MUSÉE PRÉHISTORIQUE DE LAYBAGH
cilement reconnaître et ne peut laisser de doute sur leur haute antiquité.
Le musée de Laybach renferme, dans une autre salle, un certain nombre d'objets de la période du bronze, d'autant plus intéressants pour nous qu'ils ont été recueillis dans la Carniole : des haches aux formes variées, des faucilles à talon, dont le caractère hongrois et danubien est parfaitement reconnaissable, provenant, ainsi que des
Fig. 71. — Statuette en poterie, fin de l'âge de la pierre.
lingots de bronze, de la localité de Lubenberg, où existait sans doute un atelier de bronze préhistorique ; un rasoir fort ancien trouvé à Lumberg, dans la Carniole inférieure ; deux casques coniques faisant partie, comme ceux de Vienne et de Gratz, des fouilles de Négau.
Au point de vue de l'histoire naturelle, le musée de Laybach est moins riche. Les collections sont bien dispo- G. CoTTEAU. Le préhistorique. 15
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sées, mais plutôt générales que locales ; aussi, à Texceplion de la série des roches de la Garniole, qui paraît assez complète, elles ne peuvent avoir pour Tétranger qu'un intérêt secondaire.
Pendant toute cette visite, M. le professeur Derschmann avait été d'une complaisance extrême. Voyant l'intérêt que M. Gazalis de Fondouce, M. Chantre et moi, attachions aux objets retirés des palafittes, il nous proposa d'assister aux fouilles qui continuaient en ce moment même. Dix-huit ouvriers, depuis plusieurs jours, étaient occupés aux découverts, et ce jour-là précisément, la couche à pilotis devait être explorée. C'était une bonne fortune pour nous de pouvoir, accompagnés de celui-là même qui dirigeait les fouilles, examiner l'emplacement des palafittes et assister à la découverte de tant de débris précieux. L'offre qui nous était faite fut bien vite acceptée; et, quelques heures après, M.Derschmann nous conduisait en voiture sur le terrain où avaient lieu les fouilles, à six kilomètres environ de Laybach.
Les palafittes, d'après le relevé qui en a été fait, occupent un espace de plusieurs centaines de mètres carrés. La station se trouvait, à trois cents mètres environ du rivage, dans un lac qui est devenu une immense plaine tourbeuse de près de soixante kilomètres, limitée adroite et à gauche par de hautes montagnes.
L'aide naturaliste de M. Derschmann, plus spécialement chargé des fouilles et qui ne quitte pas les ouvriers^ était sur les lieux depuis le matin. Au moment où nous arrivions, un décoiîvert de deux mètres avait été fait sur un espace de dix mètres carrés. Le sommet des pilotis commençait à se montrer au milieu d'une vase épaisse et noire ; il nous fut facile d'étudier leur nature et leur disposition. Complètement pourris, ils se coupaient aisé-
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PALAFITTES DE LAYBAGH 227
ment avec la bêche, et leur tranche blanchâtre contrastait avec le terrain noir qui les environnait. Formés de troncs/ de chênes, de hêtres, ou de peupliers, ces pilotis avaient de vingt à vingt-cinq centimètres de diamètre. Nombreux et rapprochés les uns des autres, ils étaient plantés à peu près symétriquement.
Les ouvriers, à moitié nus, dans la boue jusqu'à mijambe, travaillaient avec ardeur et intelligence. Après avoir enlevé la partie supérieure des pilotis, ils arrivèrent à la couche profonde renfermant les débris de l'industrie, et ne tardèrent pas à trouver sous nos yeux des pièces importantes. A chaque pelletée de terre, c'était un objet nouveau, tantôt un vase presque complet, tantôt une hache, en corne de cerf, de ce modèle bizarre dont j'^i parlé tout à Theure, tantôt un plomb de filet en terre cuite, une aiguille en os, un fragment de poterie plus ornementé que les autres, etc.
Je n'avais pas encore vu sur place de constructions lacustres ; aussi ces fouilles étaient-elles pour moi d'un très grand intérêt. Tout un village de l'âge de la pierre polie revivait, pour ainsi dire, sous nos yeux. Nous étions séparés de ces populations primitives par des milliers d'années, et cependant leurs outils, leurs armes, les vestiges de leur industrie, les débris de leur nourriture, se retrouvaient dans l'état même où ils avaient été enfouis, permettant de reconnaître quel avait été le degré de civilisation des antiques habitants de ces contrées, et quelle place ils occupaient dans la série des temps préhistoriques.
M. le professeur Derschmann, afin que rien ne manquât à la satisfaction qu'il nous avait procurée, voulut bien mettre à notre disposition tous les objets recueillis dans la journée, et chacun de nous put emporter quelques types intéressants des palafittes de Laybach.
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228 BUDAPBSTH
Nous partîmes le jour même pour Adelsberg. En mon- Hant dans le train, nous fûmes heureux d'y rencontrer M. Alglave, directeur de la Revue scientifique, dont j'avais fait la connaissance à Pesth, et c'est avec lui que nous visitâmes, le lendemain, les célèbres grottes. Elles sont placées sous la surveillance d'une administration privée, qui fournit les guides et l'éclairage. Nous demandâmes un éclairage de première classe, six guides et 1,800 bougies.
Les grottes sont situées à quelques centaines de mètres d'Adelsberg. Le chemin qui y conduit, facile et ombragé, côtoie quelques instants la rivière de Poika, qui, un peu plus loin, à quelques pas de l'ouverture de la grotte, s'engouffre dans la montagne. C'est sans doute ce même cours d'eau qui, après avoir longtemps coulé souterrainement, reparaît à la surface à une grande distance, et forme la rivière de Laybach.
On pénètre dans la grotte par une fissure verticale, ouverte à la base de la montagne. Pendant une vingtaine de mètres, on suit un couloir étroit, puis, tout à coup, et comme par enchantement, un spectacle admirable se présente devant vous. Vous entrez dans une vaste salle étincelante de lumières : La voûte, garnie de stalactites et haute de plus -de trente mètres, se perd dans la nuit sombre ; à droite, sous vos pieds, à une grande profondeur, s'échappe avec fracas une véritable rivière qui traverse la caverne, et disparaît à gauche, au milieu des rochers contre lesquels elle se brise en écumant ; dans le fond, la voûte s'abaisse, et l'œil s'arrête devant des millions de stalactites et de stalagmites à demi éclairées et s'efTaçant graduellement dans l'ombre. C'est un tableau grandiose et sauvage à la fois !
On descend ensuite dans le gouffre par un sentier
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