‹ Le préhistorique antiquité de l'hommeChapitre 40 sur 72 · ALLUVIONS · texte numérisé non relu

ALLUVIONS

60 Les cailloux des alluvions sont arrondis et généralement réguliers, sans traces de cassures successives.

70 Les cailloux ne sont jamais striés .

80 Les argiles et limons d' alluvions reposent sur des roches qui ne présentent pas de stries.

On voit que les boues glaciaires, avec leur mélange chaotique de cailloux irréguliers et stries, sont très faciles à reconnaître. Eh bien, on les retrouve dans toute la région des blocs erratiques, non seulement dans le fond des vallées, mais encore sur les points les plus élevés . C'est ainsi par exemple que, dans le bassin de Ghambéry, j'ai signalé des boues glaciaires à cailloux striés de calcaire noir alpin aux Déserts, derrière le mont Nivolet, à environ i 000 mètres d'altitude.

§ 0. Horaines. — Les blocs et débris qui tombent sur la surface d'un glacier, après avoir cheminé plus ou moins longtemps sur son dos, sont en partie abandonnés sur ses bords, de sorte qu'il s'y forme un bourrelet longitudinal de fragments de roches diverses. Le reste est charrié jusqu'à l'extrémité du glacier et s'y amoncelle, constituant de petits monticules composés de matériaux variés, déposés dans le plus grand désordre.

C'est ce qu'on appelle les moraines. Elles prennent le nom de moraines latérales^ quand elles bordent le glacier, et de moraines frontales, ou terminales ^ quand elles entourent son extrémité. Eh bien, l'aire de distribution des blocs erratiques est presque toujours limitée soit par des moraines latérales, soit par des moraines frontales.

Les moraines frontales sont plus complexes que les moraines latérales. Les éléments charriés à la surface du gla-

SOO ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE.

cier s'y mêlent avec ceux provenant du fond. Les blocs erratiques anguleux d'en haut y sont associés à des blocs erratiques arrondis et fortement striés d'en bas. On y rencontre en certaine abondance la boue glaciaire et les cailloux striés, qui sont exceptionnels dans les moraines latérales.

Le front des glaciers s'étalant suivant une section de cône surbaissé, les moraines qui Tentourent décrivent généralement un arc de cercle dont l'intérieur est tourné en amont. C'est ce qu'on nomme Y amphithéâtre glaciaire* Les moraines latérales suivent les sinuosités des parois encaissantes de la vallée, à un niveau constant s'inclinant régulièrement dans le sens de la pente.

La région des blocs erratiques, contenant aussi des cailloux irréguliers et striés, des roches polies, sillonnées et moutonnées, des boues glaciaires, et étant bordée par des moraines, a été certainement occupée par d'anciens glaciers ; les glaciers seuls peuvent produire cet ensemble de phénomènes.

§ 6. Creusement des lacs. — Si les phénomènes que nous venons d'examiner ont laissé des traces plus ou moins faciles à reconnaître dans l'ancienne région glaciaire, il en est un autre qui, à la simple inspection d'une carte, peut nous donner une idée approximative de cette région : c'est la distribution des lacs. En effet, les lacs des Alpes sont tous dans la région glaciaire, et les grands lacs, en général, à l'extrémité de cette région. Tels sont les lacs de Genève, Neuchâtel et Constance, en Suisse; les lacs d'Ammer, Wurm et Ghiem, en Bavière ; les lacs d'Atter et de Traun, dans la Haute-Autriche ; le lac de Werther, en Garinthie, et les lacs de Garde, Iseo, Côme et Majeur, en Italie. Les petits lacs vosgiens indiquent l'existence des anciens glaciers des Vosges; En Angleterre, ce qu'on appelle la région des lacs correspond à un grand développement glaciaire quater-

Daire. Enfin, en Norvège, en Suède' et surtout en Finlande, le domaine des anciens glaciers est littéralement marqueté de lacs. Il en est de même dans le nord de l'Amérique , jusqu'aux limites du Canada et des Etats-Unis, où se trouvent justement les grands lacs.

Il y a donc une relation certaine entre les lacs et les glaciers. Il y a plus, les lacs sont un produit des glaciers. En effet, autour d'eux on observe des alluvions anciennes inférieures et, par conséquent, antérieures au terrain erratique et aux boues glaciaires. Ces alluvions sont régulières. Les couches qui se trouvent à l'extrémité du lac contiennent des cailloux ou roches du haut de la vallée. Ces roches ont été roulées tout le long du bassin du lac, qui dès lors ne devait pas exister^ parce qu'au lieu de parvenir à son extrémité elles seraient restées au fond.

Les lacs existent, de nos jours, avec des profondeurs qui atteignent 290 mètres au lac de Garde, 298 au lac d'Iseo, 587 au lac de Gôme, et même 797 mètres au lac Majeur.

Ces profonds bassins ont été creusés entre le dépôt des alluvions anciennes et les temps actuels. Seule, l'extension des glaciers s'interpose entre deux ; c'est donc à elle qu'il faut attribuer le creusement des lacs, qui sont^ comme je l'ai déjà constaté, tous dans la région glaciaire.

Ge n'est pas seulement par suite de barrages produits par les moraines frontales, que les lacs se sont formés, puisque leurs bassins descendent bien au-dessous de la base des moraines ; c'est par une action de creusement. Les glaciers, affouillant profondément les sols meubles, ont déblayé les grands bassins remplis d'alluvions anciennes, et, après la fonte des glaces, ces bassins sont restés occupés par l'eau.

Les glaciers, comme nous l'avons vu, exercent une action des plus violentes sur les terrains sous-jacents. Ils rongent et moutonnent les roches les plus dures, granités,

soa

ARCHÉOLOOIE PRÉHISTORIQUE.

quartz, quartzites, porphyres. On peut juger par là de ce qu'ils doivent produire sur les éléments meubles des alluvions. Nous avons constaté qu'ils entraînent ces matières meubles dans le sens de leur marche, comme le prouvent le polissage et le cannelnge des roches en place, le striage et l'arrondissement successif, après de nombreuses fractures, des cailloux contenus dans les boues.

Les lacs se trouvent aux points du maximum de puissauce et par conséquent d'action des anciens glaciers. D'après l'altitude des moraines latérales, on peut calculer

Fig. 32.

Creusement des lacs par les glaciers.

G. Glacier ; S. Sol primitif;

£. Excavation du sol, bassin .acustre ;

M. Moraine terminale en partie composé par le terrain excavé; V, R, H. Représentation de Taction dynamique; V. Action verticale du poids ; H. Action horizontale de la poussée ; R. Résultante agissant obliquement et labourant le ol S.

qu'en ces points la hauteur de la glace, au-dessus du niveau actuel de l'eau, variait de 300 à 800 mètres. Chaque mètre carré de surface supportait donc un poids d'environ 300 à 800000 kilogrammes. Cette pression verticale, com-* binée avec une force de poussée encore plus grande, dans e sens de la vallée, c'est-à-dire à peu près horizontale, a dû forcément, d'après les lois de la dynamique, donner une résultante agissant obliquement*. C'est celle résultante

qui a usé et moutonné les roches dures, et affouilié profondément les dépôts meubles d'alluvîons.

L'afTouillement glaciaire, tant ancien qu^actue), est démontré de là manière la plus certaine par l'existence de boue avec cailloux striés, formation de fond, dans les moraines frontales, à des niveaux bien supérieurs à celui du fond de la vallée. Ces boues avec cailloux striés ont forcément été refoulées et relevées par l'action des glaciers.

Bien plus, l'observation directe des glaciers actuels fournît des exemples frappants d'affouillements. Il y a une cinquantaine d'années, le glacier des Bossons, à Ghamounix, était en voie d'accroissement. En avançant au sein d'un bois de sapins, il a affouilié profondément le sol, l'a soulevé et a porté, jusque sur le dos de ses moraines, arbres et terrain. De Billy, rendant compte de l'avancement du glacier de Groner, vallée de Zermatt (Suisse), en 1852, dit que les glaces « soulevaient devant elles le sol, comme un gigantesque soc de charrue» (I). L'observation directe des faits vient donc, tout comme les lois mathématiques, confirmer l'idée que j'ai émise en !859 du creusement des lacs des régions montagneuses par l'affouillement des glaciers.

M. J. Glifton Ward a démontré que les cuvettes de plusieurs lacs du Cumberland, région glaciaire, sont le produit d'actions d'excavation : lacs Derwentwater, Bassentwaite, Buttermere, CrummocketLoweswater. Ces cuvettes ne se trouvent pas sur des failles et ne sont pas dues à des endiguements morainiques. Quel a pu être l'agent excavateur, si ce n'est le glacier lui-même ?

§ 7. ExiensloB des placiers. — Grâce aux lacs, aux roches polies, cannelées et moutonnées, aux boues glaciai-

(1) De Billy, Bull, Soc. gé^L de France, séance du 3 décembre 1866, p. 103.

res aTec leurs cailloux striés, aux blocs erratiques et aux moraines, on peut tracer assez exactement la carte de l'ancienne extension des glaciers.

Les petits centres glaciaires, disséminés actuellement sur les points les plus élevés des Alpes, formaient une vaste région glaciaire, au centre de TEurope, dont les grands lacs qui entourent la chaîne fixent à peu près les limites. La Suisse était entièrement couverte, à part quelques îlots à rintérieur et un petit espace à Textrème nord-ouest, du côté de Bàle. Les glaces, passant par-dessus le Jura, déversaient même un peu sur la France. Au-delà du lac de Constance, elles empiétaient un peu sur Bade et le Wurtemberg. En Bavière, elles descendaient jusque vers Munich. En Autriche, elles occupaient tout le Tyrol, le Salzbourg, et atteignaient presque Linz. Le Sœmmering a?ait aussi ses glaces. Toute laGarinthie en était remplie, jusque vers Klagenfurth. Toutes les vallées alpines du versant italien étaient également remplies, et Ton voyait le glacier du Tagliamento s'étaler dans la plaine jusque vers Udine ; ceux de la Piave et de la Brenta réunis couvrir le plateau des Sette Gommuni ; celui de TAdige, après avoir occupé le lac de Garde, étendre ses moraines frontales jusqu'à Lonato, Gastiglione, Yolta, Sommacampagna ; celui de rOglio s*étendre, au-delà du lac d'Iseo, jusqu'à Adro et Rovato ; celui de TAdda, après avoir traversé les lacs de Gôme et de Lecco, couvrir la Brianze ; celui du Tessin passer le lac Majeur, se jeter vers l'est et occuper toute la région du lac Varese et des petits lacs ; celui de la Doire d'Ivrée former, au-delà de cette ville, un vaste hémicycle, qui se terminait à peu de distance de Ghivasso ; enfin le glacier de la Doire de Suse, sur la moraine frontale duquel est bâti Rivoli, arrivait non loin de Turin. Dans les Alpes Maritimes, les anciens glaciers seraient descendus jusque vers le confluent de la Tinée et du Var. Le glacier du Drac a

dépassé Sisteron et s'est étendu jusqu^à Ghàteau-Arnoui. Plus de la moitié des départements des Hautes- Alpes et de risère, ainsi que toute la Savoie et la Haute-Savoie, étaient sous les glaces. Les glaciers du Rhône, de TArc et de risère, réunis, envahissaient le nord du Dauphiné et le sud du département de TAin, et venaient largement s*étaler jusqu'à Lyon.

On a aussi signalé quelques petits glaciers locaux du Jura et des massifs du Pilât, où il n'en existe plus.

Les Vosges avaient un massif glaciaire bien caractérisé, d où partaient divers grands glaciers : Giroraagny et Folleringen^ en Alsace; Remoncbamp, le Bresse et Gerardmer, dans le département des Vosges.

£n traversant le Rhin^ les montagnes de la forêt Noire présentent un autre massif glaciaire.

Dans le centre de la France, les massifs du Mont-d'Or et du Gantai ont eu leurs anciens glaciers assez fortement développés. On observe aussi des phénomènes glaciaires à Ruines (Gantai) ; à Nasbinals, sur les limites du Gantai, de TAveyron et de la Lozère ; enfin à Gastelades, dans la Lozère, sur les confins de l'Ardèche.

Dans les Pyrénées l'extension des glaciers a été moins considérable que dans les Alpes. Elle y a pris pourtant un grand développement. Toutes les vallées intérieures étaient remplies par les glaces, qui parfois sont venues même largement s'étaler à leur débouché, comme on peut le constater en amont de Pamiers (Ariège), à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et surtout dans la vallée d'Argelès (Hautes-Pyrénées), dont Tamphilhéâtre morainique dépasse beaucoup Lourdes.

En Espagne, on a signalé d'anciens glaciers dans la prolongation des Pyrénées, du côté des Asturies, et dans la Sierra-Nevada, Andalousie ; c'est-à-dire tout à fait au nord

et tout à fait au sud de la Péninsule.

806 ARCHÉOLOOIE PRÉHISTORIQUE.

En Corse, un petit glacier ancien a été indiqué au sommet du Monte-Rotondo, au centre de l'île.

Bien plus étendus sont les glaciers quaternaires de la Grande-Bretagne. Ils étaient assez développés dans le Pays de Galles. Plus au nord, sur les limites de l'Angleterre et de l'Ecosse, ils occupaient ce qu'on appelle le pays des lacs dans le Westmoreland et surtout le Cumberland. Ils prenaient encore plus d'extension en Ecosse^ principalement dans le massif des Grampians.

Toute la partie de la Norvège, de la Suède et de la Finlande, marquetée de lacs, était aussi une terre recouverte de glaciers énormes, d'où partaient les blocs de glace qui ont semé les blocs erratiques sur toutes les côtes de l'ancienne mer du Nord.

Les Garpathes et surtout le Caucase ont eu à l'époque quaternaire un grand développement glaciaire.

L'extension des glaciers a été aussi signalée en dehors de l'Europe. 11 suffira de citer l'Himalaya et l'Amérique du Nord. Mais nous manquons de documents suffisants pour nous occuper du phénomène glaciaire dans ces contrées.

§ 8. Conditions météorologiques. — L'ancienne extension des glaciers a donc été fort considérable. Pour s'en rendre compte il suffit de jeter un coup d'œil sur le glacier du Rhône, qui actuellement n'atteint pas une longueur de 8 kilomètres, et qui avait alors un développement dépassant 400 kilomètres. Il était donc cinquante fois plus grand.

Quelle est la cause qui a produit cette énorme extension des glaciers ?

Les glaciers sont le résultat de la transformation de la neige en glace. Cette transformation nécessite assez de chaleur pour fondre une petite portion de neige qui imprègne d'eau la neige voisine, et assez de froid pour regeler tout

HOMMB QUATERNAIRE. «07

cet ensemble et le changer en glace. Cela suppose une température plutôt douce que rigoureuse, pourtant pas trop douce, car, neiges et glaces fondant, il n'y aurait plus de glaciers possibles.

En d'autres termes, la première condition de Texistence du glacier, c'est qu*il fasse assez froid pour qu'il tombe de la neige. La seconde, qu'il y ait une grande humidité afin que la neige soit abondante. La troisième, qu'il fasse suffisamment chaud pour que la neige fondante et imprégnée d'eau puisse se transformer en glace, sans pourtant fondre complètement.

Il en résulte que les données les plus favorables pour la grande extension des glaciers sont :

Froids modérés et très grande humidité de l'air.

Eki effet, comme nous le verrons plus loin, les glaciers quaternaires se sont retirés pendant l'époque magdalénienne, qui était peut-être plus froide que la moustérienne, mais certainement bien plus sèche.

Actuellement, dans THimalaya, nous voyons les neiges et les glaces descendre beaucoup plus bas sur les pentes méridionales qui reçoivent les vents humides de la mer, que sur le versant septentrional soumis à l'influence de l'air entièrement sec du Thibet. Les cols et passages de la partie sud, bien moins élevés que ceux de la partie nord, sont bien plus tôt et plus ' longtemps obstrués par les neiges.

D'autre part, dans l'atmosphère fort humide de la Nouvelle-Zélande, le glacier de Waïau descend jusqu'à2i^ mètres au-dessus de la mer et celui de François-Joseph, même jusqu'à 115 mètres, au milieu d'une végétation des plus luxuriantes, parmi laquelle se trouve un palmier, VArecasapida, et des fougères arborescentes. Ces glaciers se trouvent entre le 43® et le 44® degré, c'est-à-dire à une latitude égale, sinon un peu inférieure à celle qu'attei-

gnaient les anciens glaciers des Alpes-Maritimes et delà Durance.

De nos jours on voit sur les côtes de la Patagonie, au sud de Ghiloé, les glaciers descendre jusqu'à la mer par une latitude qui correspond à celle des lacs de Genève et de Neuchâtel. La grande extension glaciaire de l'Europe ne présente donc rien d'anormal.

Pour la justifier et l'expliquer il suffit d'admettre une légère diminution dans la température et une grande augmentation dans l'humidité de l'air. Quelle a été la cause de ces deux changements météorologiques.

Tout d'ahord la grandeur des résultats produits frappant les imaginations, on s'est jeté dans les hypothèses cosmiques. Pendant la période glaciaire, dit-on, notre système planétaire a traversé des espaces plus froids. Plus tard on a supposé que pendant toute cette période des nuages s'étaient interposés entre le soleil et la terre. Pures rêveries qui ne s'appuyaient sur rien et dont on sentit bientôt toute l'inanité. On fit alors intervenir le déplacement de l'axe de la terre et la précession des équinoxes. L'axe de la terre se déplaçant, les pôles se déplaçaient aussi et avec eux le centre glaciaire. On alla jusqu'à calculer le mouvement de ce déplacement et par suite la durée des périodes glaciaires pour chaque partie du globe. Il n'y a qu'une objection majeure à opposer à tous ces beaux calculs, c'est que Ton n'a rien pu constater de régulier et de périodique dans les phénomènes géologiques, surtout dans les phénomènes glaciaires.

Inutile d'aller chercher si loin, il suffit, pour parfaitement expliquer le grand développement des glaciers, de faire quelques observations autour de soi.

La condition principale pour l'extension des glaciers est une grande humidité. Cette grande humidité a existé au commencement et au milieu de la période quater-

naire. Elle a laissé de puissants témoins. Ce sont d*abord les alluvions qui remplissent le fond de toutes nos grandes vallées et qui s'élèvent jusqu'à une hauteur de 30 et 40 mètres sur leurs bords, et parfois beaucoup plus haut. Gomme nous l'avons établi, pages 130 et 181, ces vallées se sont d'abord remplies d'alluvions ; puis il s'est opéré un travail de dénudation qui a réexcavé les vallées. Ce double travail a forcément nécessité une abondance d'eau prodigieuse. Le débit de nos cours d'eau était alors beaucoup plus considérable que de nos jours. Ce qui le démontre, c'est que ces cours d'eau ont amené et emporté des graviers et des cailloux qu'ils ne peuvent plus charrier, quand bien même il les trouvent tout arrondis sur leur passage.

Un autre genre de témoins de l'humidité des temps quaternaires, c'est l'existence de nombreuses petites vallées d'écoulçment, actuellement sans eaux. Je n'en citerai qu'un exemple que l'on peut facilement vérifier. En allant de Greil à Amiens, en chemin de fer, on traverse un grand plateau de craie blanche coupé par quatre ou cinq petites vallées d'érosion, bien caractérisées par des talus et des terrasses, mais sans le moindre cours d'eau actuel au fond. Après Ailly, on rencontre une fort jolie vallée d'érosion , avec une terrasse, aujourd'hui complètement à sec. Elle est précédée et suivie de simples combes de dénudation. Pour que ces combes et ces petites vallées se soient formées, il faut forcément faire intervenir des eaux bien plus abondantes et bien plus puissantes que celles de nos jours. C'est la meilleure preuve que l'on puisse avoir de la grande humidité de l'atmosphère. Il pleuvait beaucoup dans la plaine, il neigeait proportionnellement sur les hautes montagnes, excellentes conditions pour le développement des glaciers.

D'où provenait cette humidité atmosphérique?

De deux camuses.

Nous connaissons déjà la première. C'est le grand développement de la mer du Nord que j*ai décrit page 482. Ce vaste bassin, qui couvrait une bonne partie du nord de l'Europe , devait fournir d'abondantes vapeurs à l'atmosphère.

La seconde cause vient du Midi. Le grand désert de Sahara, qui nous envoie des vents chauds et secs, n'existait pas pendant l'époque glaciaire. Il y avait là une mer qui humectait abondamment l'atmosphère. Les sables du désert ont tout l'aspect d'un dépôt récent de fond de mer. Des coquilles marines quaternaires viennent confirmer cette détermination. En outre, les abords du désert prouvent que toute la région était autrefois bien plus arrosée que de nos jours. De toute part les pentes sont rongées et coupées par des ravins profonds entièrement privés d'eau actuellement. Les plaines au pied des moqtagnes sont couvertes d'amas de débris et de graviers.

D'après M. Gh. Zittel, il existe même de grands dépôts de tuf. Cet auteur en signale un près de l'oasis de Gharguch, dans le désert Libyque. G'est une énorme nappe travertineuse qui couvre, sur une grande étendue, la surface d'une pente presque taillée à pic, d'une hauteur de 300 mè' très. Ge tuf renferme des feuilles de dicotylédones et des tiges de graminées. Il est pourtant dans un lieu actuellement absolument dépourvu d'eau et de végétation.

L'Europe, prise entre les deux nappes d'eau, celle dû Nord et celle du Sahara, avait son atmosphère saturée d*humidité.

Quant à la température, d'une part elle était refroidie par les glaces qui venaient échouer sur les côtes de la grande mer du Nord ; d'autre part, le Sahara, ce grand calorifère actuel de l'Europe, étant recouvert par la mer, n'envoyait pas ses vents chauds pour la relever. Il a

HOMME QUATERNAIRE. ait

dû en résii||lcr un abaissement notable de température.

C'est plus qu'il n*en faut pour rendre compte du grand développement des glaciers. £st-il même nécessaire de supposer un grand froid ? Non. La faune et la flore ac* luelles se montrant en grande partie pendant l'époque glaciaire, il faut en conclure que la température de cette époque n'était pas très inférieure à celle de nos jours. Elle devait seulement être plus uniforme; il y avait moins de différence entre la saison chaude et la saison froide. Ce qui s'explique par la présence d'une grande humidité qui tempérait les ardeurs du soleil Tété et empêchait l'irradiation d'hiver. C'est, du reste, ce qu'on observe à la Nouvelle-Zélande. La différence entre la moyenne d'été et celle d'hiver ne dépasse pas 7 degrés, tandis qu'en Europe elle atteint actuellement de 16 à 20.

§ 9. Classement du phénomène. — Ilest très important de bien définir ce qu'a été le phénomène glaciaire et à quelle époque il se classe.

Tout d'abord on doit se demander si ce phénomène a été simple ou double. Y a-t-il eu une ou deux périodes glaciaires?

Une grande époque glaciaire est incontestable, comme nous venons de le voir.

Mais certains géologues prétendent qu'il y en a eu deux. Us n'appuient leur manière de voir que sur quelques rares observations exceptionnelles plus ou moins précises, plus ou moins exactes. On a fait grand bruit, par exemple, d'une superposition, dans la gorge de la Drance, près de Thonon (Haute- Savoie), de deux assises de boues glaciaires, à cailloux striés, entre lesquelles existeraient de puissantes couches d'alluvions anciennes. Or, ce n'est là qu'un trompe-l'œil, comme j'ai pu le constater. La gorge de la Drance est ouverte dans des couches calcaires presque verticales. Sur la tranche supérieure de ces couches, re-

aie ARCHËOLOOIE PRËHISTORIODE.

posent directement de puissantes couches d'alluvions, qui suppbrteDt la boue glaciaire. Sur certains pointa l'alluvioa a été attaquée plus largement que le calcaire, alors le sommet des couches dudit calcaira est dénudé et fonne une corniche avancée à la base de la tranche d'alluvioD. Les boucsglaciaires étanttrès glissantes, coulantes même, par suite du délayage qu'occasionne l'eau des pluies, tombent du sommet et viennent former un petit talus adventif sur la hanquctie calcaire ù. la base des aliuvions. C'est ce

qui a fait croire à une intercalation de boues glaciaires entre le calcaire et l'alluvlon : intercalation qui n'existe pas, ainsi que je l'ai constaté directement en faisant faire des fouilles sur place.

On a beaucoup parlé aussi, pour établir les deux périodes glaciaires, des lignitesde Dùrnlen, canton de Zurich, qui seraient intercalés entre deux dépôts à cailloux

striés. Page 198, nous avons vu à quoi se réduit cette assertion.

Par contre on n'a rien dit d'un fait que j'ai signalé en Italie. En dehors du grand hémicycle des moraines frontales du lac de Garde, qui, partant de Salo à l'ouest, aboutit à Lazisë et à Bardolino à l'est, en passant par Lonato, Gastiglione, Solférino, Gavriaaa, Volta, Valleggio et Sommacampagna, il y a, le long de la Ghièse, des moraines démantelées, sur lesquelles s'élèvent Ponte-San-Marco et Montée hiari. Est-ce la preuve d'une ancienne et première époque glaciaire? Non, c'est tout simplement le produit d'oscillations. Les glaciers anciens, tout comme les glaciers actuels, ont été soumis à des alternatives de recul et d'avancement. Mais entre ces alternatives et deux périodes distinctes, il y a une grande différence. Tous les géologues sont maintenant à peu près d'accord sur ce point. Il n'y a eu qu'une période glaciaire avec oscillations plus ou moins fortes.

A quelle époque se classe cette période ?

Quelques auteurs ont voulu la faire remonter jusqu'au pliocène, sans réfléchir que la température du pliocène, dans nos régions, était plus élevée que la température actuelle.

La même raison de température montre que la grande extension des glaciers n'a pu avoir lieu pendant l'époque chelléenne. La faune méridionale ne devait pas se trouver associée à un phénomène polaire.

L'observation directe vient du reste confirmer la justesse de ce raisonnement. Les dépôts glaciaires reposent sur des assises, parfois très puissantes^ d'alluvions quaternaires, qui ont été désignées sous le nom à'ailuvions anciennes. Les dépôts glaciaires ne se sont donc pas produits au commencement des temps quaternaires, ils ne sont donc pas chelléens.

tu AHCHÉOLOQIE PRSHiaTOftlOUE.

Le chapitre de la distribution géographique des gisements moustériens dous a montré ces gisements entourant )a région glaciaire, mais ne pénétrant pas à son intérieur. C'est donc à l'époque moustérienne qu'elle était occupée par les glaciers.

RuTiaemsnt du chellien par le moastérian. Cbetlei (Saine-et-Man Echelle l/l«0 lA . Terre Tégétils et magdelénieD ou dllniiani ronge ;

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