TEMPS PRÉHISTORIQUES
lement à celui de Grailhe, dans le département du Gard, de travail, accompagné de plusieurs photographies, tend «urtout à démontrer que le mobilier funéraire des dolmens €st emprunté à deux civilisations en contact, Tune de la fin de l'âge de la pierre polie, caractérisée par des pointes de lance et de flèche en silex, des ornements en pierre, en os, etc. (fig. 13 et 14) ; Tautre, de l'âge du métal, représenté par des spécimens dont la forme est calquée sur celle des objets en pierre, mais dont la matière, alliage de cuivre et d'étain, établit l'origine étrangère. Les hommes qui construisirent ces tombeaux mégalithiques auraient vu la fin de Tétat sauvage et l'importation d'une industrie déjà très avancée. -
Mentionnons encore un travail de M. Lorange sur les Temps préhistoriques en Norvège, Les instruments en pierre ne sont pas rares dans les parties méridionales du pays, mais les monuments construits font complètement défaut et semblent établir que la Norvège n'avait pas, dans ces temps reculés, de population sédentaire. Il en était probablement de même à l'époque du bronze. Les instruments qu'on y rencontre sont fort rares et ne sont probablement que des traces de visites passagères, faites dans le pays par des marins danois ou anglais. Ce ne fut, paraît-il, que pendant Tâge du fer que la Norvège eut une population fixe, mais, en revanche, dès cette époque, on rencontre un grand nombre d'antiquités fort belles. M. Lorange a exploré plusieurs tumulus de cette époque qui lui ont fourni de remarquables bijoux en or (fig. 15).
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Excursion à la Chambre des géants d'Om. — Tumulus de TroUesmund. — Musée d'histoire naturelle de Copenhague. — Musée des antiquités du Nord. — Musée ethnologique — Excursion géologique à Faxœ. — Lever du soleil dans le Sund.
En dehors des séances, plusieurs excursions ont eu lieu.
Nous avons déjà parlé de la visite fort intéressante faite aux kjœkkenmœddings de Sœlager.
Quelques jours plus tard, le Congrès retournait dans la ville de Roskilde. Près de la gare, des voitures avaient éternises gracieusement à sa disposition parles habitants de la ville, et, une heure après, on arrivait au pied d'un monticule conique s'élevant au milieu de la campagne. C'était la Chambre des géants d'Om, monument mégalithique, parfaitement conservé et que les membres du Congrès ont pu étudier en détail.
La partie supérieure du monument est recouverte d'un tumulus circulaire. Une allée longue d'environ trois mètres accède à une vaste chambre, assez haute et assez spacieuse pour que vingt personnes puissent s'y tenir debout et à l'aise. Les parois de cette chambre de géants, ainsi que l'allée, sont formées de grandes pierres brutes, plates et dressées perpendiculairement ; les vides laissés entre elles sont bouchés avec soin par de petites pierres posées les unes sur les autres. Le plafond de la chambre est composé de larges dalles, assez longues pour reposer par leurs extrémités sur les pierres parallèles. Toutes les dalles employées à la construction sont placées
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TROLLESMUND 47
de façon que le côté le plus uni soit toujours tourné verâ l'intérieur.
Après avoir visité ce curieux monument, le Congrès gagna la forêt de Letteraborg^ où un déjeuner champêtre avait été préparé par les soins du comité de Roskilde, sous les vieux hêtres de la vallée de Herta. Le Congrès visita ensuite le château du comte de Letteraborg, 011 il reçut une exquise hospitalité. De retour à Roskilde, les archéologues eurent tout le temps nécessaire pour examiner de nouveau la cathédrale, si intéressante au point de vue de Tart et de l'histoire.
Le lendemain, le Congrès se rendit au dolmen tamulus de Trollesmund ^ à deux kilomètres de la station d'Hilleroà. Les dolmens tumuli (Lancfdysser) du Danemark sont des tertres artificiels entourés de grandes pierres dressées verticalement et contenant, en dehors du cercle, deux ou trois dolmens ou tombes, faits euxmêmes avec de grandes pierres. Celui de Trollesmund, qui est couvert de gazon, a environ trente mètres de long sur vingt mètres de large. Son grand axe, dirigé de Test à Touest, présente une forme à peu près rectangulaire ; il ne renferme qu'un seul dolmen placé à l'extrémité orientale. La pierre qui le recouvre se treuve maintenue en équilibre sur les pointes de deux des dalles latérales, de manière à offrir le phénomène d'une pierre branlante.
Les membres du Congrès visitèrent ensuite le magnifique parc de Frederiksbord et le château qu'on commence à restaurer, puis Elseneur, et l'antique et puissant château-fort de Kronsberg^ bâti sur le bord de la mer, à l'extrémité du Danemark la plus rapprochée de la Suède.
• Une réunion à Marienlyst, bains de mer situés tout
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près d'Elseneur et rendez-vous de la brillante société de Copenhague, termina cette charmante excursion.
A Copenhague, les musées sont nombreux et remplis d'objets extrêmement curieux.
Je parlerai d abord du Musée d'histoire naturelle. C'est un véritable palais, récemment construit, et qui a coûté plus de quatre cent mille rixdales. Dans une immense salle intérieure, très élevée, vitrée par le haut et richement décorée, sont placés les squelettes des grands mammifères vivants et fossiles. Autour de cette salle, s'étendent trois étages de doubles galeries renfermant toute la série des collections. Je rencontrai, dans son laboratoire, M. Liitken, professeur de zoologie ; je visitai avec lui en détail les collections des animaux inférieurs, et notamment la série des échinodermes, qui renferme plusieurs types d'une extrême rareté. Presque toutes les espèces se trouvent à la fois dans l'alcool et desséchées. Je passai de longues heures au milieu de ces richesses.
C'est en examinant ces collections et en étudiant les espèces fossiles recueillies dans le Seeland, à Faxœ, que je formai le projet de voir cette localité classique pour l'étude de la craie danienne. M. Lûtken devait s'absenter de Copenhague, mais il me donna tous les renseignements nécessaires et me promit d'écrire à un de ses amis, M. Freuchen, qui habite Faxœ.
Je visitai également en détail le Musée des antiquités du Nord^ l'un des plus riches du monde et parfaitement installé par son éminent directeur, M- Worsaae, président du Congrès, et à cette époque un des ministres du roi de Danemark. Au moment où je parcourais le musée, M. Worsaae se trouvait dans les salles, et j'eus la bonne fortune d'entendre, sur quelques-uns des objets les plus rares, ses savantes observations.
MUSÉE DES ANTIQUITÉS DU NORD
D'après les éléments qu'il ejst appelé à réunir, ce musée se divise en deux grandes séries : la première est répartie en trois groupes, l'âge de la pierre, l'âge du bronze et l'âge du fer; elle occupe le rez-de-chaussée; la seconde série, logée au premier étage, contient des objets postérieurs à l'introduction du christianisme dans
Fig. 16, 17 et 18. Pointes de flèches en silex, 1/2 grandeur
le Nord et forme deux groupes, le moyen âge et la renaissance.
La première salle renferme les débris de l'âge de la pierre taillée, recueillis, pour la plupart, dans les kjœkkenmœddings ; ce sont des instruments tranchants en silex et en os, des bois de cerf percés d'un trou, des aiguilles, des poinçons, des peignes en os, destinés sans doute à la G. CoTTEAU. Le préhistorique. 4
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fabrication du fil, des lames de silex dentelées en scie» des os d animaux brisés et fendus pour en extraire la moelle, tous ces objets mêlés à de nombreuses valves d'huîtres, de bucardes et de moules, dont les animaux ont été mangés. Une des vitrines montre la coupe verticale d'un de ces kjœkkenmœddings, prise à Meilgaard, Jutland, à environ trois kilomètres et demi du rivage actuel, et donne une idée de Taspect que présentent ces entassements de débris de cuisine mêlés à des instruments en os ou en silex.
La deuxième et la troisième salle sont consacrées à 1 âge de la pierre polie. C'est, là qu'on peut admirer toutes ces belles haches en silex, dont quelques-unes atteignent quarante centimètres de longueur et sont polies et aiguisées avec tant de soin, ces flèches de formes si variées, aiguës, triangulaires ou à ailerons, avec un pédoncule pour les fixer à la hampe (fig. 16, 17 et 18).
Ces tètes de lances, longues, acérées, finement retouchées des deux côtés (fig. 19), ces couteaux en silex tantôt droits et légèrement recourbés, toujours taillés avec une rare perfection, ces poignards dont la base s'élargit et devient prismatique (fig. 20).
Ces racloirs en forme de demi-lune, crénelés comme des scies et qui peuvent se placer parmi les types les plus perfectionnés de la taille du silex [fig. 21).
A ces objets en silex il s'en joint d'autres qui sont polis et ont tous les caractères de l'époque des dolmens, des haches, des marteaux, des grattoirs, de véritables gouges, des instruments en os, des ciseaux, des lissoirs destinés à abattre les coutures des peaux de bêtes.
La collection des ornements en ambre est singulièrement belle et nombreuse. Une seule trouvaille, faite dans la tourbière de Lœsten, se compose de plus de quatre
Fig. 20. Poignard en silex, Fig. 21. Râcloir plat 1/2 grandeur. ou scie.
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mille petits objets ; des vitrines entières en sont remplies. Il y a des morceaux d'ambre bruts et qui ont été simplement percés d'un trou ; d'autres sont travaillés en forme de perles, de rondelles, ou bien reproduisent de' petites figures de haches et de marteaux de pierre. Un de ces morceaux d'ambre, trouvé dans un tumulus à Hiœrinj2^, orné de dessins entre-croisés, rappelle certains
Fig. 22. Ornement en ambre, grandeur naturelle.
couteaux de Tâg^e du bronze, et pourrait bien être postérieur à répoque dans laquelle il est classé.
Les poteries faites à la main sont parfois munies d'anses qui servaient à les suspendre, le plus souvent ornées de dessins assez gracieux, et notamment de lignes parallèles brisées en zigzag (fîg. 23 et 24).
La quatrième et la cinquième salle représentent Tâge
MUSÉE DES ANTIQUITÉS DU NORD
du bronze. La civilisation a pris un grand développement ; les objets qui remplissent les vitrines varient à rinfini et souvent sont ornementés avec beaucoup d art et de goût. Presque tous ont été recueillis dans des sépultures et appartiennent à deux périodes : celle .d'ensevelissement, qui correspond au premier âge du bronze, et la période d incinération correspondant au deuxième âge du bronze. Mêlés aux épées, aux poi-
Fig. 23 et 24. Vases en terre cuite, 1/3 grandeur
gnards, aux haches de toutes formes, aux faucilles, aux trompettes de guerre, se trouvent des objets en or très nombreux et très précieux [^}^, 25), des bracelets, des colliers, des diadèmes, des bagues, des feuilles minces et couvertes d'ornements repoussés, destinées à garnir les boucliers en bronze.
Dans le tumulus de Treenhoi, en Jutland, qui remonte à la première période du bronze, on a trouvé, renfermés dans un cercueil en bois, des vêtements en tissu de
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laine ; leur conservation est parfaite ; ils se composent d'un bonnet voisin de ceux que portent aujourd'hui encore les paysans norvégiens, d'un manteau, d'une espèce de jupon et de deux châles à grandes franges.
Les tourbières du Danemark ont fourni également beaucoup d'objets appartenant à l'âge du bronze, notamment une série de vases en or provenant de la tourbière de Lavindsgaard-Odense ; ils étaient déposés dans un grand vase de bronze, et munis de manches terminés en tête de cheval. Ces vases étaient destinés sans doute à un culte religieux.
Fig. 25. Bractéate en or, grandeur naturelle.
Des moules en pierre et en bronze pour la fonte des haches, des monceaux de métal brut et de culots, recueillis dans les tourbières, démontrent que si l'industrie du bronze n'est pas originaire du Danemark, elle s'y est développée, et que les objets de métal qu'on y rencontre ont été, en partie du moins, fabriqués dans le pays.
Les salles suivantes, au nombre de quatre, sont occupées par de nombreuses antiquités représentant l'âge du fer, cette dernière étape de la civilisation antéhistorique qui, dans le Danemark, se prolonge depuis le m® siècle jusqu'à l'établissement définitif du christianisme, vers le commencement du xi® siècle. L'argent et le verre font
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leur apparition à peu près en même temps que le fer. Des milliers d'objets de toute nature, recueillis dans les tombeaux et les tourbières, remplissent les vitrines. Beaucoup d'entre eux, qu'il serait trop lon^ d'énumérer ici, sont décorés avec art, et annoncent une civilisation toute différente de celle du bronze. Des monnaies
Fig 26. Crâne du tumulus do Borrehy (Danemark), âge de la pierre (Extrait des Leçons sur l'homme, de Cari Vogt).
j^recques et romaines, trouvées dans certaines fouilles et mêlées à ces objets, leur donnent une date à peu près positive, et indiquent les relations que ces peuplades, dont l'histoire tout entière est demeurée inconnue, avaient avec les autres habitants de l'Europe. Que d'antiquités curieuses à étudier ! Quel intérêt à suivre, à
travers les siècles, ce développement des arts qui subissent successivement, tout en conservant un caractère d'originalité locale, les influences romaine, orientale et byzantine !
C'est là que récriture se montre pour la première fois ; elle est représentée par des caractères formés de lignes droites et anguleuses appelées r uniques^ nous les voyons gravés, à une époque relativement récente, sur une antique hache en pierre.
Lé musée ethnographique de Copenhague est également d'une grande importance. Installé au palais des princes, comme le musée des antiquités du Nord, il renferme des objets appartenant à tous les âges et provenant de toutes les régions du globe, et notamment des séries (fig. 26) de crânes très intéressants à étudier et à comparer. Ces collections occupent quarante-quatre salles et sont classées géographiquement.
Avant de retourner en France, je désirais réaliser mon projet d'excursion géologique à Faxœ, dans le Seeland. Cette course devait durer deux jours.
Je pris, à huit heures du matin, le chemin de fer de Korsôr. A la station de Hasler, je trouvai une voiture qui me conduisit à Faxœ, où j'arrivais à midi. M. Freuchen, auquel M. Lûtken avait bien voulu écrire, fut pour moi d'une amabilité parfaite ; il fit porter immédiatement mon petit bagage chez lui, et je devins son hôte.
M. Freuchen me conduisit ensuite dans les carrières situées à deux ou trois cents mètres du village. Elles sont immenses, exploitées à ciel ouvert sur une surface de plusieurs hectares, et occupent plus de trois cents ouvriers. Les calcaires extraits servent en grande partie à la fabrication de la chaux ; on en exporte chaque année en Allemagne et en Russie, pour plusieurs centaines
EXCURSION A FAXOE 57
de mille francs. Les carrières ne sont pas très profondes, cependant les couches sont souvent disloquées, et la coupe n'est pas toujours facile à relever: elle se compose, à la base, d'une craie dure, compacte, mal stratifiée, dont Tépaisseur varie entre quatre et cinq mètres, d'un calcaire corallien à briozoaires, à polypiers, à oursins, d'une puissance d'environ deux mètres, et d'un dépôt d'alluvion plus ou moins développé.
Les fossiles sont assez rares dans les carrières de Faxœ, mais les ouvriers avaient été prévenus à l'avance par M. Freuchen, et je pus emporter plusieurs exemplaires du Cidaris Faujasi, du Pyrina Freucheni^, de VHolaster faxoensis, ainsi que des crustacés parfaitement conservés. Le point de contact entre la couche à briozoaires et les alluvions est intéressant à examiner : les calcaires crétacés sont quelquefois parfaitement polis à leur surface, et marqués de stries très apparentes, toutes dirigées dans le même sens et dues sans doute à un phénomène glaciaire. A Soleure, en Suisse, à la partie supérieure des calcaires kimméridgiens, en contact avec les alluvions, j'avais déjà remarqué des stries tout à fait identiques.
En quittant les carrières, M. Freuchen me conduisit chez le chef des ouvriers qui avait réuni depuis longtemps une série de fossiles, parmi lesquels je pus choisir tout ce qui m'intéressait.' Cet excellent homme paraissait heureux de m'être agréable ; il ne savait pas un mot de français, mais par l'intermédiaire de M. Freuchen, qui le parlait un peu, il me fit savoir qu'il avait vu
1. Cette espèce a été dédiée par M. Desor à M. Freuchen père, naturaliste zélé et intelligent, autrefois pasteur à Faxœ {Synopsis des Echinides fossiles j p. 191).
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M. Hébert, il y a quelques années, et qu'il avait conservé de notre éminent compatriote un très bon souvenir. Nous rentrâmes à la maison où nous attendait un confortable dîner pris en famille, et auquel une certaine soupe aux cerises donnait un caractère local qui n'était pas à dédaigner. M. Freuchen avait quelques fossiles de Faxœ qu'il s'empressa de m'offrir.
M. Lûtken m'avait tout particulièrement recommandé de visiter les falaises de Hoirup,
A sept heures, une voiture préparée par les soins de M. Freuchen nous conduisit à Store Heddinge, qui n'est plus qu'à quelques kilomètres de la mer. Nous devions y passer la nuit, et le lendemain de bonne heure aller à la falaise.
A l'auberge de Store Heddinge, se trouvait le docteur du pays, M. Rosen, que M. Freuchen connaissait depuis longtemps. Apprenant que j'étais français et géologue, le docteur Rosen me fit un accueil des plus aimables, et se mit entièrement à notre disposition. (( Etes-vous matinal, me dit-il, et voulez-vous, demain, à la falaise de Hoirup, voir le soleil se lever sur le Sund? Je vous attendrai, à quatre heures, à la porte de l'auberge, avec ma voiture. »
J'acceptai bien volontiers, et le lendemain, à quatre heures et demie, du haut de la falaise, j'admirai un superbe spectacle.
Le temps était magnifique ; le soleil, comme un large disque de feu, semblait émerger du sein des eaux, ses rayons se reflétaient au loin sur les flots, illuminant les bâtiments, qui, poussés par un vent favorable, se dirigeaient vers le Sund : à droite, l'île de Moën se dessinait nettement, avec ses hautes et pittoresques falaises de craie blanche.
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FALAISE DE HOIRUP 59
A Hoirup, je descendis par un étroit sentier sur le bord delà mer. La falaise, que j'eus tout le temps d'étudier, mesure environ quarante mètres de hauteur; elle est formée à la base d'une craie blanche, tachante, friable, avec cordons de silex noirs et quelques débris écrasés d'oursins que je rapporte à VEchinoconus Rœmeri, Audessus, est une bande de craie un peu plus résistante, pétrie de bryozoaires et de pointes brisées des Cid, Fau- Jasi, Hardouini, etc. Cette couche, dont l'épaisseur est de un mètre à 1 mètre 50, est recouverte par une craie plus dure, plus compacte, exploitée avec la scie et traversée par des cordons de silex noirs ; son épaisseur est de 12 à 15 mètres. L'ensemble est surmonté par une couche d'alluvion dont la puissance est très variable. La craie de la partie supérieure, étant plus compacte, forme une corniche saillante et très remarquable, qui surplombe la mer et règne tout le long de la falaise.
M. Freuchen et M. Rosen me ramenèrent à Store Heddinge.
Pendant notre course à la falaise, M. Rosen avait chargé son fils de réunir les fossiles et les instruments en silex qu'il possédait, et à côté de la table du déjeuner, s'en trouvait une autre couverte de tous ces objets, qui m'étaient gracieusement offerts. Peut-on rencontrer une hospitalité plus aimable et plus généreuse ?
Après le déjeuner, M. Rosen me conduisit chez un horloger de Store Heddinge, qui possède une collection très complète de silex taillés et polis, haches, grattoirs, couteaux, flèches, fers de lance, marteaux de toute forme, recueillis dans le Seeland; quelques spécimens sont vraiment magnifiques et d'une réelle valeur; l'ensemble est aussi complet que possible. Cet horloger possédait en outre quelques fossiles qu'il voulut bien me
donner, notamment des radioles des Cid. Hardouini et alatày qui me firent grand plaisir.
L'heure s'avançait, je pris congé de l'excellent docteur, et je continuai ma route avec M. Freuchen, qui voulut absolument m'accompagner jusqu'à la fin de mon excursion et me conduire à Herfœlge, dans une petite carrière riche en échinides, indiquée sur l'itinéraire que m'avait tracé avec tant de soin M. Lûtken.
De Store Heddinge à Herfœlge, la route traverse tantôt des champs admirablement cultivés, parsemés de fermes et de hameaux, tantôt de magnifiques forêts de hêtres. Je n'avais qu'une heure à passer à Herfœlge, je trouvai bien vite la petite carrière signalée près de l'église et j'y recueillis de très beaux radioles, des Cid, Hardouini^ alata, perornata et VEchinocorys salcata^ que je ne connaissais pas, des huîtres, des brachiopodes. Il nous fallait encore une demi-heure pour nous rendre à la station de Kjoge où je fis mes adieux bien sincères, bien affectueux, à M. Freuchen, qui pendant deux jours s'était mis à ma disposition avec tant de bienveillance et de générosité.'
Je revins à Copenhague très satisfait de mon excursion, chargé de fossiles et de haches, heureux surtout de l'accueil charmant et sympathique que j'avais reçu de tous côtés, et dont ma qualité de Français était certainement la première cause !
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