SOLUTRÉEN. — INDUSTRIE
§ 1. Origine en noin. — Le solutréen a succédé au moustérien. Son nom est tiré d'une grande, belle et riche station, Solutré, située dans le Maçonnais (Saône-et- Loire). Cette station, signalée par de Ferry, très bien explorée par MM. Arcelin et Ducrost, a été fouillée et visitée par un très grand nombre de paléoethnologues. Ses produits sont répandus dans la plupart des collections importantes. Elle offre donc toutes les qualités voulues pour servir de type.
Ce n'est pourtant pas la première station de celte époque signalée. Lartet, Christy, de Vibraye, avaient exploré et fait connaître une station tout à fait analogue, avant que de Ferry ait connu Solutré. C'est la station de Laugerie-Haute, commune de Tayac (Dordogne). Mais comme tout à côté existe une station plus vaste et plus riche, appartenant à une autre époque et portant le nom de Laugerie-Basse, il y aurait pu avoir confusion si j'avais choisi Laugerie-Haute pour type de Tépoque dont nous allons nous occuper. C'est pour cela que, malgré la priorité, j'ai abandonné Laugerie-Haute pour prendre Solutré, dont le nom ne donne lieu à aucune équivoque.
§ 2. Pointes en feuille de iaarler. — L'industrie solutréenne est surtout caractérisée par deux objets en pierre : la pointe en feuille de laurier (fig. 37) et la pointe à cran (fig.38).
La pointe en feuille de laurier, dont le nom indique très bien la forme générale, est taillée avec beaucoup de soin, non seulement sur les côtés, mais encore aux deux extré-
mités et sur les deux faces, ce qui la distingue nettement de la pointe mousiérienne.
La pointe solutréenne en feuille de laurier varie beaucoup en longueur et en largeur, comme l'indique le tableau suivant (1) :
Longueurs. Largeurs. RapporU.
milUm. millim.
Voigu, musée de Cbàlon-sur-Saône *
Vot^, masée^de Chalon-sur-Saône. 286 59 24,12
— — 239 78 32,64 Solutré, collection de Ferry (n« 97).. 187 51 27,27
— — (no 98).. 163 79 48.47 Excideuil, musée de Saint-Germain
Solutré, musée de Saint-Germain
(no96j 114 30 26,31
Excideuil, musée de Saint-Germain. 81 23 27,33
— — (no 106).. 57 25 43,86 Gargas^ — (n» 104).. 54 25 46^29 Excideuil, — (n* 103).. 46 18 39,13 Solutré, — (n»99)... 44 14 31,82
La longueur varie dans les proportions de un à huit et même au delà. En efifet, la plus petite du musée de Saint- Germain n'a que 44 millimètres, mais la collection de Ferry en contient qui ne dépassent pas 30. D'autre part, 340 millimètres est la longueur de la plus grande pointe intacte de Yolgu; il en existe une cassée qui devait atteindre des proportions encore plus considérables. La taille moyenne est de 80 à i 10 millimètres.
Les rapports entre la largeur et la longueur varient aussi dans certaines proportions. Ainsi, la longueur étant re-
(1) G. et A. DE MoRTiLLET, Muséc prékistoriçue, 1881, toute la planche XVII. J'indique dans le tableau le numéro des pièces figurées.
HOUUE QUATERNAIRE. 191
lii-éseotée par 100, la pièce la plus large, provenant de Solutfé, aurait 48 et demi, et la moins large, faisant partie delà trouTaille de Voigu, tin peu plus de 21. On peut donc dire que lo rapport de la largeur à la longueur oscille cnlre le quart et la demie. En d'autres termes plus précis
encore, les pointes solutréennes en feuille de laurier (sont toutes au moins deux fois plus longues que larges, et il en est dont la longueur dépasse un peu quatre fois la largeur. Le point de plus grande largeur n'est pas au milieu, mais bien vers le bas, à peu près au tiers inférieur. A ce point, il y a souvent aussi un peu plus d'épaisseur. Mais
les pointes solutréennes en feuille de laurier sont surtout remarquables par leur légèreté, leur minceur. Les trois pointes de Yolgu dont j'ai donné les dimensions n'ont pas plus de 8 millimètres d'épaisseur. La plus grande de Solutré, du musée de Saint-Germain, n*a que 5 millimètres. C'est aussi l'épaisseur des trois moyennes d'Ëxcideuil. La plus grande de cette localité atteint, comme épaisseur, 12 millimètres, mais c'est une ébauche qui n'a pas été complètement dégrossie.
La base se termine souvent un peu en triangle, rappelant de loin le pédoncule des pointes de flèche de l'époque robenhausienne. Aussi quelques paléoethnologues en ontils argué que l'époque solutréenne devait faire passage entre le quaternaire et l'actuel. Des superpositions bien constatées ont démontré le contraire. Cette époque est entièrement quaternaire et se place bien entre le moustérien et le magdalénien.
Les pointes en feuille de laurier servaient de poignard ou d'armature de javelot. Dans ce dernier cas, le pseudopédoncule de la base était destiné à fixer la pointe au sommet d'une hampe ou bâton servant de corps au javelot. Comme lames de poignard, ces pointes s'emboîtaient dans des poignées également en bois, analogues à celles de certains poignards mexicains d'obsidienne (voir le Attisée préhistorique, pi. XVI, n° 93).
Les pointes solutréennes en feuille de laurier se rapprochent de :
1** Certaines pointes des barrows d'Angleterre, mais ces pointes sont plus franchement en losange ou ont leur base arquée [Musée préhîstofHque, n®' 398 et 376) ;
2^ Quelques pointes de lance ou de javelot des dolmens du midi de la France. On les distingue parce que ces dernières ont toujours le pédoncule plus accentué et presque généralement des coches à la base pour retenir le lien qui
servait à relier la pointe au manche {Musée préhistorique ^ n°» 354 et 377);
3* Pointes de flèche du Groenland^ ont la base non taillée et rectiligne {Musée préhistorique, n** 91) ;
4<> Enfîn, des lances en obsidienne et en silex du Mexique et des Etats-Unis, généralement plus épaisses (n** 93 et 9-2) .
Avec un peu d'habitude, on parvient à distinguer les pièces solutréennes de toutes leurs congénères. Du reste, comme ces dernières font complètement défaut dans les autres industries quaternaires^ il n'y a pas de confusions ni d'erreurs à craindre.
Les pointes solutréennes en feuille de laurier sont en silex, depuis le silex opaque etjaspoïdede Gargas, jus^qu'au silex le plus transparent d'Excideuil, station qui a fourni des pointes en silex calcédonieux, et même en véritable agate.
§ 3. Pointes & cran. — Les pointes à cran (fig. 38) sont aussi généralement en silex ; pourtant^ Saint-Martin d'Excideuil en a donné en agate et en jaspe marbré.
Ces pointes (t) sont très habilement exécutées. L'ouvrier savait détacher du nucléus des lames ayant déjà à peu près la forme voulue ; cela à un tel point, qu'on rencontre souvent des pointes qui n'ont nécessité que fort peu de retouches. Gela n'empêche pas que, dans les pièces de luxe, tout le dos est retouché avec un soin et une régularité remarquables. M. Parrot a donné au musée de Saint-Germain une pointe qui, malheureusement, a le pédoncule cassé, mais dont la partie supérieure {Musée préhistorique , n" 109), longue de 85 millimètres, est un chef-d'œuvre de rçtouche.
Le dos seul, retouché ou non, est en relief. La face de dessous conserve son plan d'éclatement. Pourtant, parfois,
(ï) De Mortillet, Musée préhistorique, n®» 107 à lit et 217.
»60 ARCHËOLOOIE PHÉHISTORIQUE.
pour régulariser et rendre plus aigu le sommet pointu, il y a quelques petites retouches du côté de la face plane.
Le sommet devait se briser ou tout au moins s*émousser facilement. On le refaisait, comme nous retaillons un crayon. Les pièces raccourcies par ces restaurations et diminuées de largeur par des retailles subséquentes, ne sont pas rares dans les gisements.
La longueur des pointes à cran du musée de Saint-Germain varie entre 49 et 79 millimètres. Il y en avait pourtant de plus grandes, puisque la belle d'Excideuil mesure 85 millimètres sans le pédoncule. Le musée en possède aussi une entière^ mais à sommet refait après cassure, qui n'a que 47 millimètres de long. La moyenne de douze pointes entières est de 61 millimètres comme longueur.
La plus grande largeur, vers le cran, oscille entre il et \S millimètres. La moyenne de vingt pièces de Laugerie- Haute, des Eyzies, d'Excideuil et du Placard, est de 14 millimètres.
Enfin, le pédoncule varie comme proportion entre un peu plus d*un tiers et moitié de la pièce totale. Pourtant parfois il dépasse la moitié. Dans une pointe d'Excideuil, le sommet n'a que 21 millimètres, tandis que le pédoncule en a 28. Le pédoncule d'une autre pièce d'Ëxcideuil atteint 41 millimètres.
Le cran ou barbelure dans les pointes du sud-ouest de la France est toujours à droite, quand on regarde la pièce du côté du dos. J'ai pu le constater sur 127. échantillons.
Les pointes à cran qui se rencontrent dans la Dordogne et la Charente, et qui y caractérisent le niveau supérieur du solutréen, n'ont pas été recueillies à Solutré. On les retrouve pourtant sur la frontière de France et d'Italie, aux Baoussé-Roussés. Là, elles sont moins grandes et moins bien taillées, à cause de la nature du silex. Le
musée de Saint-Germain en possède 13 qui varient entre 40 et 58 millimètres. Sur ces 12, il en est 8 avec le cran à droite et 4 avec le cran à gauche (Musée préhistorique^
En Italie, dans la vallée de La Yibrata, Goncezio Rosa a aussi recueilli quelques pointes en silex avec une seule barbelure, mais il n'a pas pu en bien déterminer la date. Ces pointes à cran italiennes, plus trapues, et qui ressemblent à des pointes de flèche barbelées incomplètes, paraissent se rapporter au robenhausien.
§ 4. Industrie générale. — Dans son ensemble. Tindustrie solutréenne, qui est entièrement en pierre, comme rindustrie moustérienne, se distingue de cette dernière par des formes plus dégagées, plus légères. Le moustérien est lourd et épais, le solutréen est plus mince, plus élégant.
C'est à Tépoque solutréenne que la taille de la pierre, au moins pour ce qui concerne les temps quaternaires, a atteint son apogée. Cela se comprend très bien, la pierre étant la seule matière employée aux époques chelléenne, moustérienne et solutréenne ; c'est sur son travail qu'a porté tout le progrès. A l'époque magdalénienne, un élément nouveau, l'os, s'étant introduit dans Tindustrie, le travail de la pierre a été négligé au profit de celui de Tos, de l'ivoire et de la corne de cervidés. Le progrès général n'en a pas moins continué, mais il a déplacé son action. Cette introduction du travail de l'os distingue complètement rindustrie solutréenne de la suivante.
Une des grandes transformations de l'industrie solutréenne a été le remplacement du racloir moustérien par le grattoir.
Le grattoir est un éclat ou mieux encore une lame de pierre dont le sommet est régulièrement retouché, de manière à décrire un arc de cercle à bord tranchant {Musée
362 ARCHÉOLOGIE PHKUI8T0RIQUE.
préhistoriqtie, n^ H 8). Les grattoirs sont des instruments dont nous comprenons difficilement toute Tutilité, parce que nous sommes dans un milieu tout différent de celui des temps préhistoriques ; mais ils devaient avoir des emplois fort importants, car, dès leur première apparition, ils se multiplient énormément, et ils restent fort abondants à Tépoque magdalénienne et à Tépoque robenhausienne. On les retrouve encore en grand nombre parmi les obsidiennes taillées du Mexique^ et dans Tindustrie de la pierre des Groenlandais, qui descend jusqu'à nos jours. C'est même cette industrie contemporaine qui nous montre comment ils s'emmanchaient dans une poignée en os {Musée préhistorique, m 301). Pourtant, la plupart des grattoirs solutréens devaient être employés directement à la main. Ce qui le démontre, c'est que certaines lames sont taillées en grattoir aux deux bouts. On les nomme doubles grattoirs {Musée préhistorique, n® 420). Ces doubles grattoirs sont caractéristiques des deux dernières époques des temps géologiques, le solutréen et le magdalénien.
D'autres grattoirs, très habilement et élégamment retouchés sur le dos, forment à Textrémité opposée une pointe {Musée préhistorique, n» H 9). C'est encore là un double outil qui montre que la pièce devait s'employer tantôt à une extrémité, tantôt à l'autre, ce ^qui ne laisse pas de place pour un manche.
Si maintenant nous jetons un coup d'œil général sur les débris de l'industrie de cette époque, nous trouvons :
Des cailloux ou fragments de roches dures, de quartz et de silex, ayant servi de percuteurs ou marteaux.
Des nucléus ou noyaux de silex, parfois de jaspe, d'où l'on a détaché des lames, ce qui a laissé de nombreuses facettes longitudinales sur leur pourtour.
Des lames peu régulières, de diverses dimensions, avec une ou deux arêtes sur le dos; le côté opposé, face d'écla-
tement, est lisse, avec un conchoïde de percussion. Ces lames sont plus ou moins arquées par suite de la casse conchoîdale de la pierre. Ce sont des lames analogues qui ont été employées à faire la plupart des outils. On s'en «st servi pour la confection des grattoirs, grattoirs doubles et grattoirs-pointes. Aussi, tous ces outils ont la face inférieure unie.
Les principaux outils, après les grattoirs, sont les scies et les perçoirs.
Les perçoirs sont des lames taillées en pointes plus ou moins fines et aiguës. Ces pointes sont droites, dans Taxe de la lame, ou obliques, c'est-à-dire avec une direction latérale (Musée préhistorique f n° 122). Il en est de très finement retaillées sur une longueur de 2 et même de 3 centimètres {Musée préhistorique, n» 112). D'autres perçoirs sont des éclats presque discoïdes, avec une ou deux pointes aux extrémités (i/Msee préhistorique^ n° 1 13).
Les scies sont des lames retouchées diversement sur le tranchant. Il en est d'assez caractéristiques de la partie supérieure du solutréen, ce sont des scies en arc de cercle très ouvert ; Tensemble de la pièce prend alors un faux air de croissant.
L'industrie solutréenne est surtout en silex . On trouve pourtant un certain nombre de pièces en jaspe, quelquesunes en agate et même en cristal de roche.
§ 5. l'assajpes entre époques. — J'ai déjà cité (p. 252) de la station du Moustier des formes de passage^ racloirs devenant grattoirs et pointes taillées aux deux bouts (Musée préhistorique, n"" 83, 84 et 81). La station moustérienne de Ghez-Pourré a aussi donné quelques pointes retouchées aux deux extrémités. A la Gelle-sous-Moret, j'ai rencontré une pointe moustérienne qui présente déjà quelques retouches sur la face plane {Musée préhistorique, n» 80).
d64 ARCHÉOLOGIE PRÉHISTORIQUE.
Par contre, les stations solutréennes présentent aussi des pièces de passage au moustérien. Ainsi, M. Massenat a recueilli à Badegols, au milieu des pointes en feuille de laurier, sept à huit pointes finement retouchées, mais sur une seule face.
A Solutré, il y a mieux encore, MM. Arcelin et Ducrost, à la base du dépôt archéologique, ont découvert une couche tout à fait de transition. Sans être du moustérien pur, ce n'est pas encore du véritable solutréen. G*est une industrie qui tient des deux époques.
Le passage, si bien établi entre le moustérien et le solutréen, Test encore mieux entre le solutréen et le magdalénien. Ces deux époques se distinguent surtout par Tutilisation, à Tépoque magdalénienne, de matières premières nouvelles : Tos, Tivoire, la corne de cervidé. Mais celte grande révolution industrielle ne s*esi pas faite subitement. Elle ne s'est introduite dansles mœurs et coutumes des populations quaternaires que très lentement. Elle a donc commencé vers la fin du solutréen. En efifet, les parties supérieures des formations de cette époque présentent déjà quelques pièces en os. On voit qu'il y a enchevêtrement dans les deux industries, c'est-à-dire passage lent et continu ; la transformation ne s'est opérée que peu à peu.
Il y a même mieux. Parmi les premiers objets en os, rencontrés au sommet du solutréen, nous voyons des pièces affectant les formes des pièces en silex de cette époque. C'est ainsi que Saint-Martin d'Ëxcideuil adonné une pointe à cran en corne de cervidé {Musée préhistorique, n® 123) pareille aux pointes à cran en silex.
§ 6. Origine de fart. — L'époque magdalénienne, qui succède à l'époque solutréenne, est aussi caractérisée par un grand développement de l'art. Eh bien! l'art prend déjà naissance à la fin du solutréen. En effets de Ferry a recueilli, dans les assises supérieures de Solutré, deux
sculptures présentant des cervidés, probablement des rennes. Malheureusement les têtes manquent {Musée préhtS' tonque, n^* 125, 126). Sur la plus grosse de ces sculptures, on remarque aussi la gravure d'une main humaine.
Fait caractéristique, ces sculptures sont en pierre, car à Solutré on est encore dans le règne de la pierre. Elles n*en sen'ent pas moins à relier le règne de la pierre à Tépoque de la généralisation de l'emploi de Tos, époque caractérisée aussi par le développement de Tart.
Ce développement a naturellement nécessité la multiplication de l'outil qui servait à sculpter et à graver, le burin (i). En effet, le burin, comme nous le verrons plus tard, est un des signes caractéristiques du magdalénien. Pourtant, comme Tart, il commence à se montrer à la fin du solutréen. .
§ 7. Vodes divers de gisements, — L'industrie solutréenne se rencontre dans certaines grottes, comme au Placard, à Vilhonneur (Charente) et à la grotte de l'Église, Sain,t-Murtin d'Excideuil (Dordogne). Parfois, la grotte étant fort petite, l'industrie s'étend le long des abris voisins et sur les pentes qui se développent au devant. C'est ce qui s'observe très bien à Badegols (Dordogne). La grotte est à peu près insignifiante, mais la station occupe non seulement le pied de l'escarpement rocheux, mais s'étend largement dans les vignes qui sont au-dessous. C'est en cultivant ces vignes qu'on extrait d'abondants ossements et de nombreux silex. Une source coule tout près.
Les grottes ne sont, du reste, pas nécessaires. A Laugerie-Haute et à la Balutie, il n'y a que de simples abris.
A Solutré, le rocher pittoresque qui domine la station ne peut pas même être qualifié d'abri. Il protège contre
(1) G. et A. De Mortillet, Musée préhistorique ^ burins magdatéaiens, &•• 144 à 130.
certains yents, mais la station occupe un petit plateau appelé le Gro du Charnier, complètement découvert. Une source abondante est toute voisine.
La station de Gargas ( Vaucluse) est même sur un plateau tout à fait isolé. A-t-elle été un lieu d'habitation ? G*est probable. Dans tous les cas, elle était un centre de fabrication, aussi les déchets et les rebuts y abondent.
La station de Solutré a été tout à la fois un centre d'habitation, comme le prouvent les abondants *rejets de repas et les pièces brisées par suite de Temploi, et un centre de fabrication, ainsi que le montrent les nombreux nucléus et les innombrables éclats et autres débris de taille.
Dans ces diverses stations, on ne trouve habituellement que des pièces en mauvais état, rebuts de fabrication ou objets hors d'usage. Pourtant parfois on a la chance de découvrir une cachette, véritable trésor. C'est ainsi que M. Reverdit a rencontré à la Balutie, dans une petite anfractuosité de rocher une cachette de trois pointes à cran admirablement taillées et intactes.
§ 8. Caehelie de Vol^a. — La plus remarquable de ces cachettes est celle de Yolgu, commune de Rigny (Saôneet-Loire). Le 21 février 1874, en creusant le petit canal latéral de l'Arroux, on découvrit à Yolgu quatorze belles pointes solutréennes en feuille de laurier, les plus grandes connues jusqu'à ce jour. Leur longueur varie de i32 à 350 millimètres, et leur largeur de 60 à 88. L'épaisseur n'est pourtant que de 6 à 9 millimètres. Elles étaient appliquées les unes contre les autres, formant un seul paquet. Ce paquet était couché dans le sol suivant la longueur des pièces. Mais celles-ci, au lieu d'être posées à plat, ce qui aurait pu les faire briser par suite du tassement des terres, étaient placées sur leur tranchant. Le tout se trouvait à un mètre au-dessous du niveau du sol, à dix mètres audessus de Tétiage de l'Arroux, et à six mètres au*dessus
des hautes eaux, dans une argile sableuse, espèce de lehm superposé à des couches de sable et de gravier, alluvions quaternaires.
Le coup de pioche qui a amené la découverte a brisé trois de ces pointes et cassé le sommet de la plus grande. Onze se trouvent actuellement au musée de Chalon-sur- Saône. EUles sont en silex nullement patiné, ce qui prouve qu'elles ont été enfouies dans ce terrain argileux tout de suite après leur fabrication. Ce silex est étranger au pays. Nous sommes donc là en présence de Tœuvre d'un habile fabricant qui a caché son trésor, pendant qu'il allait faire le placement de quelques pièces.