TERRAIN QUATERNAIRE DE GRENELLE
tout à fait étrangers aux Etats Scandinaves, ont été présentées pendant la durée du Congrès. Si le but principal de ces grandes réunions est d'étudier le pays dans lequel a lieu chaque session, des séances spéciales sont en outre réservées aux membres, qui désirent appeler l'attention de l'assemblée sur des observations faites en d'autres pays. Nous avons, dans cet ordre d'idées, à mentionner quelques travaux importants.
M. Hamy, qu'on entend toujours avec un vif plaisir, a fait une communication très appréciée sur le terrain quaternaire de Grenelle^ près Paris. A l'aide des documents recueillis par feu M, E. Martin, M. Hamy démontre que, dans cette station, on rencontre la superposition parfaitement établie des diverses époques de l'âge de la pierre en France. UElephas antiquas se montre d'abord, à 7 mètres environ de profondeur ; puis viennent successivement l'hippopotame, le mammouth, et enfin le renne. Au point de vue archéologique, des modifications analogues se reproduisent : à la base, se trouvent les haches du type de Saint-Acheul ; vers le niveau des blocs erratiques, se montrent des silex qui ont une affinité toute particulière avec ceux des cavernes de Gro- Magnon, dans le Midi. Il n'est pas jusqu'aux documents anthropologiques, qui ne viennent confirmer cette curieuse superposition : à la plus grande profondeur, a été recueilli un crâne qui offre assurément beaucoup de ressemblance avec ceux de Canstadt çt d'Eguisheim ; au niveau des blocs erratiques, paraît un type tout différent, ayant une grande analogie avec celui de Cro-Magnon ; plus haut, dans les alluvions à ossements de renne, ce type est accompagné d'un autre crâne brachycéphale.
Ainsi, ajoute M. Hamy, dans cette localité, les données géologiques coïncident d'une manière absolue avec
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les documents fournis par Tarchéologie et Tanthropologie. Les sablières de Grenelle pourront, grâce aux recherches assidues de M. E. Martin, être regardées comme un type excellent des gisements quaternaires du nord de la France .
M. Gazalis de Fondouce a présenté au Congrès un mémoire tendant à établir qu'il n existe aucune lacune entre Vàge du renne et Vépoque néolithique. Enyïs3igedini successivement la question, au point de vue de l'anthropologie, de la géologie, de la paléontologie et de l'industrie, M. Gazalis démontre que s'il existe des différences entre les deux époques, elles n'ont rien de tranché et d'absolu ; le changement, suivant lui, s'est opéré lentement et s'est poursuivi sans interruption, depuis le commencement de l'époque paléolithique jusqu'à nos jours. « Pendant ce temps, dit-il, des races d'hommes ont vécu juxtaposées dans nos climats, et chez certaines de ces races, a pu s'élaborer en partie 1 âge néolithique. Le climat, devenu peu à peu plus doux dans nos contrées, y a attiré successivement de nouvelles races d'hommes, qui ont apporté, dans les arts et dans l'industrie, des éléments nouveaux, et lui ont imprimé des impulsions de nature à en modifier la direction, quelquefois d'une façon complète. »
M. de Saporta a fait connaître le résultat de ses observations sur le clima,tde V époque quaternaire. La question est délicate, fortement controversée et loin encore d'être résolue. Si, d'un côté, la présence d'animaux arctiques, comme le renne, le bœuf musqué, le glouton et la marmotte, indiquent une température rigoureuse ; d'un autre côté, les éléphants, les rhinocéros, les hippopotames et la Cyrena flaviatilis, marquent plutôt l'existence d'un climat tempéré.
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CLIMAT DE l'époque QUATERNAIRE 149
L'étude des végétaux peut aider à la solution de la question. Dans ce but, M. de Saporta signale les empreintes végétales découvertes par M. Ghouquet, dans un tuf quaternaire situé entre Moret et La Celle, dans la vallée du Loing, non loin du confluent de cette rivière avec la Seine. Parmi ces empreintes, il faut mentionner en première ligne le figuier, Ficus carica,, accompagné de ses fruits à Tétat de moule, et presque aussi nombreux que ses feuilles elles-mêmes. M. de Saporta donne la liste des végétaux, rencontrés par M. Chouquet avec le Ficus carica^ et qui tous se retrouvent dans les tufs quaternaires de Cànstadt ou dans ceux du midi delà France. Il en conclut que le dépôt de Moret sert de lien commun et démontre qu'en allant du Midi au Nord, et de la Provence à Cànstadt, en passant par Paris, la végétation se modifiait alors moins brusquement qu'à l'époque actuelle.
« En somme, dit M. de Saporta, diffusion des espèces européennes plus uniforme que de nos jours, climat très humide, température plus élevée à la latitude de Moret, plus uniforme sans doute dans toute l'Europe, à cette époque ; ce seraient là les conditions climatériques, sous l'empire desquelles aurait vécu et se serait étendue la race humaine, dite de Cànstadt, telle que l'ont définie MM. de Quatrefages et Hamy. » En examinant les mollusques qui accompagnent les plantes de Moret, ajoute M. de Saporta, M. Tournouër est arrivé aux mêmes conclusions .
M. Dupont a entretenu le Congrès de V existence des animaux domestiques dans les temps préhistoriques. Cette question est importante, car il est évident que l'introduction des animaux domestiques a été un progrès, puisqu'ainsi la subsistance de tous les jours s'est trouvée soustraite aux hasards incertains de la chasse et de la
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pêche, et que, dès lors, l'homme a eu des loisirs qu'il a pu consacrer à son développement intellectuel.
Suivant M. Steenstrup, les principales espèces domestiques seraient originaires des pays où elles se trouvent. Ce fait ne paraît pas démontré à M. Dupont d'une manière absolue. L'éminent directeur du musée de Bruxelles prend comme exemple Thistoire du cheval. Cette espèce, dit-il, est très abondante, à l'âge de la pierre taillée ; elle forme alors la base de l'alimentation de l'homme, comme le bœuf l'est de nos jours. Or le cheval disparaît complètement, comme aliment, à l'âge de la pierre polie, dans le Midi, en Angleterre, etc. Ne peut-on pas se demander si le cheval n'a pas disparu de nos pays, pour y revenir plus tard, importé comme en Amérique? Dans ce cas, notre espèce domestique ne descendrait pas de l'espèce quaternaire.
M. Chantre a présenté au Congrès un rapport très détaillé sur un projet de légende internationale, pour la construction des cartes archéologiques préhistoriques. Tous les travaux publiés antérieurement, relatifs à ce sujet, sont résumés dans ce rapport, qui contient la légende nouvelle, que notre jeune et savant archéologue a adoptée, dans sa carte paléoethnologique du bassin du Rhône. Une commission a été désignée par le bureau pour étudier le rapport de M. Chantre.
M. Pigorini nous a fait connaître seâ nouvelles recherches sur les terramares d* Italie ; il décrit notamment les faits observés par lui dans les fouilles delà terramare de Casaroldo, et annonce que le gouvernement italien, accueillant la proposition votée par le Congrès de Bologne, a décrété que cette terramare, qui appartient à Tâge du bronze, serait conservée perpétuellement comme monument national.
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GROTTES PUÉHISTORIQUES 151
M. Chaplain-Duparc, au nom de M. Lartet et au sien, a communiqué le résultat de fouilles pratiquées dans la grotte de Duruthy, à Sordes, vers les confins du Béarn et de l'ancien pays basque. Cette grotte a présenté deux sépultures superposées, Tune de l'époque paléolithique, l'autre de l'époque néolithique.
La première est caractérisée par un crâne humain et partie du squelette, avec cinquante-cinq dents d'ours percées, la plupart sculptées ou gravées ; par des silex du type des cavernes de la Vézère, et par deux foyers superposés, renfermant des os de cheval et de bœuf.
La seconde sépulture, de l'âge néolithique, contient les restes de trente-trois squelettes au moins, ayant les mêmes caractères anthropologiques que le crâne rencontré plus bas ; les squelettes sont accompagnés de silex, remarquables par un travail plus fini que celui des plus belles pièces Scandinaves en pierre, et dont quelquesunes présentent des traces de perçage. M. Chaplain- Duparc insiste sur l'absence complète d'hiatus entre le dernier foyer de l'âge du renne et la sépulture néolithique, et sur la persistance sur place d'un même type humain , n'offrant aucune variation de l'un à l'autre des deux âges de la pierre rencontrés dans cette caverne.
Déjà, au Congrès de Bruxelles, M. de Baye nous avait communiqué le résultat de ses recherches dans les grottes préhistoriques de la Marne, et avait signalé les sculptures de l'âge de la pierre polie, gravées sur les parois de ces grottes ; il nous fait part de ses nouvelles découvertes et décrit quelques-unes de ces sculptures, représentant des essais de figure humaine, des haches avec leurs gaines.
Le dimanche 16 août, à deux heures, a eu lieu la clô-
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ture du Congrès, en présence du roi et de la reine, qui avaient assisté à un grand nombre de séances.
M. Desor, dans une improvisation brillante, chaleureuse, s'est chargé d'adresser les remerciements et les adieux du Congrès au roi, à la ville de Stockholm, à la Suède tout entière, dont les populations, par leur accueil sympathique, ont manifesté si vivement leur amour et leur respect pour la science. « L'institution des Congrès» a dit M. Desor, a grandi peu à peu ; chaque année ses racines se sont implantées plus vigoureusement dans le sol ; chaque année ses rameaux féconds se sont étendus et multipliés, et le gland planté à la Spezia est devenu un chêne superbe et magnifique, qui vient d'atteindre, à la réunion de Stockholm, l'apogée de son développement. »
Avant de se séparer, le Congrès a choisi, sur là demande qui lui en a été faite, et à la satisfaction de tous, la ville de Pesth, pour être, dans deux années, le siège de la huitième session.
La veille au soir, le roi nous avait ofTert une fête d'adieu , au château de Drottningholm, dans l'île de Lofen» sur le lacMœlar, à une heure à peine de Stockholm.
Ce château, résidence habituelle du roi pendant l'été» est entouré d'un très beau parc. Le vestibule intérieur, du style Louis XIV, avec son double escalier décoré de statues, présente un grand caractère. La réception, du reste, était splendide ; aux membres du Congrès, le roi avait réuni les principales notabilités suédoises. Plus de mille personnes remplissaient les salons, notamment la grande salle du palais, dont les murs sont décorés de portraits en pied de tous les princes régnants du temps du roi Oscar. Les dames étaient en grande toilette, et les hommes, pour la plupart, constellés des décorations
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LAC MOELAR 153
les plus variées. A neuf heures, le roi, accompagné de la reine, de la reine-mère et des dames d'honneur, fit son entrée, puis se mêla à la foule, aimable pour tous et s'entretenant avec plusieurs d'entre nous.
A la fin de 1^ soirée, on servit un souper auquel prirent part tous les invités. M. Worsaae porta un toast au roi pour le remercier de la protection qu'il avait accordée au Congrès, et de la sympathie qu'il n'avait cessé de lui témoigner. Sa Majesté répondit par un discours fort remarqué et très applaudi, plein de pensées nobles et libérales sur le développement intellectuel de la Suède.
A onze heures, les bateaux à vapeur qui nous avaient amenés nous reconduisirent à Stockholm. Un spectacle féerique, dont aucune description ne peut donner une idée, nous attendait sur tout le parcours. Les maisons de campagne, étagées sur les îles au milieu desquelles nous passions, avaient illuminé en l'honneur du Congrès ; de tous côtés, on tirait des feux d'artifice, on allumait des flammes de bengale ; le lac était sillonné de petites barques garnies de girandoles aux mille couleurs. Ces lumières, variant à l'infini, et toujours en mouvement, se reflétaient au loin dans les eaux tranquilles. Par instants, une gerbe d'artifice, plus intense que les autres, éclairait les îles et le lac à de grandes distances et jusque dans leurs profondeurs les plus obscures, puis tout rentrait dans l'ombre, pour resplendir de nouveau quelques instants après. Cet ensemble produisait un effet vraiment magique ; aussi des hourras et des bravos d'admiration s'élevaient incessamment de nos bateaux, et du rivage, on y répondait par d'autres hourras et d'autres bravos I
Les dix jours que j'ai passés à Stockholm ont été aussi
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complètement remplis que possible. Le temps, que les excursions et les séances m'ont laissé libre, je l'ai employé à visiter la ville, ses monuments et ses musées.
J'ai déjà parlé du musée d'histoire naturelle, je dirai quelques mots du musée national, que j'ai visité à plusieurs reprises et toujours avec beaucoup d'intérêt. Il est situé sur le quai, non loin du Grand-Hôtel, dans un très beau bâtiment moderne du style Renaissance, terminé en 1863.
Devant la façade principale, se trouve un portique très admiré, en marbre verdâtre de Suède. Le rez-de-chaussée est occupé par le musée préhistorique, qui renferme
Fig. 46. Tranchets ou pointes de flèches mousses (Scania).
d'inestimables trésors appartenant aux âges de la pierre polie, du bronze et du fer. La première salle est consacrée à la pierre polie : les vitrines qui l'entourent contiennent la collection générale. Les haches, les instruments en silex, au nombre de plusieurs milliers, sont classés d'après leur nature et les caractères qui les distinguent.
J'appellerai d abord l'attention sur de petites hachettes simplement taillées, n'ayant pas plus de 20 à 30 millimètres de longueur, dont la destination est inconnue (fig. 46). Ces petits instruments trouvés en grande quantité à Sofierohe, en face d'Elseneur, sont, suivant Nilsson, des