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CHAPITRE SIXIEME

M. d'Omallus d'Halloy. — Discours de M. Dupont. — Excursion dan* la vallée de la Lesse. — Trou Magrite. — Trou de la Naulette. — TroU du Frontal. — Silex taillés de Mes vins et de Spiennes. — Visite do« tranchées. — Atelier de Spiennes et galerie. — Le camp de Hastedon. — Musée archéologique de Namur. — Réception.

Le Congrès de 1872 mérite une attention spéciale 4 C'est une date importante dans l'histoire de l'archéologie préhistorique.

En raison du nombre des hommes compétents venuâ de tous les pays, en raison surtout de l'intérêt de quelques-unes des questions scientifiques qui furent pré-* sentées et discutées, la réunion de Bruxelles eut un grand retentissement et contribua largement au pro^ grès de la science. ^

Le 22 août, le Congrès s'ouvrit, au palais Ducal, ancien palais du prince d'Orange servant aujourd'hui de musée, en présence du roi Léopold II, sous la présidence de M. d'Omalius d'Halloy.

M. d'Omalius d'Halloy était alors un vieillard de quatre-vingt-dix ans, vice-président du Sénat belge et

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Tun des savants les plus éminents de notre époque. Malgré son grand âge, il avait conservé une vigueur de corps, une fraîcheur et une jeunesse d'esprit vraiment merveilleuses, et dont il n'a cessé de donner des preuves pendant toute la durée du Congrès. Rien n'égalait le profond savoir de M. d'Omalius d'Halloy, si ce n'est sa bienveillance. J'avais eu plusieurs fois l'occasion de me trouver avec lui à Paris, dans nos réunions scientifiques. A Bruxelles, je fus profondément touché de son affectueux accueil ; je ne l'oublierai jamais, et ce souvenir est un des plus doux et des plus précieux que j'aie emportés du Congrès de Bruxelles.

Après M. d'Omalius d'Halloy, qui souhaite en quelques mots la bienvenue à tous, M. Dupont, secrétaire-général du Congrès et son organisateur, prend la parole, et dans un discours substantiel, donne le résumé des recherches anté-his toriques faites jusqu'ici en Belgique ; il rappelle les travaux de Schmerling, qui, en 1834, recueillit, dans les cavernes de Liège, des ossements humains associés à des débris d'ours et de mammouth, découverte d'une haute importance, qui longtemps passa inaperçue ; il rappelle également les observations plus récentes de Spring, qui reconnut le premier, contrairement aux opinions généralement admises, que les débris accumulés dans les cavernes étaient en grande partie le fait de l'homme. M. Dupont nous apprend ensuite comment, en 1864, il fut chargé, sur la désignation de M. Van Beneden, d'exécuter des fouilles dans les cavernes de la Belgique ; il expose quelques-uns des résultats qui lui ont été fournis par l'exploration de plus de soixante cavernes de la province de Namur, habitées par l'homme et les carnassiers.

A l'époque de la pierre polie, la population des caver-

LA PIERRE POLIE s 91

nés disparaît, et rien ne rappelle plus les mœurs des troglodytes et le caractère de leur industrie. Les plateaux de ces mêmes régions sont envahis par des populations nouveltes, en rapport d'industrie avec celles du Hainaut. Frappé de Tanalogie de forme qui existe entre les silex taillés de Saint-Acheul et les haches polies, M. Dupont se demande si cette analogie ne correspondrait pas à un perfectionnement régulier, si les populations quaternaires de la Somme, du bassin de Paris, des bords <ie la Tamise et du Hainaut n'ont pas transformé insensiblement leur industrie, et si la hache polie n'est pas le dérivé des haches de Mesvin et de la Somme.

Le soir de cette première séance, le cercle artistique et littéraire de Bruxelles a offert au Congrès une fête musicale, et, pendant toute la durée du Congrès, ses vastes salons ont été gracieusement ouverts aux membres.

Le Congrès a duré neuf jours : trois journées ont été employées aux excursions, pour lesquelles un train spécial avait été mis à la disposition des membres du Congrès ; les autres jours ont été consacrés aux séances. Je parlerai d'abord des excursions qui, sous tous les rapports, ont été extrêmement intéressantes.

La première excursion avait pour but la visite des cavernes de la Lesse, dans la province de Namur, explorées avec tant de soin par M. Dupont.

A sept heures et demie du matin, plus de trois cents membres du Congrès, parmi lesquels on remarquait plusieurs dames françaises, belges ou étrangères, se pressaient dans la gare du chemin de fer du Luxembourg, et prenaient place dans le train qui, à dix heures, arrivait à Dinant. Le bourgmestre, entouré du conseil communal, se trouvait à la gare pour souhaiter la bienvenue au Congrès et lui offrir le vin d'honneur. Toute la

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ville de Dinani était en fête ; les maisons étaient pavoisées et la foule encombrait les rues. Il est juste de dire que M. Dupont est dinantais, et qu'en faisant fête au Congrès, la ville honorait le savant qui dirigeait notre excursion. Un grand nombre de voitures de toute espèce nous attendaient près de la gare. Elles furent bientôt envahies, et notre longue caravane, à laquelle vinrent se joindre plusieurs personnes de Dinant, se mit en marche.

La route suit d'abord les rives de la Meuse, quedominent des rochers escarpés, formés par les couches bouleversées et redressées du calcaire carbonifère ; leur couleur grisâtre contraste avec la verdure éclatante qui les encadre. Après avoir franchi, par un étroit passage, la roche à Bayard, on ne tarde pas à s'engager dans la pittoresque vallée de la Lesse ; le paysage, toujours charmant, varie à chaque instant. La Lesse^ petite rivière torrentueuse, aux innombrables circuits, tantôt coule encaissée au milieu des gigantesques rochers qui la surplombent, tantôt s'étale au milieu d'une plaine verdoyante. Le chemin que nous suivons traverse plusieurs fois la rivière, qu'on est obligé de passer à gué. On avait compté sans les lourdes voitures chargées d'excursionnistes : plusieurs s'engravèrent, il fallut dételer, opérer le sauvetage des voyageurs ; au gué suivant, c'était à recommencer. Quelques timons furent brisés, quelques roues disloquées ; mais, en somme, aucun accident sérieux, beaucoup de gaieté, de rires et de plaisanteries.

Les cavernes que le Congrès avait pour but de visiter sont placées à droite et à gauche de la vallée, vers le milieu de l'escarpement, à trente mètres environ au-dessus du niveau actuel des eaux de la Lesse.

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r- LE TROU MAGRITE 93

La première caverne, à laquelle M. Dupont conduisit le Congrès, est le Trou Magrile^ à Pont-à-Lesse. Laissant nos voitures dans la vallée, nous y montâmes, par un sentier ombreux. La caverne est peu profonde, mais largement ouverte, bien orientée et devait être, pour ces peuplades troglodytes, une demeure de prédilection. Sur la petite terrasse qui la précède, formée en grande partie de débris extraits dans les fouilles, M. Dupont nous <lonna d'intéressantes explications sur le dépôt fluvial, -épais de deux mètres et demi, qui occupait le sol de la caverne et présentait quatre niveaux ossifères distincts, correspondant à d'anciens sols habités par l'homme et recouverts par des inondations successives.

Lorsque ces phénomènes avaient lieu, la vallée de la Lesse, beaucoup moins profonde qu'aujourd'hui, était occupée par un vaste fleuve qui coulait à peu près au niveau des cavernes. Aucune station n'a fourni à M. Dupont des débris de l'industrie humaine et des ossements d'animaux plus nombreux. Les quatre niveaux ossifères, bien que séparés par des intervalles de temps plus ou moins longs, appartiennent, suivant M. Dupont, à lâge du mammouth, et cependant ils présentent déjà, au fur et à mesure qu'on s'élève, de notables progrès dans la taille du silex. Au troisième niveau, ont été rencontrés les plus curieux objets sculptés découverts en Belgique : une ébauche très grossière de figurine en bois de renne, un bois de renne sur lequel des dessins ont été gravés, et aussi quelques fragments de poterie non cuite, modelée à la main et dont la pâte est fort grossière. Ces derniers niveaux ossifères du Trou Ma ff rite ne seraient-ils pas déjà, dans la vallée de la Lesse, les représentants de l'âge du renne ?

Le Trou de la Naulette reçut ensuite la visite du Con-

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grès. C'est une caverne à ouverture étroite, offrant d'abord un long couloir qui conduit à une salle assez vaste et complètement obscure. Lors de la première exploration de M. Dupont, cette salle, en forme de cuve, était comblée par un dépôt fluvial de onze mètres d'épaisseur, présentant sept niveaux de stalagmites, alternant £^vec des couches de limon qui correspondaient à sept inondations successives de la Lesse. Parmi les ossements recueillis au-dessus de la seconde nappe de stalagmites, s'est rencontrée, associée à des os de mammouth et de rhinocéros, de cerf, de bœuf et de renne, la célèbre mâchoire humaine de la Naulette, que nous avons vue dans la collection anté-historique du musée de Bruxelles. Cette mâchoire, remarquable par son épaisseur, sa faible hauteur, sa face externe tout à fait lisse, sa proéminence brusque et considérable en arrière des dents incisives, l'arrangement étrange des molaires placées de telle sorte que la deuxième dent de sagesse est de beaucoup la plus volumineuse, rappelle, par son aspect général, les races actuelles les plus inférieures, la race australienne notamment. « C'est un des débris humains les plus étonnants dont la science soit en possession, dit M. Dupont, et son intérêt augmente encore par sa haute antiquité. L'ouverture du Trou de la Naulette est à vingt-huit mètres au-dessus du niveau actuel de la Lesse. En avant de la caverne, se trouve un dépôt d'argile, qui a fourni la faune du renne et des silex taillés. » Au Trou de [h Naulette, où l'on venait de terminer sur l'herbe, dans la grande prairie de Chaleux, un simple mais copieux déjeuner, un accident assez grave faillit avoir lieu : pour atteindre le Trou de la Naulette, il fallait traverser la Lesse qui, dans cet endroit, est resserrée, profonde et coule au pied même du rocher ; de petites barquettes, longues et étroites, transportaient les mem-

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