse, YHolopleura Victoria,
§ 4. Tar de ia Celle. — Sur la rive droite de la Seine, un peu en aval du village de la Celle- sous -Moret (Seine-et-Marne), existe une puissante formation tuffeuse plaquée contre un escarpement calcaire ; ces tufs, explorés avec succès par M. Chouquet, lui ont fourni une flore et une faune malacologique importantes.
Ces tufs sont anciens, car il n'existe plus dans ces parages de sources ou de ruisseaux assez considérables pour produire une pareille formation. Us se sont déposés à une époque évidemment beaucoup plus humide. Plaqués contre Tescarpement, ils sont postérieurs à Texcavation de la vallée, qui doit être tertiaire. Reposant sur des alluvions quaternaires, ils appartiennent à cette période géologique, comme le prouvent du reste les plantes et les animaux qu'ils renferment.
Les plantes déterminées par M. (le Saporta sont :
Scolopendrum officinarum, scolopendre.
Corylus avellana, noisetier.
Populus canescenSy peuplier grisaille.
Saltx cinereay saule cendré.
Salixfragtlis^ saule fragile.
Ficus carica, figuier sauvage.
Laurus canariensis, laurier des Canaries.
Fraxinus excelsior^ frêne ordinaire.
Sambucus ebulus, sureau.
Hedera hélix ^ lierre.
Clematisvitalba, clématite ordinaire.
Buxus sempervtrens^ buis.
Acer pseudo-platanusj érable faux-sycomore.
Evonymus europœus, fusain ordinaire.
Evonymus latifolius, fusain à larges feuilles.
Prunus mahalebj mahaleb ou bois de Sainte-Lucie.
Cercis siliquastrum, gainier ou arbre de Judée.
Sur ces dix-sept espèces, cinq ne sont plus spontanées dans le bassin de la Seine : le buis, qui actuellement ne dépasse pas la Bourgogne ; le fusain à larges feuilles, qui s'arrête au Jura ; Tarbre de Judée, qui ne dépasse pas les rochers de Donzère entre Montélimart et Orange ; le figuier sauvage (fig. 21 et 22) propre à la Provence, et le laurier des Canaries, qui n'existe même plus en France. Ces espèces dénotent un climat très doux et assez chaud.
D'autre part, certaines espèces qui ne descendent pas dans le Midi, qui n'atteignent plus la région du figuier et du laurier spontané, montrent que la chaleur était tempérée et moindre que celle de la Provence actuelle. Ces espèces sont le frêne ordinaire, le saule cendré et surtout le faux-sycomore. Dans la région méditerranéenne, le saule cendré n'existe que dans le fond des vallées les plus fraîches et dans le voisinage des eaux. Le frêne ordinaire est à peu
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près exclu de la région. Quant au faux sycomore, sa limite actuelle est encore plus au nord dans les montagnes du Dauphiné. Non seulement il ne vient plus spontané en Provence, mais encore il s'y montre rebelle aux essais d'introduction et de culture comme plante d'ornement.
Fis. ÎO- Fig. ïl.
Feuille do û^uier. iji grandeur. Figue. Gr. unturelle.
Tuf de II CeUa-Soue-Maret (Seine-et-M*rne;.
Ces trois espèces se développent largement et vigoureusement dans les pays du nord. Nous en revenons toujours à une température douce et uniforme, très sensiblement plus humide.
Pouvons-nous aller plus loin?
M. de Saporta a tenté de fixer le degré minimum de la température de la vallée de la Seine quand le tuf de ta Celle se déposait. Le laurier des Canaries n'est qu'une variété ou race du laurier ordinaire, Lawus nobilis, race plus sensible encore au froid que ce type de l'espèce. Eh bien! le laurier ordinaire, dont lès fleurs, comme celles du laurier des Canaries, s'épanouissent en hiver, est plus sensible au froid que l'olivier, qui périt entre 10 et 12 degrés ' centigrades. 11 ne peut pas supporter une température qui
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irait au-dessous de 8 degrés. La température dans la vallée de la Seine, à Tépoque du dépôt • du tuf de la Celle, ne devait doue pas atteindre 8 degrés de froid.
L*étude des coquilles prouve aussi que la température était plus douce que de nos jours. En effet, les Cyclostoma elegans du tuf de la Celle, comme ceux des alluvions quaternaires de Menchecourtet des environs de Paris, sont sensiblement plus gros et surtout plus profondément ciselés que ceux qui vivent actuellement dans ces régions, sans pourtant l'être autant que ceux des côtes de Provence. Parmi les espèces qui ne vivent plus dans le pays, on peut signaler V Hélix limbata du centre et surtout du midi de la France ; le Bulimus montanus, qui craint les grandes chaleurs et recherche les localités fraîches; V Hélix ôidens^ signalée aussi dans les alluvions quaternaires des environs de Paris; espèce qui s'est retirée vers rorient; son centre actuel d'habitation est la Transylvanie et la Croatie.
Une des plus grandes espèces du tuf de la Celle, le Zonites aciefofmis, est complètement éteint, mais il se rattache à un groupe de zonites carénés dont les représentants les plus voisins sont actuellement dans la partie orientale de la Lombardie, la Yénétie, la Dalmalie et la Croatie.
Quel est au juste Tâge du tuf de la Celle? La faune et la flore sont éminemment chelléeiines. Le gisement vient confirmer cette donnée. Le tuf, reposant sur des alluvions du fond de la vallée, s'est déposé pendant la période de remplissage du quaternaire inférieur. Ce qui le démontre, c'est que dans le bas du gisement les deux premiers dépôts de tuf ont été chacun recouverts d'une couche de marnes d'alluvions. Puis, à mesure que les tufs s'accroissaient, les alluvions sableuses et caillouteuses les enveloppaient et enfin ont fini par les recouvrir et par arrêter leur
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développement. Lors du recreusement de la vallée, à Tépoque rooustérienne, ce massif de tuf a été peu à peu dégagé et s'est enfin trouvé remis complètement à jour. Il n'a pas été entraîné et détruit non pas seulement à cause de sa dureté qui le fait exploiter comme matériaux de construction, mais encore et surtout parce qu'il est placé au fond d'une anse et protégé contre le choc du courant par un promontoire, que formaient en amont les berges calcaires de la rive droite de la Seine. La preuve qu'il a pourtant subi l'action du courant, c'est qu'en amont le gisement est plus arrondi, beaucoup moins étalé et qu'il ne reste plus là qu'une roche moutonnée d'une très grande dureté, comme l'a très bien observé M. Tournouër (i).
Le déblaiement a eu lieu, comme je viens de le dire; pendant l'époque moustérienne. Il était déjà accompli yers la fin de cette époque. En effet, j'ai trouvé sur ce mamelon de tuf un instrument en silex (2) de la lin du moustérien.
§ 5. Taf de Canstadt. — A Ganstadt, près de Stuttgard, dans le Wurtemberg, existe une formation tuffeuse analogue à celle que nous venons d'étudier. Elle se compose d'un tuf parfois terreux appelé AUuvial-Kalk parles Allemands. Il renferme la flore de la Celle, moins les espèces les plus méridionales : le laurier, le figuier, l'arbre de Judée et probablement le fusain à larges feuilles. Le buis s'y montre, bien que l'habitat actuel de cette plante soit très éloigné delà région. On y a aussi signalé le Mespilus pyricantha ou buisson ardent, arbuste encore plus méridional, qui habite actuellement le midi de l'Europe et qui en France ne remonte pas plus haut que le bas Daùphiné. Sous le
(1) TouRNOUER, Bull, Soc. çéol. de France, 18 juin 1877, t. V, 3« série, p. 649.
(ï) Miisée préhistoriqtief pi. XIV, fig. 80.
nom de Quercus mammouthis, M. Heer y a décrit un chêne qui diffère très peu du Quercus robur sessiliflora actuel. Le Quercus pedunculataf chêne pédoncule ordinaire, s'y trouve aussi. C'est celui qui maintenant remonte le plus haut vers le nord. Ces chênes n'ont pas été recueillis à la Celle.
Les deux localités sont à peu près à la même latitude, entre le 48^ et le 49* degré. Seulement la Celle est plus rapprochée du 48* et Canstadt du 49®. Canstadt est aussi plus continental. Mais ces différences ne suffiraient pas pour expHquer le manque des trois ou quatre végétaux les plus méridionaux. Cette absence provient de ce que le tuf de Canstadt est un peu plus récent. Au lieu d'être chelléen, il est du commencement du moustérien. Le fait est bien établi par la présence en assez grande abondance de VElephas primigenius.
Les conclusions tirées de la flore sont confirmées par celles qu'on peut déduire de la faune malacologique. Klein y a constaté 61 espèces de coquilles dont 50 terrestres et 21 d'eau douce. Sur les 50 terrestres : 36 habitent encore le pays, c'est le groupe d'espèces propres à l'Europe centrale, qui se retrouve jusque dans le Nord ; 10 ont abandonné les environs de Stuttgard, mais n'ont pas quitté l'Europe ; enfin 4 sont éteintes. Parmi ces dernières il y a le Zonites acieformts, forme du sud-est, que nous avons trouvé à la Celle. Parmi les émigrées : V Hélix bidenSy de Transylvanie, déjà signalé dans le tuf de la Celle et les alluvions quaternaires de Paris; les Hélix salaria et Clausilia bidenSy types méridionaux dont la signification climatologique a la même portée que celle du buis.
§ 6. Tnfs du midi de la Franee. —- Des tufs chelléens ont été signalés et étudiés dans le midi de la France, surtout en Provence. La flore de ces derniers a été produite par M. Gaston de Saporta à l'Exposition des sciences an-
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thropologiques, en i878 ; en voici le catalogue raisonné :
!• Le tuf des Aygalades, près de Marseille (Bouches-du- Rhône), a été parfaitement daté par la présence d'une dent à'Elepkas antiqum. Il renferme le :
Pinus Sahmanniy pin de Montpellier, qui n'existe plus maintenant en Provence. Il est retiré dans les Cévennes.
Corylus avellana, noisetier se rapprochant du Corylus tubulosaj race ou espèce européenne actuelle.
Ft'cîis carica, figuier sauvage.
Laurus nobilis, laurier d'Apollon ou ordinaire, retiré maintenant le long du littoral de la Méditerranée dans la région des orangers.
Laurus canariensis, laurier des Canaries.
Viburnum tinus, laurier-tin, rare à l'état spontané, remonte actuellement jusque vers Viviers.
Celtî's australiSy micocoulier, qui vit encore dans la région méditerranéenne.
Cratœgus oxyacantha, aubépine ordinaire.
Sorbus domesticay sorbier domestique.
Pyrus acerba, pommier acre ou sauvage, qui ne vit plus que dans les montagnes fraîches. Pour le retrouver en Provence, il faut aller jusqu*au massif de la Sainte-Baume.
Quercus pubescens, chêne rouvre, pubescent, qui s'est maintenu en Provence.
Cercis siliquastrum^ gainier ou arbre de Judée.
2" Le tuf deMeyrargues, près d'Aix (Bouches-du-Rhône), appartient à la même époque et contient :
Pinus Salzmannt\ pin de Montpellier.
Ficus carica^ figuier sauvage.
Laurus canartensis, laurier des Canaries.
Celtts australts, micocoulier.
Jihus attinus, fustel.
Clematts vitalba, clématite ordinaire.
JBedera hélix, lierre.
%U' ARCHÉOLOGIK PRÉHISTORIQUE.
Vïtis viniferay vigne commune, se rapprochant sensiblement du Vitis œstïvalis d'Amérique.
Acer neapolitanum, érable de Naples, race locale ou variété du sud de Tltalie, se rattachant au type Acer opulifolium.
Quefxus pubescenSy chêne rouvre pubescent.
3* Le tuf des Arcs, près de Draguignan (Var), le long des rives de TArgens, a donné :
Pt'nus Salzmanni, pin de Montpellier, qui a émigré vers Touest.
Salix cinereaj saule cendré ; retiré maintenant beaucoup plus au nord, dans le fond des vallons, au pied des montagnes.
Laurus nobilù, laurier ordinaire, qu'on ne retrouve plus qu'au sud.
4^ Le tuf de Belgencier (Yar), situé au fond d'une vallée escarpée, dans une région boisée et montagneuse, contient les espèces suivantes :
Corylus, qui par la forme de sa feuille, le nombre et la disposition des nervures, ressemble tout à fait au C colurna, noisetier de Byzance, espèce de TEurope orientale.
Ulmus montana^ variété latifolia, ormeau à larges feuilles, race ou variété très répandue en Auvergne, en Suède et ailleurs, n'existe plus en Provence, où pourtant habite Y Ulmus montana ordinaire.
Fraxinus omus^ frêne à manne ou à fleur, n'existe plus spontané qu'en Corse et dans le midi de l'Italie.
Acer opulifoliuniy érable à feuilles d'obier encore indigène en Provence seulement dans les montagnes.
Tiliaplatyphylla, tilleul qui vit dans les régions fraîches; aussi, pour le retrouver spontané, faut-il aller jusque dans les bois du massif montagneux de la Sainte-Baume et de Lure.
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§ 7. Tuf die Tlemeen. — Il existe à Tlemcen un dépôt de tuf quaternaire qui montre que TAIgérie, comme U Provence, avait à cette époque un climat moins chaud et surtout plus humide. L'espèce la plus abondante, il est vrai, est le Laurus nobilis, qui n'est plus spontané sur ce point de la province d'Oran. Mais le laurier ne sup» pose pas forcément une grande chaleur. Ce qu'il demande, c'est l'absence des grands froids, nous avons vu qu'il périt à 8 degrés au-dessous de zéro. Ce qu'il lui faut aussi, c'est une certaine quantité d'humidité dans l'air. C'est ainsi que le laurier est encore spontané, à la base des montagnes de la Lombardie sur les bords du lac d'Iséo, vers le 46*^ degré de latitude. Il s'élève même plus au nord sur les bords de l'océan Atlantique.
Au laurier sont associés VAlnus glutinosa^ aune glutineux, devenu rare en Algérie, et le ScUtx cinerea^ qui n'y existe plus. Cette dernière espèce ne descend même pas dans la Provence méditerranéenne. Entre deux on ne la rencontre que dans les montagnes les plus fraîches de la Corse et de la Grèce.
La flore du tuf de Tlemcen présente aussi une nouvelle preuve qu'à l'époque chelléenne, il y a eu ^ au moins pendant un certain temps, réunion de l'Europe et de l'Afrique*
§ 8. ConelusioBs thermoicraph Ignés. — La présence à la Celle, entre le 48^ et 49* degré de latitude nord, des :
Buxus sempervîrens, buis qui s'arrête actuellement en Bourgogne, vers le AT degré.
Evonymus latifolius^ fusain à larges feuilles du Jura, à peu près même latitude.
Cet^cis silïquastruniy gainier ou arbre de Judée, qui ne dépasse plus Montélimar entre 44 et 45 degrés.
Ficus carica , figuier sauvage, qui ne dépasse guère la Provence, entre 43 et 44 degrés.
Enfin Laurus canariensis, laurier des Canaries, qui vit
aux Canaries et dans TAurès, de 25 à 35 degrés. Equivalent du Laurus nobilis^ laurier commun, habitant encore la région des orangers dans le midi de la France, soit comme le figuier, de 43 à 44 degrés, mais exclusivement sur le littoral.
La présence de toutes ces plantes prouve de la manière la plus formelle que, pendant Tépoque chelléenne, il faisait à la Celle beaucoup plus chaud qu'actuellement.
Par contre^ l'existence dans les tufs chelléens de la partie basse de la Provence, entre 43 et 44 degrés, des :
Salix cmereaj saule cendré.
Rubus idœuSy framboisier.
Ulmus montana^ orme montagnard.
Tilia platyphylla^ tilleul.
Acer opulifolium, érable à feuilles d'obier. ^ Pyrus malus^ pommier sauvage.
Espèces dont aucune ne descend actuellement jusqu'au 44® degré de latitude dans la région des plaines. Pour les retrouver à cette latitude, il faut pénétrer assez avant et assez haut dans les montagnes. L'existence de ces espèces dans^ les tufs chelléens de la partie basse de la Provence démontre qu'à cette époque le climat du midi de la France était moins chaud que de nos jours.
Il faisait plus chaud à la Celle, moins chaud en Pro> vence ou, en termes plus généraux, plus chaud dans le Nord, moins chaud dans le Sud, ce qui équivaut à dire que la température était plus égale, plus uniforme, avec des écarts moins grands, résultats dus surtout à une très forte humidité.
Cette uniformité et douceur de température n'était pas seulement propre à la France, elle se faisait aussi sentir d'une part en Afrique, comme nous avons pu le constater par l'étude du tuf de Tlemcen, d'autre part en Allemagne, puisque le tuf de Canstadt, bien que de la fin tout à fait de
i'époque chelléenne et même du commencement de l'époque moustérienne, contient encore le buis et le buisson ardent, espèces actuellement bien plus méridionales.
Pourtant dans les régions montagneuses, comme en Suisse, et sur les bords de la grande mer du Nord, comme dans le Norfolk, la température s'était déjà assez abaissée pour exclure les espèces végétales des pays méridionaux.
Enfin nous avons vu que M. Gaston de Saporta par Tétude des lauriers est arrivé à établir que la température du centre de la France, la température de la Celle, ne devait pas descendre à moins 8 degrés pendant Tépoque chelléenne.