AGE DU BRONZE
MM. Desor et Worsaae ont développé leurs idées sur la liaison des temps préhistoriques avec ceux de Vantiquité classique.
Il est bien entendu, dit M. Desor, que Tâge de la pierre polie qui est, non seulement antérieur à l'histoire, mais étranger à la légende, est ici hors de cause ; il en est de même peut-être de 1 âge du bronze, tel qu'on se le représente à l'origine, mais depuis on y a fait entrer successivement les tombeaux de la Scandinavie et les terramares d'Italie, on aurait grand tort de conclure que tous ces gisements sont contemporains. Il faut bien distinguer les premiers âges du bronze, auxquels se rattachent les terramares de Monteviale près Modène, et aussi certaines palafittes des lacs de la Suisse. Les hommes qui habitaient ces stations étaient des gens humbles et modestes, vivant chez eux comme ils avaient vécu à l'âge de la pierre et n'exerçant aucune influence extérieure.
Il n'en est plus de même au moment des Sépultures de Villanova^ fouillées et décrites par le comte Gôzzadini.,Les populations avaient alors des loisirs et les employaient au développement de leur sentiment artistique : Les types curieux qu'on y réhcontre se retrouvent en dehors de l'Italie, avec les mêmes formes et les mêmes dessins, à Hallstadt, dans les tombelles de la Franche- Comté et de la Suisse. Les liens qui existent à cette époque entre les différents peuples de l'Europe, sont manifestes. Il y a un centre où ils viennent s'approvisionner, et ce centre est en Italie.
Les objets de Villanova sont plus anciens que ceux fournis par la Nécropole de Marzabotto, et pourtant une évidente aflînité les rapproche ; la perfection ne s'y rencontre pas encore, mais les grandes lignes de l'art étrusque commencent à se montrer. Tous les pays, suivant G. CoTTEAU. Le prékistorique, 5
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M. Desor, ont reçu, à cette époque, de la péninsule italienne, des types ou au moins des modèles.
M. Worsaae ne peut se rang^er complètement à cette opinion. Il admet, comme M. Desor, deux époques dans Tâge du bronze ; il reconnaît que, vers la fin de la seconde époque, Tinfluence du Midi se fait sentir et que les bronzes du Nord ont une certaine ressemblance avec ceux de Villanova, mais, au début, la différence est considérable. Les loures (luvers)^ les grandes épées, les diadèmes de la Scandinavie, tous ces objets et d'autres encore qui sont les plus intéressants de Tâge du bronze dans le nord, datent de Tépoque la plus ancienne ; ils ne sont pas le produit d'une industrie locale, mais ne viennent pas certainement d'Italie. On a trouvé en Chine et dans toute TAsie des objets de bronze très remarquables ; il est probable que cette civilisation est orif^inaire de ces contrées éloig^nées ; elle a pénétré d'abord dans l'Asie-Mineure et la Grèce, puis s'est avancée peu à peu vers le Nord et l'ouest de l'Europe, recevant à chaque étape l'empreinte des difîérents peuples.
M. Gapellini a entretenu le Congrès de la Grotte des Colombes^ dans le golfe été la Spezia, et décrit l'aspect pittoresque de cette grotte dont l'ouverture triangulaire est placée au milieu d'une falaise de calcaire doloraitique, à cinquante mètres au-dessus du niveau de la mer. On gagne le sommet de la montagne par un chemin de chevrier, puis on descend vers l'ouverture de la- grotte en suivant un ravin tracé par les déchirures et les dentelures des couches brisées du calcaire dolomitique.M.Capellini a fait pratiquer de nombreuses fouilles dans cette grotte spacieuse : les instruments taillés qu'il y a recueillis, les outils en os, les coquilles percées d'un trou et ayant servi d'ornement, les ossements humains rencontrés
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TERRAMARE DE MOXTALE 67
associés à des os de bœuf, de cheval, de loup, et enfin l'absence presque complète de poterie, démontrent que cette grotte appartient à la fin de Tâge de la pierre taillée, avant la pierre polie. M. Capellini a constaté un grand nombre de faits qui tendent à établir que les populations, qui habitaient à cette époque le golfe de la Spezia, étaient anthropophages.
Excursion à la terramare de Moniale. — Excursion à Marzabotto. — Réception du chevalier Aria. — Visite à la galerie du château. — Puits funéraires. — Fouilles. — Excursion à laCerto^. — Fouilles. — Visite aux monuments de Ra venue. — Mosaïques de Saint- Vital. — Exposition préhistorique italienne.
Les excursions sont partout un des grands attraits des Congrès.
La première avait pour but de visiter Modène et la terramare de Moniale, On sait Tfhtérêt tout particulier qui s'attache à l'étude des terramares. Ces villages préhistoriques, élevés sur pilotis au milieu de terrains probablement mouvants, forment aujourd'hui des monticules, dans lesquels se retrouvent les débris de l'industrie des populations qui les ont habités.
La ville de Modène a organisé une brillante réception. Le syndic et le corps municipal attendent à la gare les membres du Congrès, arrivés au nombre de deux cents par un train spécial. Après les compliments d'usage, les excursionnistes prennent place dans plus de cinquante voitures et traversent la ville entre une double haie
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d'habitants. Les fenêtres sont ornées de drapeaux et de tapis, suivant Tusage ; les carabiniers royaux, en grande tenue, précèdent la longue file des voitures, et Ton se dirige à Montale, à 7 kilomètres environ au sud de Modène.
Dans la plaine que parcourt le cortège, se montrent, en certains endroits, de petits monticules peu élevés, de forme assez régulière. Ce sont des terramares ; on en compte douze ou treize exploitées pour l'extraction des matières fertilisantes. Parmi ces terramares, les unes sont épuisées, les autres se trouvent dans des localités difficilement accessibles aux voitures. Celle de Montale avait été choisie par le comité en raison de ses caractères typiques parfaits, de son intégrité et de sa proximité de la ville.
Vers neuf heures, on arrive à Montale. Tout le village est en fête, la foule endimanchée se presse autour des voitures ; la petite église du village, bâtie sur le monticule, est pavoisée, et les cloches sonnent à toute volée. Dans l'ensemble du monticule le comité a fait exécuter des excavations sur plusieurs points, au centre, à la périphérie et au milieu du rayon dbmpris entre les extrémités. Plus de cent vingt mètres cubes de terre ont été enlevés. Grâce à ces fouilles, l'étude de cette terramare, riche en objets de l'époque du bronze, devenait facile. A un mètre environ de profondeur, sous le terrain ordinaire, on distingue très bien la stratification de la terramare avec les ossements d'animaux, les fragments de poterie, les charbons et les cendres, et au fond, pénétrant de quinze ou vingt centimètres dans le terrain vierge, les pilotis ou palafittes.
Les objets recueillis dans les travaux préparatoires étaient exposés sur* la terramare et mis à la disposition
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MARZABOTTO 69
des membres du Congrès, qui du reste avaient été munis de pioches et purent à loisir, pendant plus de deux heures, remuer les terres et rechercher tous les débris laissés par les anciens habitants de 1 âge du bronze.
Vers midi, les membres du Congrès sont de retour à Modène où les attend, dans le somptueux palais qui fut jadis la résidence des ducs d'Esté, un banquet gracieusement offert par la ville.
Le reste de la journée a été employé à visiter la ville, le musée d'histoire naturelle^ la pinacothèque, l'observataire, la cathédrale.
Dans cette première excursion, le Congrès avait pu étudier sur place les habitudes des populations de V^ge du bronze. En se rendant, quelques jours après, à Marzabotto^ il visitait en détail une des plus riches et des plus curieuses nécropoles de Vàge du fer, illustrée par les recherches et les beaux travaux du comte Gozzadini. Le propriétaire du vaste domaine qui occupe aujourd'hui l'emplacement de la terramare, le chevalier J. Aria, avait invité les membres du Congrès à assister aux fouilles et à l'exploration de quelques sépultures.
De grands préparatifs avaient été faits pour recevoir les membres du Congrès. Chacun, du reste, était désireux de voir par lui-même les lieux célèbres où, depuis plusieurs années, s'exécutent des fouilles d'une importance si considérable pour l'histoire des Étrusques; aussi, à onze heures, malgré l'incertitude du temps, tous étaient exacts au rendez- vous. En moins d'une" heure, le train spécial traversait rapidement la vallée pittoresque du Reno, franchissant les vingt-sept kilomètres qui séparent Bologne de Marzabotto.
Le prince Humbert faisait partie de l'excursion. Aux membres du Congrès s'étaient jointes un grand nombre de
notabilités et des daines de Bologne, invitées par M. Aria aux fêtes de la journée. ^
Après la réception dans la cour d'honneur du château, dont toutes les fenêtres sont pavoisées de drapeaux et de bannières armoriées, les visiteurs se dirigent vers la galerie du premier étage qui renferme, exposées dans des vitrines, les riches collections provenant des fouilles. Ce qui frappe tout d'abord, c'est la variété des objets appartenant certainement à plusieurs époques, bijoux en or et en argent, ornements de bronze, instruments en pierre et en os, vases en verre, poteries ordinaires et peintes, pierres gravées, etc., représentant la vie domestique, la vie guerrière, le luxe, le commerce, les idées religieuses, les usages funéraires des Étrusques aux plus beaux jours de leur civilisation. Dans la série du bronze, notons d'abord deux vases cylindriques de quarante centimètres de diamètre, pourvus de deux anses, travaillés au repoussoir et présentant en relief quatorze ou quinze cordons horizontaux qui alternent avec des bandes plates. Ce sont des cistes dont les Etrusques se servaient pour déposer les ossements brûlés et les cendres des morts.
Citons aussi la riche collection des fibules. A côté de types tout à fait spéciaux, on en remarque quelques-unes qui rappellent des objets de provenance gauloise, et d'autres, au contraire, très voisines des fibules beaucoup plus anciennes de Villanova ou de Hallstadt.
L'examen des statuettes en bronze suffîrait pour démontrer qu'il y a eu deux âges artistiques à Marzabotto. L'une d'elles, certainement de la période la plus ancienne, est empreinte d'un archaïsme tout à fait original : ses yeux proéminents, son cou court et peu développé, sa tunique étroitement serrée au corps, révèlent une époque encore bien éloignée du perfectionnement des arts en
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MARZABOTTO
Etrurie, sous l'influence hellénique, et donnent à cette statuette un certain caractère asiatique (fig. 27).
Combien, au contraire, on est frappé par la beauté d'un
Fig. 27. Statuette archaïque de Marzabotto.
Fig. 28. Mars et Vénus (Marzabotto).
groupe représentant un guerrier et une femme, probabablement Mars et Vénus, debout sur un piédestal circulaire et dont on peut fixer l'origine au v« siècle de Rome
(fig. 28). Ce groupe est très remarquable, soit par la manière dont le socle est traité, soit par l'expression des deux figures, soit par l'arrangement du manteau de la déesse. L'influence de l'art hellénique arrive à son plus grand développement et se manifeste dans cette précieuse statuette, ainsi que dans celle de l'Ethiopien, (fig. 29), tout en laissant à ces ouvrages étrusques leur cachet national.
Les bijoux en or et en argent attirent les yeux, non seulement par la richesse de la matière employée, mais par le goût artistique et la perfection du travail. Chacun admire un magnifique collier en or composé de seize plaques et d'une pendeloque.
Que d'objets dignes d'attention passent inaperçus ! A côté de bijoux e£ d'ornements qui dénotent le luxe, une foule d'ustensiles en bronze et en os se rattachent à la vie privée. Il eût fallu des journées pour examiner toutes ces richesses, et on ne pouvait disposer que d'un temps très restreint.
Pendant cette visite au musée, le ciel s'était rasséréné. On se rendit sur les différents points du parc où des fouilles avaient été pratiquées. On visita les puits, funéraires trouvés en assez grand nombre, soit dans la plaine, soit au milieu des constructions longeant le Reno (fig. 30). Ces puits renfermaient un,' deux et même trois squelettes, des vases et des ornements en bronze et en argent ; ils paraissent spéciaux à Marzabotto. Si, plus tard, les Gaulois ont employé cet usage funéraire, c'est après la conquête romaine, à l'imitation des Etrusques.
On examine, en passant, les curieuses sépultures de Marzabotto, qui diffèrent en général de celles de l'Etrurie centrale. Les unes sont en forme de coffres quadrangulaires, composés de plusieurs grandes dalles de tuf et
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de une ou deux autres pour couvercle, tantôt façonnées en faîte (fig. 31), tantôt tout à fait plates, tantôt surmontées d'une boule sphérique ou d'une colonne (fîg. 32). L'incinération prévalait dans ces tombes, puisque dans troi^ ou quatre seulement, sur cent soixante-dix, le squelette existait entier. Ce sont ces tombes qui ont fourni à
Fig, 29. — Statuette de nègre découverte à Marzabotto.
M. le chevalier Aria les plus beaux objets de sa collection.
On s'arrête devant les débris d'une grande tombe, puis on arrive au bord d'une tranchée toute récente, dans laquelle trois sépultures ont été en partie dégagées, afin de réserver au Congrès la primeur de leur ouverture.
Pendant plus d'une heure, les membres du Congrès suivent avec un vif intérêt et une attention parfois inquiète, l'opération délicate qui consiste à enlever, à Taide du grattoir et de la palette, la légère couche de terre qui environne encore le squelette. Enfin les ouvi;iers mettent à découvert les ossements d'un guerrier armé de
Fig. 30. Puits funéraire de MarzaboUo.
son épée, et ceux d'une femme ayant au bras un bracelet d'airain.
A cinq heures, sous une vaste tente, un repas somptueux est servi. Le prince Humbert préside la table d'honneur. Grâce aux toasts qui ne font jamais défaut dans les banquets du Congrès, le festin se prolonge jus-
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MARZABOTTO
qu'à la nuit, et, en sortant de la salle, on admire le spectacle féerique que présentent les illuminations dn parc.
Fig. 31. Sépulture de MarzaboUo.
du château et des collines si pittoresques qui Tentourent. L'heure du départ est arrivée, et c'est au moment où
Fig. 32. Sépulture de Marzabolto.
Ton monte dans le train, aux cris répétés de vive Aria, vive Marzabotto, qu'éclate le bouquet du feu d'artifice.
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Sous la conduite du syndic de la ville de Bologne et de ringénieur Zannoni , les membres du Congrès ont
Fig. 33. Ciste en bronze
Fig. 34. Vase avec cloison médiane
('ajiçtxuTïEXXov).
visité les fouilles de la Certosa, ancien couvent de Chartreux, situé à environ 1,500 mètres de Bologne et devenu
Fig. 35. Vase en terre.
aujourd'hui le principal cimetière de la cité. C'est un cimetière d'un genre spécial, comme à Gênes et dans
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