I. CheUéen
Pendant l'époque magdalénienne les glaciers s'étaient déjà grandement retirés, puisque nous trouvons des stations magdaléniennes en pleine région glaciaire. Comme exemple on peut citer le grand glacier du Rhône qui se prolongeait jusqu'à Lyon. Eh bien, on a signalé des stations magdaléniennes, à la Balme (Isère), au Salève, près Genève, à Scé, extrémité du lac, près de VilleneuTe.
La grande extension des glaciers n'existait pas encore à l'époque cbelléenne ; elle n'existait plus à l'époque magdalénienne; elle a donc dd se produire pendant l'époque moustérienne. C'est justement à cette époque, comme nous le verrons dans le prochain chapitre, que s'est développée
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la faune froide, succédant à la faune méridionale du chelléen.
§ 10. Rairltteiiients el terrasses. ~- La chute abon> dante de pluies et de neiges qui, dans les régions montagneuses, engendrait les glaciers, produisait dans les plaines de grands et violents cours d'eau. Ce sont ces cours d'eau de Tépoque moustérienne qui, combinés avec Texhaussement du sol, ont peu à peu déblayé les vallées, en entraînant lesalluvions qui s^y étaient accumulées pendant l'époque précédente.
Nous avons des preuves directes de ce ravinement. Le chelléen ne se trouve plus que par lambeaux plaqués à diverses hauteurs le long des vallées, et partout en partie mêlé à du moustérien, qui généralement le recouvre. On voit que les alluvions chelléennes sont complètement démantelées et dominées par les alluvions moustériennes. C'est ce qui fait qu*à tous les niveaux ou peut rencontrer chelléen et moustérien. La théorie des hauts et bas niveaux de Belgrand,de prime abord si séduisante, doit donc être complètement abandonnée.
Les alluvions les plus anciennes, loin de se trouver sur les hauts niveaux, sont au contraire tout à fait au fond des bas niveaux. C'est là, dans le fond des vallées, qu'on rencontre encore parfois des assises assez puissantes de chelléen. Le gisement typique de Clielles est de ce genre. Il y a là, à peu près au fond de la vallée de la Marne, un puis-r sant témoin de chelléen, qui forme un large mamelon, appuyé contre la base d'une des parois de la vallée. C'est une portion des alluvions quaternaires les plus anciennes qui, protégée par sa situation ou par la composition de ses assises, a résisté aux attaques érosives des eaux moustériennes. Ces attaques ont laissé dans la masse de profondes empreintes. Les ballastières de Cbelles présentent de grands et vigoureux exemples de ravinements. Figure 34, je
donne la coupe d'un de ces ravinements, que j'ai pu constater en juillet 1880, dans une course que j'ai faite avec les auditeurs de mon cours d'anthropologie préhistorique.
Les amas d'alluvions quaternaires d'Abbeville m'ont fourni de beaux exemples de cette superposition des dépôts des deux époques et du ravinement de Tinfêrieur par le supérieur. M. d'Ault Dumesnil est arrivé à démontrer cette action et cette superposition de la manière la plus claire et la plus concluante.
La superposition et le ravinement existent aussi d'une manière très nette à Levallois. J'ai autrefois, quand le chemin de la Révolte était bordé de sablières, dessiné des coupes qui ne laissent aucun doute à cet égard.
Les preuves directes des soulèvements du sol à l'époque moustérienne existent aussi. Ces soulèvements ont dû être extrêmement lents. Ils auraient pu ne pas laisser de traces. Heureusement il n'en est pas ainsi. Des plissements et des ruptures ont été occasionnés par les mouvements du sol. Les ballastières de Ghelles en montrent, dans le chelléen, de très intéressants. Dans le Musée préhistorique^ j'ai publié une coupe très curieuse de ces plissements (1).
Quant aux failles ou ruptures .des couches, j'en ai, avec M. Ameghino, constaté plusieurs de genres divers, mais toujours dans le dépôt le plus ancien, le dépôt chelléen. Parfois les deux lèvres de la faille se sont écartées, et il existe entre elles un vide assez large, qui s'est comblé de dépôts moustériens (fig. 35). Parfois, au contraire, les deux lèvres de la brisure sont restées juxtaposées, mais il y a eu une dénivellation ; un des côtés est plus élevé que l'autre, dès lors toutes les couches forment gradin (fig. 36).
Le mouvement d'exhaussement du sol, pendant l'époque moustérienne, ne s'est pas fait d'une manière régulière
(1) G. et A. DE MoRTiLLET, Musée préhistorique^ pi. IX, n« 51.
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et surtout continue. Il y a eu des moments d'arrêt. Le sol ne montant plus, le ravinement en profondeur cessait. Il ne se faisait plus que latéralement. 11 se formait ainsi, au fond des vallées, des plaines dans lesquelles les eaux divaguaient. Puis, quand le mouvement d'exhaussement du sol reprenait, les eaux aussi recommençaient leur affouille-
Flg. as. Fig. ÏS.
Faille 1 bordF disjololi. Faille à borda en ooatict.
B. Magdalénien on diluvien ronge ; M. Moastérien, alluvioni sableuiea ;