OSCILLATIONS DU SOL
siècle. Ces mouvements ont commencé dans les temps les plus reculés et continuent encore aujourd'hui. Ils auj^mentent en général au fur et à mesure qu'on se rapproche du nord. En même temps que cette oscillation ascendante, se manifeste un mouvement d'affaissement du sol vers le sud. Les ruines du vieux château de Bramhorst, sur la côte de Probstei, ont disparu ; les souches des forêts de cet ancien château de chasse sont actuellement dans la mer à une distance de près de 200 mètres du rivage, et deux grands rochers près de Travemunde, sur la côte de la Baltique, appelés Krûger et Mœwenstein, sont aujourd'hui entourés complètement par l'eau, tandis qu'ils étaient l'un et l'autre sur le rivage, il y a soixante ans. En résumé, dit M. Nilsson, il n'est pas possible de douter de l'affaissement et de l'exhaussement du sol de la Scandinavie, ni de la continuité actuelle de ces mouvements.
M. Valdemar Smith présente, au nom de M. Lotze, une dent d'éléphant trouvée dans une sablière de la Scanie. Bien que le gisement n'en soit pas très certain, cette dent provient, suivant toute probabilité, d'après M. Desor, d'alluvions postglaciaires, identiques à celles qui renferment, en Suisse, les débris d'éléphant et de renne.
N'est-il pas curieux de retrouver en Scandinavie les mêmes dépôts quaternaires que dans les Alpes, le Jura et les Vosges et d'y rencontrer les mêmes débris d'animaux, avec cette différence, ajoute M. Worsaae, qu'on n'a pas encore reconnu, en Danemark, dans ces dépôts, les traces décisives de l'homme? L'ensemble des observations faites jusqu'ici démontre qu'à l'époque où vivaient dans la région les grands mammifères, que même à l'époque où le renne existait en Danemark, l'homme n'habitait pas encore ce pays, où il est arrivé beaucoup plus tard que dans l'Europe occidentale.
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L'étude des kjœkkenmœddings, ces amas de coquilles qu'on avait pris dans l'origine pour des plages soulevées, mais qui sont en réalité les lieux de campement de peuplades préhistoriques, se nourrissant du produit de la pêche et de la chasse, devait être nécessairement un des grands attraits de la réunion de Copenhague.
Avant d'examiner et de discuter les questions intéressantes qui se rattachent aux kjœkkenmœddings, il était utile de les faire voir avec détail aux membres du Congrès. Dans ce but, une excursion avait été organisée. A huit heures du matin, un train spécial, préparé par les soins de nos collègues danois, emmenait cent soixantedix membres du Congrès et les conduisait dans la ville de Roskilde, où l'on arrivait à neuf heures. Roskilde, autrefois la capitale du Danemark, en est encore aujourd'hui la métropole religieuse. Elle est située à la pointe de l'une des branches du fjord. La cité est en fête et pavoisée de drapeaux ; une foule sympathique nous accompagne jusqu'au bateau qui nous attend orné de guirlandes de fleurs, et c'est au milieu des acclamations et des vivats que nous quittons le port.
Pendant le trajet sur le fjord qui dure près de quatre heures, le bateau longe de près le rivage, permettant ainsi aux membres du Congrès d'observer la structure géologique du sol du Seeland et de constater, dans le voisinage de la côte, la présence de nombreux tumuli qui ressemblent de loin à de petits monticules.
En arrivant à Lynaos, humble village de pêcheurs, nous trouvons un grand nombre de voitures mises à notre disposition par les paysans des environs et conduites par les propriétaires eux-mêmes. En vingt minutes, nous sommes à Sœlager. Le kjokkennmœdding est adossé
LES KJOEKKKNMOEDDIXGS
à une légère colline et se trouve aujourd'hui à plus de deux cents mètres des bords du fjord.
M. Steenstrup, quia publié des travaux très importants sur les kjœkkenmœddings et les connaît parfaitement, était à Sœlager depuis deux jours ; il avait fait creuser une large tranchée, en forme de fer à cheval et traversant l'amas de coquilles sur une longueur de seize mètres.
Fig 9. Peigne en os. Meilgaard.
Tous les objets recueillis en exécutant cette tranchée, coquilles, silex, haches polies, instruments en os, ossements d'oiseaux et de mammifères, avaient été mis de côté sous une tente.
En examinant cette tranchée creusée de la veille, il était facile de se rendre compte de la nature et de la composition de ce puissant amas de débris de cuisine; mais les membres du Congrès ne se bornèrent pas long-
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temps à cet examen platonique. La tranchée fut bientôt envahie par les archéologues ; elle fut remuée, fouillée pendant plus de deux heures, et chacun put emporter une ample moisson de coquilles, de silex çt d'ossements. Comment douter un instant que cet amas considérable de coquilles comestibles mêlées de silex, d'ossements d animaux, de pierres calcinées par le feu, ne soient des débris de repas laissés par les pauvres pêcheurs qui habitaient ces parages dans les temps préhistoriques ?
Après le retour à Roskilde, malgré la nuit qui commençait, le Congrès fut accueilli par la même foule sympathique et les mêmes acclamations. On gagna la cathédrale qui date du xii® siècle et renferme la sépulture des membres de la famille royale du Danemarck. Le Congrès entra dans la superbe église, au chant des orgues et aux feux de mille lumières.
A dix heures, on était de retour à Copenhague.
Dans une des séances qui ont suivi l'intéressante excursion de Sœlager, M. Steenstrup a donné, sur les kjœkkenmœddings et les objets qii'ils renferment, de précieux renseignements : parmi les espèces de coquilles, au nombre de treize, les plus communes sont : YOstrea edalls, le CarJium edule^ le Mytiliis edalis^ la Littorina littorea. Les ossements abondent également et M. Steenstrup estime qu'il s'en rencontre dix à douze par chaque pied cube ; ils appartiennent à des mammifères, à des oiseaux, à des poissons. Un assez grand nombre d'os ont été travaillés pour en faire des instruments (fig. 9).
Les silex taillés, recueillis dans les amas de coquilles^ sont des éclats longs et tranchants ; quelques-uns ont la forme de grattoirs. Les pierres polies sont beaucoup plus rares.
L'étendue considérable et l'épaisseur de ces amas de